Déchets blancs, capacité de désendettement à 19 ans, projets enlisés depuis 2012, buffet de salades de fruits, orientations budgétaires, commissions à mettre en place. Ce 24 avril, le conseil communautaire de Cap excellence a réuni des élus qui ont débattu, improvisé, découvert, se sont énervés. Le Courrier de Guadeloupe a passé la matinée au 18 boulevard Légitimus à Pointe-à-Pitre pour tisser le fil de la séance heure par heure, intervention par intervention. Reportage.
10 h 35. Les élus arrivent un par un dans la salle du conseil communautaire au deuxième étage du siège de la communauté d’agglomération Cap excellence à Pointe-à-Pitre vendredi 24 avril. Devant les élus, des ordinateurs ouverts ou des feuilles blanches.
Le président, Éric Jalton, est annoncé absent en début de séance, retenu à l’extérieur, et doit rejoindre les élus en cours de réunion. En attendant son arrivée, Harry Durimel, 2e vice-président Transition écologique et énergétique, prend place au siège central, face à l’écran de projection et préside. Mary-Hélène Salomon, 11e vice-présidente, lance l’appel : trente-huit présents sur site et à distance.
Harry Durimel lit le discours du président, distribué en même temps dans la salle. Le texte fixe les engagements. « Notre mission est simple : être utile aux habitants ». Il est question de « contexte économique difficile », de « fragilités sociales persistantes », « d’inégalités territoriales encore trop importantes », mais aussi « d’agir concrètement pour améliorer les conditions de vie cadre de vie et favoriser la mixité sociale ». Le programme de renouvellement urbain Rucap, la reconversion de la friche du Baobab au bourg des Abymes en résidence séniors de 10 logements adaptés, ou encore l’accueil des premiers patients dans le nouveau CHU et le projet Jarry 2036 sont cités comme des priorités.
Vient la séquence développement durable. Odyle Espaignet Batta, directrice générale adjointe aménagement et développement durableprésente le rapport 2025, diaporama à l’appui pendant plus de 10 minutes. En fin d’exposé, Harry Durimel met les pieds dans le plat : « Est-ce que vous avez l’impression que la sensibilisation à la cause du développement durable a été bien faite dans nos territoires et qu’on avance concrètement ? »
La directrice générale adjointe nuance, prudente. « On avance », notamment « dans l’alimentation avec une adhésion vers les produits locaux », mais « ce n’est pas encore perceptible énergétiquement » ni « dans la consommation de carburant ». « Je reste sur ma faim », lâche le 2e vice-président. Il faut travailler à changer les mentalités, insiste-t-il. « Je ne sens pas un territoire engagé dans le traitement des problématiques du terrain », avant de conclure, tranchant, « on n’est pas assez offensifs ».
« Je constate la maigreur des projets à Pointe-à-Pitre : zéro ! »
Harry Durimel
Yann Céranton acquiesce. « On a l’impression qu’il y a toujours plus d’ordures et de déchets, comme si on se battait contre le vent » expose-t-il avant de poursuivre « pourquoi ne pas passer par les enfants, par les écoles pour sensibiliser ? » Il est 11 h 15 quand une pause est annoncée pour problème technique (une panne de connexion de l’écran). Dans le couloir, collé à la salle d’assemblée communautaire, sont disposés des jus, des salades de fruits, des amuse-bouches salés, sucrés.
À la reprise vingt minutes plus tard, Yann Céranton passe à la mobilité et énergie. « On ne peut pas faire marcher les gens sur la route à cause de l’insécurité routière » et « il faut prendre en considération le relief et les contraintes du territoire ». Cap excellence devrait selon lui accompagner l’acquisition de véhicules décarbonés.
Sa voisine Tania Galvani, 7ème vice-présidente, revient sur les déchets. « Nos trois territoires sont impactés par les dépôts sauvages » introduit-elle avant de proposer de « mettre en place une brigade de l’environnement ». Ce à quoi Harry Durimel répond « très bonne idée ».
Éric Celinain, membre du bureau, enchaîne. « Il faut changer le type de communication ». Il évoque « un problème d’éducation » et propose de « sensibiliser les commerçants » pour « mettre des bennes à disposition lorsque les produits sont hors d’usage tels que les déchets blancs (équipements électriques et électroniques NDLR). » Ollivier Macabi, directeur des grands travaux de Cap excellence, s’insère dans la discussion pour signaler la mise en service de la déchetterie de Trioncelle et indiquer une « réflexion en cours sur les zones urbaines de compostage ».
Chantal Lérus suggère de « mettre en place une déchetterie mobile ». La 6e vice-présidente alerte par ailleurs sur les horaires inadaptés des déchetteries, et appelle à ne pas penser l’environnement comme du nettoyage, mais comme de l’embellissement. Son collègue Teddy Foule, acquiesce et interroge : « Faut-il des sanctions ? » « Il faut aussi valoriser ceux qui contribuent au tri ! » lance Jean-Luc Céligny.

19 ans pour rembourser la dette
Harry Durimel coupe court à cette séquence à 11 h 50. « On est en retard » tranche-t-il avant de basculer vers le débat d’orientation budgétaire. C’est Laisely Edom-Parat qui présente le rapport envoyé aux élus 5 jours plus tôt. Une présentation de dix minutes qui conclut sur un appel à la prudence car les recettes en provenance de l’État sont gelées, donc « Cap excellence va devoir anticiper, prioriser et sécuriser ses équilibres ».
« Quelle est la capacité de désendettement ? » demande Pierre Venutolo. « 19 ans aujourd’hui, objectif 9 ans » lui répond son collègue Michel Mado. Si Cap Excellence consacrait l’intégralité de son épargne brute au remboursement de sa dette, il faudrait dix-neuf années pour solder l’ardoise. Le 3e vice-président a complété en précisant que « 12 ans est une capacité raisonnable pour les établissements bancaires ».
Les présentations s’enchaînent. Estelle Lejuez, directrice de la commande publique à Cap excellence détaille les projets structurants. Alexandra Bouasino, directrice d’aménagement à la Semag présente l’opération Baobab. À 12 h 30, le débat est ouvert. Teddy Bernadotte, conseiller communautaire, prend la parole durant 10 minutes. Il questionne « le niveau de concertation à propos des travaux sur Jarry », « le calendrier de réalisation des zones d’activités économiques » en projet certaines depuis « 2012, 2014, 2015 », l’inéligibilité de Baie-Mahault à la politique de la ville. À sa gauche, le Baie-Mahaultien Pierre Venutolo acquiesce. Debout, micro en main, Bruno Pierrepont, directeur général des services, répond en égrainant les opérations menées à Baie-Mahault : « associer tous les opérateurs sur Jarry », évoque l’État qui « a demandé une étude environnementale qui a tout bloqué à Beausoleil » et « impose la cartographie de la politique de la ville ».
« Je constate la maigreur des projets à Pointe-à-Pitre : zéro ! » s’est courroucé Harry Durimel. Le maire de Pointe-à-Pitre a déclaré souhaiter que les travaux du réseau d’eau prévus à Beausoleil soient faits dans les mêmes conditions pour les rues du centre-ville car dénonce-t-il « il n’y a aucune équité entre les villes. » « C’est inadmissible » a-t-il poursuivi avant de réclamer « une remise à plat des grandes orientations du programme pluriannuel d’investissements ». Dans la salle, des murmures s’installent. Bruno Pierrepont répond qu’« une séance sera programmée pour discuter des orientations du PPI ».
Il est 13 heures lorsqu’Harry Durimel glisse avoir « un rendez-vous à 14 heures… il va falloir encore changer de président » si l’ordre du jour n’avance pas. La séance poursuit son cours : commission d’appel d’offres, jury du concours, commission de délégation de service publique et de concession. Rien n’est terminé.



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