Henri Yacou (en médaillon), nouveau président du SMGEAG, a pris ses fonctions lundi 8 juin 2026 devant un comité syndical dense réuni à Labrousse au Gosier. Photo : Le Courrier de Guadeloupe

Alors que 65 % des abonnés subissent désormais des coupures d’eau et qu’aucun cours d’eau n’est plus en très bonne qualité en Guadeloupe, le nouveau président du syndicat unique de l’eau et l’assainissement a fixé sa ligne. Henri Yacou, élu lundi 8 juin, assure qu’il n’a « pas d’autre mandat que celui de l’efficacité ».

L’ambiance, dense et électrique, n’a pas trompé. Lundi 8 juin, à 9 heures, cadres, journalistes et une majorité d’élus ont pris place dans la salle du comité syndical du syndicat unique de l’eau et l’assainissement (SMGEAG, photo ci-dessus), soit une heure avant l’heure officielle. Dans l’air flotte une conviction partagée : cette réunion ne sera pas ordinaire.

Doyen de l’assemblée, Henri Yacou (en médaillon photo ci-dessus), délégué syndical au titre de la communauté d’agglomération du Nord-Basse-Terre, a d’abord présidé l’installation du comité avant de passer le relais à deux autres élus chargés des opérations de vote. Sur 28 votants, 27 voix se sont portées sur l’unique candidat. Un bulletin blanc est venu compléter le scrutin.

Après son élection, le nouveau président a repris la main sur la séance, et changé aussitôt de registre. Le ton est devenu grave, presque solennel. Plus de place pour les incertitudes : « La loi, les statuts et le règlement seront désormais notre boussole », a-t-il asséné en guise d’introduction.

Henri Yacou souhaite incarner une rupture avec l’immobilisme. Sa prise de parole a enchaîné les marqueurs d’une gouvernance exigeante. « Je ne viens pas gérer l’inaction. Je n’ai pas d’autre mandat que celui de l’efficacité » a-t-il détaillé, fixant d’emblée le cap. Le nouvel homme à la barre appelle à « une démarche d’amélioration continue » et promet une « commission externe d’audit chargée de l’état des lieux, des avis et recommandations ».

Soucieux d’asseoir son autorité et sa marque, le président a également rappelé les règles de fonctionnement interne avec une fermeté qui a surpris plus d’un : « Les membres du syndicat devront s’exprimer au sein du syndicat, pas sur les médias ou les réseaux sociaux. » Avant de faire signer à l’assemblée la charte de l’élu local, qui engage solennellement chacun à ne pas utiliser les ressources du syndicat à des fins personnelles et à participer avec assiduité aux organes de délibération.

La régie, pomme de discorde

Sur le dossier de la régie Archipel’eau (bras armé technique du SMGEAG), Henri Yacou s’est montré très précis, voire pointilleux. Loin de vouloir entériner des décisions prises avant lui, il a prévenu : « Je ne vais pas signer pour quelque chose que je ne maîtrise pas, qui n’est pas clair et dont je ne sais pas grand-chose. »

L’affirmation la plus frappante est venue lorsqu’il a évoqué la désignation du futur directeur de la régie : « On m’a dit que le directeur a déjà été désigné. Je le dis tout de suite : ce n’est pas comme cela que je procède. » Dans la salle, tout le monde est resté glacé, de marbre.

Pour incarner ce souci de transparence et d’information continue, il a également dévoilé une « météo quotidienne de l’eau » avec pour objectif de ne plus communiquer uniquement lors des coupures ou fuites, mais de valoriser systématiquement les actions mises en œuvre et les améliorations réalisées.

Un tournant ?

Alain Lascary, président par intérim de la commission de surveillance du SMGEAG (représentant 142 000 abonnés), a tancé les élus habitués à briller par leur absence : « Nous avons organisé 15 réunions, je n’ai vu aucun élu », a-t-il déploré.

Une demande à laquelle Henri Yacou a répondu sur un ton rassembleur : « Monsieur le président, les deux instances ne seront pas l’une à côté de l’autre. Mais ensemble. Nous réussirons ensemble. »

En l’espace d’une matinée, Henri Yacou a imposé un style rigoureux et sa vision : avec lui, c’est une culture de gestion qui bascule. La régie, la discipline des élus, l’audit externe, la communication de transparence. Après les présidences de Jean-Louis Francisque puis de Ferdy Louisy, le SMGEAG entre dans l’ère Yacou.

Les réparations de fuites sur le réseau dont les canalisations sont obsolètes, ne permettent pas de rétablir un bon accès à l’eau potable : la part de population concernée par les coupures d’eau ne cesse de grimper pour passer de 45 % à 65 %. De même sur le pendant de l’assainissement avec pour marqueur le fait qu’il n’y a plus aucun cours d’eau qui soit en très bonne qualité en Guadeloupe. La qualité de l’ensemble des cours d’eau, nappes phréatiques et masses côtières, se dégrade.

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