Illustration d'une femme qui remplit des seaux d'eau. Photo: Amarjeet Kumar Singh / Anadolu via AFP

Le congrès des élus consacrés à l’eau a parlé d’une seule voix : la Guadeloupe demande à l’État une opération d’intérêt national (OIN) pour reconstruire son système d’eau. Le Sénat étudiera, le gouvernement rédigera un rapport, et le débat se cristallise sur l’outil et sur l’intervention salvatrice de l’État. Faut-il une OIN pilotée par l’État, ou le couple Smgeag – Archipel’Eau doit-il être conforté pour mener à bien sa mission ? La question est, pour l’essentiel, un leurre.

Car un réseau se reconstruit une fois. Mais il s’entretient toujours. Dans l’architecture que défendent désormais les élus, l’OIN bâtirait les ouvrages neufs, puis les rendrait au SMGEAG, à charge pour lui d’en assurer l’exploitation et le renouvellement courant. Or c’est précisément ce renouvellement courant, financé par le prix de l’eau, qui n’a pas été assumé pendant soixante ans. Une canalisation neuve dure plus d’un demi-siècle, et son usure doit être provisionnée dès le premier jour.

Livrer un réseau neuf sans avoir réglé la tarification, la facturation, le recouvrement et la gouvernance qui avaient laissé l’ancien se dégrader, c’est laisser le mal à sa racine. La ruine mettrait une génération à réapparaître. La Guadeloupe aura mobilisé un milliard d’euros pour s’offrir un répit, pas une sortie de crise.

L’histoire l’a déjà prouvé : le mal guadeloupéen n’a jamais été l’absence de structure. Il y avait un syndicat à l’aura certaine, le Siaeag, et il a coulé. L’État a imposé en 2021 une structure neuve, le SMGEAG, que la chambre régionale des comptes juge déjà défaillante. Les outils se sont succédé. Ce qui a toujours manqué, c’est le sérieux. Provisionner l’usure du réseau plutôt que de la reporter. Fixer un prix qui couvre le coût réel du service, même quand c’est impopulaire. Recouvrer les factures de tous, y compris des collectivités et grands comptes qui ne les payent pas. Contrôler les opérateurs privés au lieu d’organiser sa propre cécité. Cesser, aussi, les embauches de complaisance dont le rythme épouse trop souvent le calendrier électoral. Arrêter de dépenser l’argent avec des budgets de fonctionnement hors de proportion, alourdis d’une masse salariale qui absorbe près de la moitié des recettes. Aucun arrêté préfectoral, aucune OIN, aucune régie ne fabriquent cette rigueur-là. Elle est un choix politique, renouvelé ou trahi chaque année.

Que l’État prenne sa part, c’est justice, et c’est nécessaire. Le milliard ne viendra pas des seules collectivités. Personne ne croit une seconde que les groupements de communes feront seuls l’impossible. L’État peut aider à reconstruire le réseau. Il ne gouvernera pas le service à notre place, durablement.

La vraie question que le congrès devait trancher n’était donc pas « quel outil » mais « sommes-nous, cette fois, sérieux ». Les Guadeloupéens n’attendent pas un outil de plus. Ils attendent une gouvernance enfin sérieuse.

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