À la mairie du Gosier, le 27 avril 2026, les conseillers communautaires de la communauté d’agglomération la Riviera du levant sont installés à leurs places autour de la table ovale, micros et boîtiers de vote électroniques devant eux. Photo : Le Courrier de Guadeloupe

À la mairie du Gosier le 27 avril, la communauté d’agglomération de la Riviera du Levant (Carl) a tenu son premier conseil communautaire de la mandature. Plus de 100 millions d’euros de crédits inscrits au budget primitif 2026 ont été adoptés en moins de deux heures, sans débat politique d’ensemble, malgré la demande explicite d’un conseiller communautaire.

Il est 18 h 36 lorsque Michel Hotin, président de la Carl et maire du Gosier, ouvre la séance dans la grande salle des délibérations de la mairie. Quarante-cinq élus sont présents autour de la table ovale équipée de micros et de boîtiers de vote électroniques. Au sommet de la table, surélevés sur des estrades, le président et les vice-présidents.

Après quelques minutes consacrées au rappel des règles de vote par le directeur général des services, William Korutos, et à la désignation à main levée (en raison de flottements techniques – micros capricieux, boîtiers échangés —) de Sonia Télémaque comme secrétaire de séance, l’ordre du jour est déroulé.

Fiscalité, budget primitif : les chiffres défilent

Le premier point soumis au vote concerne les taux de fiscalité 2026. Sonia Télémaque lit une brève présentation des politiques des taux de fiscalité de la Carl. Elle indique que la cotisation foncière des entreprises est « stable depuis 2017 à 29,79 % ». Or, ce taux était en réalité de 23,71 % entre 2017 et 2025, avant de passer à 29,79 % en 2026, soit une hausse de + 25,6 %.

Elle poursuit avec la taxe d’enlèvement des ordures ménagères inchangées depuis 2021, la taxe foncière sur les propriétés bâties ramenées progressivement de 8 % en 2022 à 5 % en 2024, la taxe Gemapi maintenue à 10 euros par an depuis 2018. Les chiffres défilent sur les écrans. Dans la salle, les regards restent fixés sur le diaporama.

La secrétaire poursuit sa lecture, évoque l’augmentation de la base fiscale de la cotisation foncière des entreprises liée à une augmentation du nombre d’établissements taxables. De même pour l’augmentation de 24 % de la base de la taxe foncière sur la propriété bâtie liée à « l’augmentation du nombre de constructions », la Carl étant « un territoire sur lequel il y a beaucoup de nouvelles constructions, et chaque construction augmente la base fiscale ». À 19 heures, le président demande s’il y a des questions. Aucune question n’est posée. Les taux de taxation des recettes fiscales sont validés. L’écran affiche une délibération adoptée avec 72 % de oui et 11 % d’abstention.

Le point suivant, consacré à un état récapitulatif des indemnités versées aux élus communautaires en 2025, est ensuite présenté aux conseillers.

Vient le règlement budgétaire et financier de la collectivité. Coralie Condere, directrice de l’ingénierie et des affaires financières de la Carl, en détaille l’économie générale en quelques minutes : règles d’exécution, gestion pluriannuelle, transparence des comptes. Aucune observation des élus. La délibération est adoptée, l’écran affiche « oui : 83 % ».

À 19 h 10, l’assemblée aborde le point de l’approbation du budget primitif 2026. Coralie Condere enchaîne en 10 minutes la présentation des grandes masses : 49 millions pour la section de fonctionnement, 4,6 millions pour une quinzaine d’actions (complexe de tennis du Gosier, aménagement du port des Galbas à Sainte-Anne, schéma de prévention des inondations, construction de pistes cyclables etc.). Les chiffres défilent sur les écrans. Les regards des élus restent fixés sur le diaporama.

« Quelle est l’ambition politique derrière le budget ? »

À la mairie du Gosier, le 27 avril 2026, les conseillers communautaires de la communauté d’agglomération la Riviera du levant sont installés à leurs places autour de la table ovale, micros et boîtiers de vote électroniques devant eux. Photo : Le Courrier de Guadeloupe
À la mairie du Gosier, le 27 avril, les conseillers communautaires de la communauté d’agglomération la Riviera du levant sont installés à leurs places autour de la table ovale, micros et boîtiers de vote électroniques devant eux. Photo : Le Courrier de Guadeloupe

À 19 h 18, Keetter Sylvain (au premier plan photo ci-dessus), nouveau conseiller communautaire élu du Gosier, prend la parole.

« Nous avons un renouvellement politique. Nous avons eu des sessions de formation très intéressantes. On a essayé de débattre sur les enjeux financiers. Là, on a les chiffres. Un budget, comme vous le savez, il n’y a rien de plus politique qu’un budget. On n’a pas pu assister au débat d’adaptation budgétaire qu’il a dû avoir lieu il y a deux ou trois mois (le rapport d’orientation budgétaire a été présenté le 2 mars lors d’un conseil communautaire où 10 élus sur 41 étaient présents – Michel Hotin alors élu n’avait pas assisté à cette séance, NDLR). En tout cas, il y a un renouvellement politique. Moi, ce que je voudrais savoir, derrière le budget, c’est quelle est l’ambition politique, quid des grandes compétences, des enjeux du territoire. Je pense que c’est l’occasion d’avoir ce débat-là. Non ? »

La réponse du président est immédiate, et catégorique : « Non, nous n’avons pas le temps ce soir. » Le conseiller insiste : « Vous nous demandez de voter un budget avec des chiffres, des millions, sans savoir… » Michel Hotin coupe : « Vous votez oui ou non ou abstention, c’est tout. » Keetter Sylvain conclut : « Merci, la population vous remercie. » « Il n’y a pas de souci, merci. Passons au vote », enchaîne le président. Le scrutin est lancé. Sur 44 votes exprimés, neuf élus s’abstiennent. La délibération est adoptée. Keetter Sylvain soupire : « On a voté des millions… »

Le Sainte-Annais Éric Latchoumanin, conseiller communautaire déjà élu lors de la précédente mandature, prend la parole pour interroger la directrice des finances sur le poste « restes à réaliser », inscrit à hauteur de 10 millions. Coralie Condere répond qu’il s’agit de travaux engagés sur les exercices précédents mais non achevés, dont les crédits doivent être reportés.

Modifications budgétaires : de nouveau aucune question

L’assemblée enchaîne sur le point suivant qui concerne les modifications budgétaires. La directrice des finances reprend la parole pendant plusieurs minutes pour détailler les ajustements. Il est question d’une enveloppe de 50 000 euros pour l’étude d’une zone de mouillage et d’équipement léger. Aucune question, aucun commentaire. La délibération est adoptée.

À 19 h 57, la séquence fiscalité finances est close. Dehors, la nuit est tombée. En une heure et demie, sur plus de 50 millions votés, un seul échange contradictoire aura eu lieu. Il aura duré moins de trente secondes. « Pas le temps ce soir. »


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