La communauté d’agglomération de la riviera du levant (Carl) a tourné une page de sa gouvernance samedi 11 avril. Michel Hotin, maire du Gosier (au centre photo ci-dessus), a été élu président de l’institution intercommunale, succédant à Loïc Tonton, maire de La Désirade. Ce dernier avait choisi de ne pas briguer un nouveau mandat. Si l’issue du scrutin peut paraître sans appel – 37 voix contre 8 pour son unique adversaire, Keetter Sylvain conseiller municipal et communautaire du Gosier – elle est en réalité le fruit de tractations discrètes, de renoncements stratégiques et d’alliances nouées dans l’ombre entre les principaux édiles du territoire.
Les autres maires se sont effacés
Alors que plusieurs maires de l’intercommunalité avaient laissé entendre leur intérêt pour la présidence – notamment ceux de Sainte-Anne et de Saint-François – le moment venu, une seule candidature de chef d’édilité s’est finalement déclarée : celle de Michel Hotin, proposée par Francs Baptiste (à gauche photo ci-dessus), maire de Sainte-Anne.
Dans les coulisses politiques, plusieurs observateurs évoquent un « accord d’état-major » conclu avant le conseil d’installation. Selon ce scénario, Francs Baptiste et Jean-Luc Périan (à droite photo ci-dessus), maire de Saint-François, auraient négocié des contreparties en échange de leur renoncement à la présidence. À Sainte-Anne, sur 17 conseillers communautaires, Francs Baptiste contrôle 12 voix, tandis que l’opposition locale en détient 5. À Saint-François, Jean-Luc Périan dispose de 8 sièges sur 9. Ces deux poids lourds de la Carl étaient donc ensemble en position proche de la majorité. Ils intègrent le cercle des vice-présidents, tout comme Loïc Tonton, le président sortant, qui a lui aussi obtenu un siège à l’exécutif.
Le résultat final – 37 voix pour Michel Hotin, 8 pour Keetter Sylvain, un bulletin nul – s’explique par la répartition des forces en présence au sein même des communes membres (Le Gosier, Sainte-Anne, Saint-François et La Désirade).
Le Gosier, commune du nouveau président compte 19 conseillers communautaires. Michel Hotin y dispose d’une solide majorité avec 15 élus, tandis que les 4 restants suivent Keetter Sylvain, opposant politique local.
À Sainte-Anne, grâce à Francs Baptiste, 12 conseillers sur 17 ont voté en faveur de Michel Hotin, renforçant l’alliance entre les deux villes.
À Saint-François, Jean-Luc Périan a orienté 8 de ses 9 conseillers vers le candidat unique.
Ces blocs ont rendu la candidature de Keetter Sylvain quasiment symbolique. Ses 8 voix, issues pour moitié de l’opposition gosérienne, n’ont jamais pu menacer la stratégie collective des maires ralliés.
Michel Hotin désormais responsable
Après l’élection de Michel Hotin, le conseil a désigné 14 vice-présidents et 5 membres du bureau, portant à 19 le nombre d’élus qui siègent à l’exécutif aux côtés du président. Parmi les vice-présidents, outre Francs Baptiste, Jean-Luc Périan et Loïc Tonton, figurent Guy Baclet, Olivia Ramoutar, Myrian Brosius, Yvan Martial, Jacques Kancel, Eddy Loridon, François Farnoux, Nicole Sinivassin, Angélique Lengline, Mariane Grandisson, Alain Cuirassier. Les oppositions locales restent marginalisées.
Michel Hotin est désormais tenu d’organiser les services (85 agents selon les chiffres de 2023), encadrer les délégations qu’il a consenties sous sa surveillance et sa responsabilité, contrôler les actes du directeur général des services et services techniques, et répondre de la régularité de la gestion. Dans ses premières déclarations après l’annonce des résultats, il a salué successivement Jean-Luc Périan, Loïc Tonton, puis Francs Baptiste, « qui lui avait ouvert la voie ».
Sous la responsabilité de cette nouvelle équipe exécutive, des enjeux structurants telles l’attractivité du territoire (207 km²), l’aménagement du littoral, la prévention des inondations, la modernisation des déchetteries, les mobilités (63 748 résidents), le développement économique, mais aussi la maîtrise des dépenses de fonctionnement (en forte hausse de 38 millions en 2022 à 43 millions en 2025), la réalisation des investissements prévus (en 2024 seulement 21,7 % des investissements budgétés ont été réalisés l’année prévue), la gestion de la fiscalité économique.
Les élus ont réaffirmé leur volonté de travailler « au service des habitants ». Mais cette entente au sommet entre maires suffira-t-elle à faire oublier l’absence de véritable débat démocratique lors de cette élection ? Car si Michel Hotin a été élu président, c’est moins grâce à un projet fédérateur qu’à une mécanique politicienne bien huilée.
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