Photo d'illustration mise en fourrière, sécurité routière. Photo : DR

Une fourrière administrative inaugurée, des radars routiers remis en service. Quatre mesures cumulées en huit mois : présence renforcée des forces de l’ordre, doublement des durées de retrait de permis, fourrière administrative, radars. Au début de l’année 2026, les accidents et les blessés progressent de 9 %. La répression atteint-elle ses limites ?

L’État durcit sa réponse. Pour la quatrième fois en huit mois, le préfet de Guadeloupe Thierry Devimeux a annoncé un nouveau volet de son plan de sécurité routière. Mardi 5 mai, sur le site de Dépannage des Îles à Petit-Bourg, retenu pour héberger la fourrière administrative, le représentant de l’État a réaffirmé sa méthode et ses motifs.

Vous savez que j’ai fait de l’insécurité routière, de la délinquance routière, une de mes priorités. J’ai constaté l’année dernière, en 2025, qu’il y avait beaucoup trop d’accidents, beaucoup trop de morts sur la route. Ça n’était pas acceptable, parce qu’il y avait beaucoup trop de comportements inappropriés.”

Quatre mesures cumulatives composent désormais l’arsenal préfectoral. La présence accrue des forces de l’ordre sur le terrain. Selon la préfecture, le temps de contrôle aurait augmenté de 20 % depuis le début de l’année 2026. Le durcissement des sanctions administratives. “À la fin de l’année 2025, j’ai doublé toutes les durées de retrait de permis de conduire, pour bien signifier à l’ensemble des Guadeloupéens que si on veut conduire sur la route, on doit respecter la règle.”

Une fourrière administrative où les véhicules seront stockés pendant sept jours a été inaugurée à Petit-Bourg. “Il fallait aussi pouvoir avoir un endroit où immobiliser les véhicules, quand les conducteurs ont fait des grands excès de vitesse ou conduisent sous l’état alcoolique. […] Quand les forces de l’ordre immobilisent un véhicule et un conducteur sur la route, il ne pourra plus repartir avec sa voiture. […] Et la récupérer lui coûtera quelques centaines d’euros.”

Une fourrière administrative où les véhicules seront stockés pendant sept jours a été inaugurée à Petit-Bourg par le préfet Thierry Devimeux (chemisette bleue).
Une fourrière administrative où les véhicules seront stockés pendant sept jours a été inaugurée à Petit-Bourg par le préfet Thierry Devimeux (chemisette bleue).

Dernier maillon, la remise en service des radars routiers, dont le préfet annonce qu’elle est en cours. Neuf tourelles supplémentaires viendront s’ajouter à la trentaine existante. Selon la radio RCI, seuls deux à trois radars seraient aujourd’hui fonctionnels sur le réseau, et certaines des tourelles déjà en place seraient des leurres ; deux précisions qui ne figurent pas dans la déclaration du préfet et que la préfecture n’a, à ce stade, ni confirmées ni démenties publiquement.

Des chiffres qui résistent à l’arsenal

Les données disponibles en matière de sécurité routière dressent un tableau mortifère. En 2024, dernier exercice complet de l’ancien préfet Xavier Lefort, la Guadeloupe enregistrait 54 morts sur les routes, 756 blessés dont 235 graves, soit une mortalité trois fois supérieure à celle de l’Hexagone. En 2025, malgré 22 000 verbalisations et plus de 900 permis retirés selon le décompte communiqué en septembre dernier par le préfet Devimeux lui-même, le nombre de tués est resté élevé. Et au début de l’année 2026, la trajectoire est repartie à la hausse : 15 morts au 6 mai, soit le même niveau qu’en 2025 à la même date, mais avec 9 % d’accidents et 9 % de blessés en plus.

Cette tension entre l’intensité de la réponse répressive et la persistance des indicateurs ne semble pas trouver de réponse adaptée. Dès septembre 2025, lors de sa première grande interview locale, Thierry Devimeux reconnaissait sa propre perplexité : « J’avoue que je ne sais pas pour l’instant. […] La consigne de nos forces de l’ordre, c’est plus de présence, taper, taper, verbaliser, retirer les permis, voire les voitures ! »

Huit mois plus tard, l’arsenal s’est étoffé. Le bilan, lui, ne s’est pas redressé. Pour le contribuable comme pour l’usager de la route, une interrogation : la répression plus forte peut-elle endiguer la mortalité routière, ou faudra-t-il, à un moment, ouvrir d’autres chantiers, de prévention ciblée, de sécurisation des points noirs et d’entretien des routes ?


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