L’iguane des Petites Antilles (Iguana delicatissima), classé « en danger critique d’extinction » par l’UICN en 2018 après une aggravation continue de son état de conservation, ne vit plus aujourd’hui que sur un seul site : les îlets de Petite Terre. Partout ailleurs en Guadeloupe continentale, il a quasiment disparu.
L’espèce n’est pas banale, endémique de l’archipel, on ne la trouve qu’à Anguilla, Saint-Barthélemy, Saint-Eustache, en Guadeloupe et en Martinique.
Officiellement, l’iguane péyi est intégralement protégé en Guadeloupe, Martinique et Saint-Martin depuis 1989. L’État a engagé un premier Plan national d’actions (PNA) pour 2011-2015, puis un second pour 2018-2023. Quinze ans après le premier bilan, les résultats sont faibles. « L’état de conservation de l’iguane péyi ne s’est pas amélioré ». Pis, la situation a tellement empiré que l’UICN a durci son classement en 2018.
Pourquoi cet échec ? La principale menace identifiée est l’iguane commun (Iguana), introduit par l’homme, qui se reproduit avec l’espèce endémique et l’hybride. La lutte contre cette invasion a été confiée à l’Office national des forêts (ONF), via le « Réseau iguanes des Petites Antilles » créé en 2017, et à des associations (Le Gaïac, Karisko, Le Carouge). Mais la régulation, autorisée par arrêtés en 2014 et 2018, n’a pas enrayé la dynamique d’hybridation. Son efficacité fait même débat dans la communauté scientifique.
Aujourd’hui, l’ONF estime les effectifs à environ 10 000 individus sur les îlets de Petite Terre, classés réserve naturelle nationale depuis 1998. À la Désirade, quelques centaines de spécimens subsistent. Partout ailleurs – Basse-Terre, Grande-Terre, les Saintes – l’espèce a quasiment disparu de territoires qu’elle occupait historiquement.
Cette concentration de la quasi-totalité de la population rend l’espèce extrêmement vulnérable. Un cyclone majeur, une épidémie, ou l’introduction accidentelle d’un iguane commun sur Petite Terre – un risque « contenu mais détecté » ces dernières années – pourrait anéantir la population guadeloupéenne en quelques semaines.
Un nouveau plan est annoncé. Les dépenses ne cessent pas, car l’extinction n’est pas assumée. Reste à déterminer ce qui n’a pas fonctionné, et ce qui va être changé, pour que ce troisième plan n’aboutisse pas, lui non plus, à un échec.



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