Le Carrefour Express de Pointe-à-Pitre, incendié dans la nuit du 17 au 18 octobre, pendant les pillages en agglomération pointoise. Photo : DR

Tirs sur des policiers, commerces pillés et incendiés, 44 interpellations en une nuit. Une source policière décrit les violences des derniers jours et refuse de les attribuer au mouvement contre la vie chère. Pour elle, des délinquants profitent du contexte.

Les policiers de la brigade spécialisée de terrain (BST) de Pointe-à-Pitre ont essuyé des tirs à deux reprises en dix jours. Selon une source policière jointe ce lundi 19 octobre, ces faits et les pillages qui ont suivi n’ont « rien à voir » avec les blocages du collectif Nou las palé. « Il n’y a pas de lien établi, on va dire, explique-t-elle. Ils ne sont pas dans les manifestations de Nou las palé, ils sont totalement à part. Ce sont des jeunes qui érigent des barrages sauvages et puis ils profitent de l’occasion pour commettre des exactions. »

Depuis le mercredi 14 octobre, le collectif Nou las palé a bloqué plusieurs axes de l’archipel, dont la zone de Jarry. Il réclame le retour des prix des carburants au niveau de 2023, une obligation de résultat » sur l’eau potable et l’ouverture de discussions sur les liquidations d’entreprises. Le préfet Thierry Devimeux a rompu le dialogue avec le collectif, dont il conteste la légitimité.

Une même unité visée deux fois

D’après une source policière, la série de violences commence par un braquage de personnes âgées à Trois-Rivières. Les auteurs présumés se rendent ensuite à Pointe-à-Pitre, où ils tombent sur les policiers de la BST. Ces derniers tentent de les interpeller. Les occupants du véhicule tirent sur la première voiture de police, en descendent et ouvrent « directement » le feu sur les fonctionnaires. Un des quatre suspects est interpellé. Ces faits remontent à la nuit du 8 au 9 octobre. Sept policiers avaient été visés et 14 impacts relevés sur un véhicule de police, sans faire de blessé. Un homme de 44 ans a été mis en examen et écroué le 12 octobre, et un fusil de type AR-15 a été saisi lors de son interpellation.

Un fusil de type AR-15 a été saisi lors de l’interpellation d’un suspect, après les tirs visant des policiers à Pointe-à-Pitre dans la nuit du 8 au 9 octobre. Photo : DR
Un fusil de type AR-15 a été saisi lors de l’interpellation d’un suspect, après les tirs visant des policiers à Pointe-à-Pitre dans la nuit du 8 au 9 octobre. Photo : DR

Le lendemain, selon la même source, un groupe est intercepté à Perrin, aux Abymes, par le GIGN. Pour se dégager, ses membres ouvrent le feu et blessent deux gendarmes. Les deux militaires de l’antenne GIGN de Pointe-à-Pitre ont été touchés au bras et à la jambe. Quatre suspects ont été interpellés. Ils sont décrits comme des « délinquants » spécialisés dans les braquages, sans lien établi avec la mobilisation.

La même unité de la BST a de nouveau été visée dans la nuit de samedi à dimanche, à Pointe-à-Pitre, par des individus qui pillaient des magasins. Les policiers parviennent d’abord à les repousser. Mais « quand les assaillants ont vu qu’ils étaient vraiment dérangés par les policiers, ils ont ouvert le feu pour continuer à commettre leurs exactions ». Trois policiers sont blessés, dont deux au bras. Deux individus sont interpellés. Un Carrefour Express a été incendié (photo ci-dessus). Selon la Direction territoriale de la police nationale, 50 à 60 personnes, pour la plupart cagoulées, ont participé aux exactions.

44 interpellations, plus de la moitié de mineurs

Le couvre-feu n’a pas empêché de nouveaux pillages dans la nuit de dimanche à lundi. Bilan de la nuit : 44 personnes interpellées, dont « plus de la moitié » sont mineures. Elles ne sont pas toutes connues des services de police et n’étaient pas armées. Jarry n’a pas connu d’incident. Ce lundi, des barrages persistaient à Mare-Gaillard, au Gosier.

Sur les moyens engagés, notre interlocuteur se montre peu optimiste : « Des dispositions, il n’y a pas grand-chose. Il n’y a pas de marge de manœuvre. » Et pour les prochains jours, à en croire les messages qui circulent, le mouvement « est parti pour durer ».

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