Éric Jalton président de Cap excellence a reçu Henri Yacou le président du Smgeag, mercredi 29 juillet (respectivement au centre et à droite) aux Abymes. Les deux hommes ont fait le point sur les difficultés d'accès à l'eau aux Abymes, à Baie-Mahault et à Pointe-à-Pitre. Photo : DR

Éric Jalton a reçu le président du Smgeag, Henri Yacou, mercredi 29 juillet, une semaine après le vote par lequel les élus de Cap excellence ont approuvé à l’unanimité les quatre résolutions issues du Congrès sur l’eau potable et l’assainissement en Guadeloupe. Une rencontre qui affiche la coopération entre les deux institutions, mais ne lève aucune des lourdes contraintes financières pesant désormais sur l’intercommunalité.

Éric Jalton président de Cap excellence a reçu Henri Yacou le président du Smgeag, mercredi 29 juillet (photo ci-dessus, respectivement au centre et à droite) aux Abymes. Les deux hommes ont fait le point sur les difficultés d’accès à l’eau aux Abymes, à Baie-Mahault et à Pointe-à-Pitre. Le communiqué diffusé à l’issue de la réunion évoque des « échanges constructifs et de qualité », des « pistes d’amélioration » et la volonté de « bâtir un plan d’actions » apportant des réponses à court, moyen et long terme. Aucune de ces pistes n’est détaillée.

Ce rendez-vous fait suite à la séance communautaire du 22 juillet où les élus adoptent les résolutions du Congrès sur l’eau et l’assainissement et saluent un « plan d’urgence de résilience hydrique » – renforcement de l’accès à l’eau, lutte active contre les fuites, modernisation des équipements – ainsi que l’accompagnement du Smgeag et de sa régie. La mise en œuvre concrète de ces résolutions lève plusieurs inquiétudes budgétaires.

Parmi les points soulevés et approuvés par les élus de Cap excellence, la création d’une « structure de défaisance » destinée à reprendre les dettes historiques du Siaeag. Or, la mise en place de cette structure appelée des vœux des élus du Congrès de l’eau ne dépend pas d’eux mais du gouvernement.

Cette structure de défaisance est, selon les propres termes de la résolution 3 adoptée lors du Congrès, « un dispositif qui aurait vocation à reprendre tout ou partie de la dette historique du Siaeag ainsi qu’une partie des dettes accumulées par le Smgeag depuis sa création », afin « de cantonner les passifs historiques qui ne relèvent pas directement de l’exploitation courante du service », de sécuriser le redressement financier du syndicat et de restaurer sa capacité d’investissement et d’emprunt.

En gros, il est demandé à l’État de reprendre les dettes du Siaeag et celles du Smgeag afin que ce dernier puisse repartir à neuf. C’est le gouvernement qui peut actionner les solutions. Mais de ce côté, rien n’est acquis.

De même, le déficit du Smgeag pris en charge pour moitié par les communautés d’agglomération, l’autre moitié par l’État, la Région et le Département, apparaît comme une bouffée d’oxygène pour le Smgeag, mais aussi comme un transfert de risque pour Cap excellence. L’agglomération doit intégrer 32 millions d’euros de déficit après la liquidation de sa régie eau et assainissement Eau d’excellence – une somme qui plombe ses comptes.

De même, l’adoption d’une Opération d’intérêt national (OIN) portée par l’État, avec engagement financier accru pour la reconstruction des réseaux, est présentée comme acquise. Or le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur le sujet.

À ce stade, l’OIN présentée par le sénateur Victorin Lurel a franchi une étape avec l’adoption d’un amendement au Sénat en juin 2026, lors de l’examen de textes relatifs aux Outre-mer. Cet amendement vise à préfigurer la création de cet outil d’exception pour rénover les réseaux de l’eau.

L’objectif est de pousser le gouvernement à enclencher pleinement ce régime dérogatoire – qui ne compte qu’une trentaine d’exemples en France – afin de débloquer des moyens spéciaux et d’accélérer les travaux sur les réseaux d’eau. Mais là encore, rien n’est sûr.

Sur le volet social, Cap excellence approuve le renforcement de la mission de distribution équitable du Smgeag (tours d’eau, packs, citernes). L’agglomération précise toutefois que cette solidarité aura un coût, et que l’équilibre devra être trouvé entre nécessité territoriale et soutenabilité financière.

Par ailleurs, si Cap excellence déclare être prête à intégrer trois nouveaux agents (après l’accueil de trois premiers collaborateurs), ce transfert d’effectif est explicitement subordonné à l’obtention d’informations précises sur le redressement du Smgeag. L’établissement accompagnera le syndicat, mais à condition que les données transmises garantissent un retour à l’équilibre et que l’effort reste compatible avec les moyens de l’intercommunalité.

En définitive, si l’approbation unanime des résolutions traduit une volonté politique forte, elle révèle aussi un exercice d’équilibriste pour les élus de Cap excellence : soutenir une politique publique essentielle de l’eau, tout en évitant que cette solidarité ne devienne un boulet financier pour le territoire.

La balle est pour une bonne part dans le camp de l’État et dans une moindre mesure dans celui du Smgeag. Les engagements pris devront être chiffrés, fléchés et garantis, dit le communiqué d’Éric Jalton. Une manière de signifier que le « oui » de Cap excellence pourrait aussi bien se muer en défection.

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