Sylvie Gustave dit Duflo, vice-présidente de la Région Guadeloupe en charge de l’environnement, préside en 2024 le comité de pilotage pour la construction de deux unités de traitement et de valorisation des déchets. Un projet de plus de 220 M€ pour réduire l’enfouissement et viser le zéro déchet en 2035. Photo : Sylvie Gustave-dit-Duflo

Il y a quatre jours, Dominique Biras, président du Syvade – syndicat des déchets — a invité les élus du comité syndical, les parlementaires et Sylvie Gustave-dit-Duflo la vice-présidente de la Région en charge de l’environnement (en jaune sur la photo ci-dessus lors du comité de pilotage en 2024 pour la construction de 2 unités de traitement et de valorisation des déchets). À l’ordre du jour ce jeudi 10 septembre 2026 : le projet d’usine qui transformera nos déchets (les fameux CSR) en énergie. Usine qui doit sortir la Guadeloupe de l’enfouissement des déchets.

Madame Gustave-dit-Duflo élu régionale en charge des déchets était sur le gril. Les élus lui ont fait part de leur incompréhension a minima quant à son approche de ce dossier. Un élu en l’interpellant a résumé en une phrase la situation : « Si après avoir échoué sur le dossier de l’eau, nous échouons aussi celui des déchets, la population ne nous le pardonnera pas. » Cette phrase, nous pouvons la faire nôtre. Parce qu’elle dit tout.

Contamination durable des réserves d’eau souterraine, de milliers d’espèces marines et terrestres, toxicité de l’air, prolifération de rats, mouches, moustiques, incendies spontanés… Les déchets doivent être traités de façon rigoureuse aussi bien pour des raisons sanitaires qu’environnementales. L’organisation à mettre en place est du ressort des collectivités territoriales, et notamment de la Région au travers d’un plan de gestion des déchets. Le rôle de l’État est de mettre en place des outils incitatifs pour encourager le recours à la valorisation avant l’élimination.

La Guadeloupe subit depuis des décennies la crise de l’eau, la vie chère, la fuite de sa jeunesse… Et quand un dossier pourrait avancer, quand des experts valident une solution, quand un projet tient debout techniquement et financièrement, que fait la Région ? Elle procède par arguties, elle conteste, elle freine.

Face au projet d’usine de traitement et valorisation des déchets porté par le Syvade, la conseillère régionale Gustave-dit-Duflo a d’abord brandi une prétendue réglementation européenne qui imposerait « deux tiers de tri pour un tiers de CSR ». Aucun texte européen n’impose un tel ratio.

Et puis, le 10 septembre, nouvel argument : le Syvade n’aurait pas déposé de dossier auprès des instances environnementales. Une interpellation qui n’est pas de mise, car Madame Gustave-dit-Duflo n’est pas fondée de pouvoir de l’instance environnementale. De surcroît ce ne serait pas au Syvade d’introduire une telle demande, mais à l’entreprise qui opérerait l’usine.

En réalité, le projet du Syvade respecte le Plan régional de prévention et de gestion des déchets. Mais sans les fonds européens gérés par la Région, il n’y aura pas d’usine de traitement des déchets. Les 48 millions d’euros disponibles à travers l’Europe ne sont pas une option. Si la Région continue de bloquer, de retarder, de contester sans fondement, cet argent ira ailleurs. Et la Guadeloupe restera avec ses déchets, ses dérogations, ses enfouissements interdits depuis 2002.

L’échéance approche. En novembre 2026, la dérogation de La Gabarre expire. Sans solution, les ordures resteront enfouies. Après l’eau. Après le chlordécone. Après les transports. Voilà les déchets. Nos élus ergotent, ils reculent, ils s’enlisent. La Guadeloupe attend, depuis quarante ans. Or l’occasion est là. Et pour reprendre les mots de l’élu qui prédit que la population ne pardonnera pas, eh bien elle aura raison de ne pas pardonner.

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