L’édition 2 016 du Terra Festival, festival du film de l’environnement et du développement durable de Guadeloupe, est  » à un tournant « . Les écologistes de la première heure côtoient un public très nombreux, soucieux des messages d’alerte et curieux des solutions possibles. Décryptage.

ECOLOGIE

La 13ème édition du Terra Festival fait recette

36 longs-métrages diffusés, seize courts-métrages, 18 communes. La 13ème édition du Terra Festival a franchi cette année un cap d’écologistes de la première heure côtoient un public très nombreux, soucieux des messages d’alerte et curieux des solutions possibles.

Aux dires des organisateurs, les Guadeloupéens sont plus nombreux cette année à s’intéresser au festival du film de l’environnement. Même si quelques localités n’ont pas présenté les mêmes chiffres de fréquentation que l’an dernier, le résultat global affiché pour l’ensemble de la Guadeloupe est en forte hausse. Mention spéciale à Gosier, Trois-Rivières, Gourbeyre et surtout à Deshaies à qui l’équipe dirigeante attribuerait volontiers la palme de la commune la plus impliquée. Un ciné-théâtre de Lamentin quasi plein chaque soir, et surtout une distribution plus large sur tout le territoire avec de nombreuses projections à l’attention des adultes et des élèves expliquent cette performance. Le film qui tient la vedette cette année est l’œuvre de Pierre Nicolas Durant. Il s’intitule  » Empreinte amérindienne « . Le film de Gilles Vernet tiré «  tout s’accélère  » vaut également le détour. Gilles Vernet, c’est cet ancien Trader qui, fortement marqué par la mort de sa mère, est devenu instituteur. Son film retrace la méthode pédagogique originale qu’il a expérimentée avec ses élèves. Enfin plusieurs auteurs guadeloupéens qui participent au concours du meilleur court -métrage ont traité soit le thème de la géothermie de Bouillante soit celui du chlordécone. Le Courrier de Guadeloupe analyse cet événement qui se perpétue depuis treize ans. Qui sont ces femmes et ces hommes qui veulent nous sensibiliser aux dangers que courent la planète et singulièrement la Guadeloupe ? Comment vit Martine Sornay, présidente du Terra Festival, écologiste déterminée ? Les Guadeloupéens sont-ils convaincus du bien-fondé de la cause ?

PORTRAIT

Martine Sornay, un art de vivre en vert

La défenseuse de la nature ouvre les portes de sa maison à Sainte-Rose, l’histoire d’illustrer comment l’on passe des idées à la réalité. Dimanche 17 avril, Le Courrier de Guadeloupe a rencontré une présidente du Terra Festival dont il se dégage un étrange mélange de sagesse et d’opiniâtreté.

« Bienvenue, je vis en pleine végétation. J’aime la luxuriance.  » C’est le regard pétillant que Martine Sornay accueille, devant sa maison située à Sofaïa Sainte-Rose, non loin du bain fameux qui porte le même nom. En ce dimanche 17 avril, à 10 h 30, le soleil n’a pas tout-à-fait réussi à imposer son éclat aux nuages. La présidente du Terra Festival est tout sourire. Ses cheveux argentés, légèrement ondulés forcent le respect. Il s’en dégage un étrange mélange de sagesse et d’opiniâtreté. De petite taille et plutôt menue, Martine Sornay apparaît frêle dans sa longue robe blanche tachetée de bleu. «  C’est un leurre  » assure Isabelle Seguin. La trésorière du Terra Festival juge au contraire, sa présidente alerte et solide physiquement.

Son père battait le blé

«  Elle a enseigné l’éducation physique et sportive (EPS), arrondi ses fins de mois en travaillant comme maître-nageur, vendu en même temps des produits d’entretien et a passé des soirées à tricoter des pulls pour un grand magasin  » renchérit Alix, l’une des sœurs de Martine.  » Nous n’étions pas du tout inquiètes lorsqu’elle est partie vivre en Guadeloupe  » rajoute Marie-Ange l’autre sœur.  » Nous étions sept enfants, habitions un petit village de 400 habitants. Mon père battait le blé. La nature nous connaissons  » assène-t-elle. La maison de Martine Sornay colle à son personnage : ouverte, généreuse, chaleureuse. L’espace salon que Martine nomme  » ma pièce à vivre », accueille un divan, deux vastes fauteuils, une petite table de salon. Le tout est en bambou et révèle la tonalité générale. Accrochés aux murs, tableaux et objets d’ornements rendent hommage à la pierre, au bois, au sable, aux coquillages, aux végétaux, à la nature.

20 ans de passion

Volubile à l’envi, Martine Sornay passe d’un sujet à l’autre. Elle parle avec passion de sa forêt qu’elle domine du haut de son balcon. S’extasie de la ventilation étudiée qui l’exonère de la climatisation. Martine dévoile sa citerne d’eau grâce à laquelle elle ne paie que l’abonnement au service public, puis court à la gouttière qui l’approvisionne et explique le fonctionnement de l’ensemble. Soudain, la maîtresse des lieux désigne du doigt deux poubelles que  » les services de voiries ne ramassent pas souvent. Je fais le tri. Les déchets verts vont au compost. Du coup, mes bacs ne se remplissent pas vite, et ne sentent jamais mauvais.  » Voilà près de 20 ans que Martine Sornay consacre son temps à la protection de la nature en Guadeloupe. Toujours avec la même passion.  » Je suis venue une première fois en Guadeloupe en 1969. J’en suis tombée tout de suite amoureuse  » se souvient-elle. En 1985, elle s’installe définitivement, enseigne l’éducation physique et sportive au collège et se délecte de la Guadeloupe : de sa végétation, ses contradictions, sa musique – le lewoz surtout — un rythme qui continue à l’envoûter.

Martine  » ne sait pas dire non « 

Martine Sornay prend vraiment les rênes du Terra Festival en 2009. La manifestation grandit et rencontre très vite le succès. La tâche n’est pas facile. Les subventions sont maigres. Surtout, elles arrivent très tard. Martine a du mal à exprimer les manquements des uns et des autres.  » C’est sa propension à tout excuser et à tout vouloir assumer  » explique Isabelle qui tient les finances.  » Nous ne savons jamais si les subventions vont arriver. Nous comptons toute l’année et Martine s’arrache les cheveux pour payer les prestataires « . Selon la trésorière, Martine n’a qu’un seul défaut :  » elle ne sait pas dire non « . Christiane Thirion parfaite complice de la présidente du Terra Festival estime qu’il faut pourtant franchir un cap.  » Le festival est aujourd’hui à un tournant. Nous devrons trouver des moyens financiers supplémentaires pour le faire grandir encore « . Martine devra sans doute forcer sa nature.

REPORTAGE

Guy Favand branche des collégiens sur l’écologie

« Je ne suis pas connecté au cordon ombilical d’EDF « . Guy Favand, farouche défenseur de l’environnement s’exprime depuis un quart d’heure devant la soixantaine de collégiens invités ce mardi 19 avril à 14 heures au centre culturel Gérard Lockel de Baie-Mahault, dans le cadre du Terra Festival. Les deux films visionnés par les adolescents, l’un sur le potentiel géothermique de la Dominique, l’autre sur la centrale de Bouillante n’ont pas suscité de leur part de réaction. La salle a commencé à s’animer dès les premiers thèmes abordés par le professeur de sciences et techniques industrielles aujourd’hui à la retraite.  » Vous n’avez pas d’électricité chez vous Monsieur ? Vous vivez seul ?  » demande une jeune fille assise au premier rang.  » Je ne vis pas seul. Ma maison est bien remplie et j’ai de l’électricité sans être branché à EDF, ce depuis 38 ans. Et si vous voulez tout savoir je ne suis raccordé à aucun service public de l’eau non plus.  » Guy Favand n’insiste pas sur les moyens qu’il a mis en œuvre pour être autonome. Il embraye rapidement sur les dangers du téléphone portable.  » Les ondes émises par ces appareils nuisent à votre santé physique et psychique « . Une des professeures explique au garçon assis près d’elle  » qu’il y a de plus en plus à votre santé physique et psychique « . Une des professeures explique au garçon assis près d’elle  » qu’il y a de plus en plus d’enfants âgés de 10 à 12 ans qui meurent pendant leur sommeil, victimes d’accidents vasculaires cardiaques (AVC) à cause du téléphone portable « . Elle rajoute en passant sa main sur le front du garçon.  » Je suis sûr que tu as souvent mal à la tête « . Le jeune garçon, jusque-là affalé sur sa chaise se redresse, reste un moment bouche bée et se montre plus attentif au débat.  » Monsieur comment vivre sans portable ? Je fais tout avec  » insiste un autre collégien plutôt rond, coiffé d’épaisses locks.  » Je n’en ai jamais eu et je suis parfaitement heureux  » répond Guy Favand.  » Et pendant que vous y êtes, pensez à débrancher le wi-fi avant de vous endormir là encore à cause des ondes nocives « . Du fond de la salle une toute petite voix laisse échapper : «  Et si on a besoin d’aller sur l’ordinateur la nuit ? « .  » Dans ce cas c’est d’un médecin dont tu as besoin.  » Toute la salle s’esclaffe. Le temps du retour au calme de l’auditoire, Guy Favand attaque déjà un autre sujet. Il explique qu’avec des gestes simples, chacun peut contribuer à défendre l’environnement : éteindre la lumière en quittant une salle, ne pas laisser en veille la télévision par exemple. Le professeur explique qu’en changeant de comportement, les usagers peuvent diviser par quatre leurs factures EDF. «  Qui peut me dire combien de litres d’eau il consomme par jour ?  » interroge-t-il brusquement. Après un long silence,  » 15 litres  » ose la jeune fille qui ne voulait pas couper son wi-fi la nuit.  » C’est la consommation de quelqu’un qui vit sur un bateau coupe Guy Favand. Chacun d’entre nous utilise chaque jour entre 120 et 150 litres d’eau. C’est pour cela qu’il ne faut pas laisser couler inutilement le robinet « . C’est déjà la fin. Après deux heures d’un échange bien nourries, Guy Favand quitte des collégiens abasourdis par le discours du professeur. Ils voudraient le retenir et l’assaillent de questions. Guy Favand promet de revenir…

VOX POP

Que faites-vous pour sauver la planète ?

Marie Gustave, 79 ans, enseignante retraitée, Morne-à-l’Eau

 » Je continue d’organiser des plantations dans les collèges pour montrer aux enfants que les plantes vivent et nous fournissent oxygène et ressources alimentaires. J’accompagne l’association J’ose la nature pour le développement du jardin créole. J’ai ramassé des déchets à Beautiran à Petit-Canal et au canal des Rotours à Morne-à-l’Eau. Je ne jette plus rien par la fenêtre de ma voiture. « 

Didier Trémor, 44 ans, cadre commercial, Sainte-Rose

 » Je trie mes déchets. J’essaie de respecter les règles d’hygiène qui s’imposent à tous. Celui qui fume et jette son mégot par terre sait qu’il manque à ses devoirs. Sans obligations, amende et restriction, on ne sauvera pas la planète. On se sent libre tant qu’on n’est pas puni. J’ai été choqué du recours aux ordures pour ériger le barrage devant le siège de Canalsat récemment. « 

Élodie Janvier, 18 ans, étudiante en médecine, Capesterre Belle-Eau

 » Je me sens très concernée, d’autant que c’est de mon avenir qu’il s’agit. Je suis adepte du tri. Avec plus de difficultés toutefois depuis notre déménagement à Capesterre Belle-Eau. La commune n’a pas mis en place le tri. Ce matin encore, j’ai aidé ma mère à amener les bouteilles jusqu’à Petit-Bourg où nous avions nos habitudes et repères. Je suis aussi attentive à économiser l’électricité. « 

Sullivan Montout, 21 ans, plombier, Abymes

 » Franchement, je ne fais rien. Je vis. Sauver la planète ça a du sens, parce qu’on meurt, et qu’on laisse des gens derrière. Mais ceux qui le disent, en réalité polluent aussi, comme tout monde. On essaie juste de limiter. S’il faut vraiment arrêter de polluer, on va en réalité arrêter de vivre. Pour mobiliser tout le monde ça va être difficile il faut selon moi demander le strict minimum. « 

Frédéric Foucou, 53 ans, cadre technique, Baie-Mahault

 » Lorsqu’on va à Petit-Terre, en partant on fait le tour de l’île pour ramasser tout ce qui traîne. La planète a besoin de tout le monde. J’achèterai une voiture électrique ou hybride, en vacances aux États-Unis j’ai été séduit par la conduite d’un modèle. Et puis je ne comprends pas ceux qui jettent dans les ravins. Une fois les déchets en voiture, le plus dur est fait, autant aller jusqu’à la déchetterie. « 

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