Michel Mado lors de son investiture en qualité de maire de Baie-Mahault dimanche 29 mars 2026. Photo : Ville de Baie-Mahault
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Huit des 32 communes de la Guadeloupe ont changé de maire. Parmi elles, Baie-Mahault, Terre-de-Bas, Anse-Bertrand, Goyave, Port-Louis, Vieux-Fort, Saint-Claude et Deshaies. Après que le verdict des élections municipales est tombé, nombre de commentateurs ont lu ces résultats à l’aune d’une recomposition politique claire. La réalité se révèle plus nuancée.

Ce scrutin confirme d’abord une tendance de fond : l’effacement quasi général de la droite traditionnelle. Autre constat, cette fois en décalage avec l’Hexagone : ni le Rassemblement national ni La France insoumise n’ont réussi à percer. Les élections municipales sont une tout autre équation que les élections européennes, avec des listes nationales où figurent peu de Guadeloupéens, et surtout un taux de participation qui change la donne, 56,11 % au second tour des municipales 2026, contre seulement 13,3 % aux élections européennes de 2024.

La grande question est celle de l’analyse du duel entre Guadeloupe unie, solidaire et responsable (GUSR) et la fédération guadeloupéenne du Parti socialiste. Et elle mérite d’être affinée. Contrairement à ce que certains pourraient résumer à un rapport de force en mouvement, aucune des deux forces ne s’est effondrée. Toutes deux ont su préserver leurs bastions historiques.

Le GUSR et ses alliés conservent une quinzaine de communes emblématiques : Capesterre-Belle-Eau, Trois-Rivières, Sainte-Anne, Morne-à-l’Eau, Saint-Louis, Capesterre de Marie-Galante, Saint-François, Pointe-Noire, Petit-Bourg, Grand-Bourg, entre autres. Surtout, le parti de Guy Losbar signe une prise importante en remportant Baie-Mahault, où Michel Mado (en photo ci-dessus lors de son investiture dimanche 29 mars) s’impose face à Ary Chalus, l’exécutif régional.

Mais cette apparente maîtrise cache des pertes non négligeables. Le GUSR doit déplorer plusieurs revers. À Terre-de-Bas, la sénatrice Rolande Nadille-Vala est nettement battue par Gabriel Foy, soutenu par le PS. À Vieux-Fort, Rolland Pentier, avec l’appui des socialistes, fait tomber Héric André. À Goyave, Ferdy Louisy, proche du GUSR, cède face à Jean-Luc Edom.

De son côté, le Parti socialiste peut se prévaloir d’une relative stabilité. Il conserve ses bastions : Basse-Terre avec André Atallah, Baillif avec Marie-Yveline Ponchateau, Vieux-Habitants avec Jules Otto. Et il capitalise sur les conquêtes réalisées au détriment du GUSR, en ajoutant à son actif Terre-de-Bas, Vieux-Fort, Anse-Bertrand et Port-Louis.

Au final, si le GUSR confirme sa place de force dominante et réalise une conquête stratégique à Baie-Mahault, il sort néanmoins de ce scrutin avec quelques plumes arrachées. Le Parti socialiste, sans être le grand vainqueur d’une bascule générale, réussit une progression en ordre dispersé qui lui permet de regagner du terrain.

Une chose est sûre : chaque chapelle, fidèle à la tradition post-électorale, trouvera dans ces résultats de quoi revendiquer la victoire. La réalité, plus subtile, laisse entrevoir une recomposition où le rapport de force s’ajuste sans se renverser. Reste toutefois à attendre les résultats de la bataille qui actuellement fait rage pour diriger les communautés d’agglomérations. Un verdict communautaire qui pourrait éclairer davantage les mouvements à l’œuvre sur l’échiquier politique guadeloupéen.


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