La crise que vient de vivre le gouvernement Valls I, vite remplacé par le gouvernement Valls II, jette une lumière crue sur l’état d’éclatement du parti socialiste au pouvoir, et aussi sur le climat délétère dans lequel se trouve le pays lui-même. Disons-le tout net, le comportement d’Arnaud Montebourg illustre à merveille l’absence de maturité politique collective du parti socialiste. On ne gouverne jamais seul et encore moins par foucades contre les siens. Même si Manuel Valls et François Hollande ont su réagir rapidement, c’est le genre d’épisode qui marque négativement un quinquennat. Pas besoin de s’interroger très longtemps sur les motivations d’Arnaud Montebourg. L’ancien ministre de l’économie a parié sur l’échec de ce quinquennat et se positionne déjà pour la prochaine compétition présidentielle. Il a beau bêler avec l’ensemble de la gauche de la gauche que François Hollande n’a pas été élu pour mettre en place cette politique, il sait fort bien que la seule politique crédible c’est la réduction des déficits. La place de la France dans l’Europe et son adhésion à l’euro ne laissent pas beaucoup de marge de manœuvre. D’autant que tous les pays occidentaux ou presque ne jurent que par un libéralisme de plus en plus débridé. Difficile dans ce contexte d’aller à contre-courant, Sauf à continuer à biaiser avec la réalité comme l’ont fait tous les gouvernements de gauche et de droite depuis trente ans. L’ennui c’est que plus le temps passe et plus il devient difficile de contourner l’évidence : on ne peut vivre éternellement à crédit. Le risque c’est qu’un jour on vous le supprime carrément. Et c’est la faillite. Mais actuellement, ce sont d’autres considérations qui motivent la classe politique. De fait, c’est le bal des ego. Et pas seulement là gauche. Le prochain congrès de l’UMP va certainement encore le démontrer. Ils sont désormais trois au sein de ce parti, à nourrir des ambitions pour la présidentielle de 2017. Alain Jupée a déjà annoncé la couleur, cette fois c’est décidé, le maire de Bordeaux après avoir essuyé une forte impopularité revient. Il est prêt à en découdre. Il sera présent aux primaires de l’UMP. Lorsqu’il était premier ministre sous Nicolas Sarkozy, François Fillon n’en finissait plus d’avaler des boas. Il piaffe désormais d’impatience et rêve de revanche. Et puis il y a Nicolas Sarkozy qui ne rêve que d’une chose, revenir par une victoire éclatante au sommet de l’État. Ces trois-là ne se feront aucun cadeau, parce qu’au fond d’eux-mêmes chacun est convaincu d’être le meilleur. L’ego toujours l’ego. Et ce n’est pas tout. Il y a tous les autres. Ceux qui se prennent pour tout, sauf pour des seconds couteaux. Cela va de Bruno Lemaire à Nathalie Kosciusko-Morizet en passant par Hervé Mariton. Or la France a davantage besoin en ce moment de cohésion et d’unité que d’ego hypertrophiés. François Bayrou avait essuyé les railleries d’une bonne partie de la classe politique, lorsqu’il avait appelé de ses vœux un gouvernement d’unité nationale. On n’en est peut-être encore pas à ce stade, mais il n’est du tout sûr que le dénigrement systématique en se poussant du col soit porteur d’une amélioration quelconque.

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