C’est une année catastrophique pour la filière canne-sucre en Guadeloupe. Avec environ 312 728 tonnes de cannes récoltées, la campagne de 2026 est l’une des plus faibles en volume jamais enregistrées. La baisse représente environ 35 % par rapport à 2025. La production de sucre a diminué d’environ 30 % par rapport aux prévisions.
Une tendance observée dans l’ensemble des bassins canniers des Antilles et de la Réunion. La production de sucre de canne est en net repli, estimée à 104 000 tonnes en 2025, soit une baisse annuelle de 26,5 % selon FranceAgriMer (établissement national des produits de l’agriculture et de la mer). En l’espace de dix ans, la production dans les départements et régions d’Outre-mer a été divisée par deux.
Alors que la campagne 2027 se prépare déjà, les planteurs et les transformateurs tirent la sonnette d’alarme. La filière canne-sucre-rhum qui a toujours été un pilier de l’économie locale, conserve une place stratégique. Selon le recensement agricole de 2020, 3 121 agriculteurs travaillent dans la filière. L’interprofession estime qu’elle concerne 8 000 emplois directs et indirects, pour un total de 70 millions d’euros de chiffres d’affaires. La bagasse, résidu de la canne permet de produire 15 % de l’électricité du territoire, un atout pour la transition écologique.
Le Groupement d’intérêt économique (GIE) Canne Guadeloupe, regroupement des structures coopératives qui fédèrent les planteurs (Udecag, Sicadeg, Sicama et Stcagra) a présenté un plan d’urgence. Il est destiné à augmenter les surfaces replantées avec 200 hectares supplémentaires par an d’ici 2030.
À Gardel, seule usine de la Guadeloupe continentale, le directeur Nicolas Philippot se montre catégorique : le sucre bio est « l’avenir de la canne ». Malgré la baisse des cours mondiaux, le prix du sucre bio reste bien plus élevé que celui du sucre vrac, oscillant entre 900 et 1 300 euros la tonne.
En expérimentation depuis 2021 dans l’archipel, le sucre bio est confronté à plusieurs défis agricoles, économiques et réglementaires. La première campagne de production bio s’est achevée cette année, avec un bilan au-dessous des prévisions. L’usine n’a fabriqué que 20 tonnes, alors qu’elle tablait sur un potentiel de 500 tonnes. Des chiffres qui n’entament pas la confiance de Nicolas Philippot, qui souhaite atteindre d’ici à 2035 10 % de production bio. Interview.
Le Courrier de Guadeloupe : Vous avez dévoilé un plan « Canne – sucre bio » ambitieux avec des objectifs de 72 000 tonnes de canne bio récoltées, et 5 600 tonnes de sucre bio produits d’ici 10 ans. La campagne 2026 s’est achevée avec le bilan de 3 700 tonnes de canne broyée, et une production de 20 tonnes de sucre bio : on est encore loin de vos objectifs…
Nicolas Philippot : Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, déjà ne serait-ce que sur la canne conventionnelle. On le voit, on sort d’une récolte compliquée, avec de moins en moins de cannes. Il est difficile de faire émerger la canne bio, avec en toile de fond une canne conventionnelle qui n’est pas à son maximum et sur laquelle il faut encore faire beaucoup de choses.
Ceci dit, la canne bio représente vraisemblablement l’avenir de la canne en Guadeloupe, car on a du mal à être compétitifs sur la canne conventionnelle.
Est-on loin des objectifs ? Oui et non, c’est-à-dire que le plus dur c’est quand même de mettre au point la canne bio, de mettre au point le sucre bio et de faire en sorte que l’on ait toutes les autorisations nécessaires pour la création et la fabrication de ce sucre bio… On touche au but.
La production de sucre bio cette année est faible. Mais on est encore en train de caler le processus de production, peut-être qu’il faudra qu’on passe par un appareil spécifique sur le sucre bio et dans ce cas, on fera une demande de fonds européens pour nous accompagner sur cet investissement à hauteur d’environ 1 million d’euros.
Cette filière canne sucre bio que vous développez depuis 2021 peine encore à convaincre les planteurs. Ils sont environ 3 121 dans l’archipel (chiffre du recensement agricole de 2020) mais seuls 37 planteurs ont participé à la campagne 2026, un chiffre en baisse car en 2025, ils étaient 55… Certains ont abandonné la canne bio ?
Près de 90 planteurs se sont engagés via un contrat signé auprès de l’usine Gardel. Mais ils n’ont aucune obligation, c’est plutôt nous qui leur disons : venez livrer chez nous et vous aurez 20 euros de plus pour la tonne de canne. On a signé les contrats en 2024-2025, ils peuvent dénoncer ce contrat quand ils veulent.
En 2025, la prime bio Gardel payée en 2025 s’élevait à 108 551 euros. Ce montant inclut l’aide de 20 euros par tonne et la prime à la conversion : pendant 1 an ou 3 ans, cela dépend du type de parcelles, le planteur n’est pas encore bio, sa canne n’est pas encore bio mais il s’est inscrit dans le programme, on paie la conversion bio et c’est 5 euros de plus par tonne livrée.
Pour 2026, 37 planteurs ont livré de la canne bio à Gardel sur la période spécifique de la récolte bio. Il y a des planteurs qui n’ont pas pu faire des entretiens dans la canne bio, donc ils n’ont pas livré, d’autres ont livré en conventionnel et pas en bio, certains ont arrêté parce que c’était plus difficile, contraignant, ils ont préféré repasser en conventionnel.
En 2026, quel était le prix de la tonne de canne bio payée au planteur ? Et le prix de la canne conventionnelle ?
Les planteurs de canne conventionnelle ont reçu 109,08 euros cette année, ceux de la canne bio ont reçu 20 euros de plus à 129, 08 euros.
Pour une partie des planteurs, l’aide de 20 euros par tonne n’est pas suffisante pour se lancer dans le bio, ils pointent notamment le coût de la main-d’œuvre et demandent une hausse de cette participation financière…
J’entends et je peux comprendre qu’ils veuillent plus mais 20 euros à la tonne de canne, mais pour Gardel c’est déjà un effort de 60 % plus cher. S’il y a des aides complémentaires, pourquoi pas. Mais cela paraît compliqué que Gardel puisse les financer une nouvelle fois avant de commercialiser les sucres.
Pour l’instant, on a financé depuis de nombreuses années, sans pouvoir obtenir le fruit de cet effort.
L’aide de 20 euros est-elle garantie, ou révisable chaque année ?
L’aide de 20 euros est garantie, si elle est révisée c’est plutôt à la hausse. Moi j’aimerais qu’on commercialise nos sucres, qu’on s’aperçoive que tout le monde se les arrache, qu’on arrive à bien les valoriser, et que l’aide de 20 euros passe à 25 ou 30.
Une hausse dépend de plusieurs choses, principalement la commercialisation. Si on a des carnets de commandes qui sont de plus en plus conséquents mais qu’on n’arrive pas à les tenir, nos clients vont se détourner de la Guadeloupe pour se tourner vers d’autres territoires. Cela dépend du prix, de notre capacité à les livrer, de la qualité des sucres, des cannes etc.
Les cannes bio de 2025 ont été payées au tarif bio mais transformées en sucre conventionnel. Qui a supporté ce surcoût : Gardel, l’État, ou la filière ?
Gardel a pris entièrement en charge ces coûts. On n’a strictement aucune aide sur le bio, aucune aide. On fait un peu de crédit impôt recherche, mais c’est très très peu. On peut avoir des subventions pour rénover le site, mais spécifiques au bio on n’a rien et sur la canne payée au planteur, on n’a aucune aide.
Une autre façon de gagner des surfaces en bio, c’est de remettre en culture des surfaces abandonnées ou en friche : derrière une friche, vous passez tout de suite en bio, vous n’avez pas besoin de passer par l’étape de la conversion.
Cette année, près de la moitié des parcelles bio étaient non récoltables. Quelles sont les causes ?
Sur une parcelle bio, il y a un minimum d’exigences en termes d’itinéraires techniques et de suivi de la parcelle. La grande difficulté dans la canne bio, vous ne faites pas appel aux herbicides et donc vous pouvez vous retrouver envahi par des mauvaises herbes, si jamais vous n’avez pas soit désherber manuellement, soit fait les bons entretiens au bon moment.
On peut se retrouver face à des parcelles, qui ont été estimées remplies de mauvaises herbes et donc non récoltables. Le risque étant de ramasser plus de mauvaises herbes que de cannes.
Dans d’autres cas, cela pouvait être des parcelles inondées à cause des pluies, par exemple qui n’étaient pas praticables au moment de la récolte bio.
Cela peut être un ensemble de choses. Mais même si on ne récolte pas pendant la période bio, la canne nous intéresse de toute façon. Si le planteur veut nous la livrer après ou avant, il en a parfaitement le droit.
Dans votre bilan de 2026, il apparaît qu’il y a eu aussi des rendements plus faibles…
De manière générale, tous les rendements de la canne en Guadeloupe pour 2026 sont plus faibles que les années précédentes, plus faibles qu’attendus, qu’estimés et qu’espérés, le bio ne fait que suivre la même tendance, il n’est pas épargné.
On a des baisses de rendement qu’on estime de l’ordre de 25 à 30 %, parfois même plus sur un grand nombre de parcelles.
Il y a un travail qui est en cours par la Daaf de Guadeloupe. Ils doivent creuser via le service analyse pour bien comprendre les facteurs explicatifs de cette baisse de rendement.
Parmi les raisons déjà avancées, il y a un manque d’entretien des parcelles, un manque d’engrais, d’analyse de sols, un manque d’herbicides pour la canne conventionnelle et il y a un effet climatique également.
Soit les techniques n’ont pas été respectées, c’est-à-dire que le planteur n’a pas fait correctement les entretiens faute de temps, de considération, parce qu’il est à cheval sur deux métiers, ou cela peut être une raison de trésorerie.
Comme malheureusement, il y a eu des grèves en 2024, ces grèves ont fait beaucoup de mal à toute la filière. On s’est retrouvé en 2024 avec plus de 40 % de la canne qui n’a pas été récoltée, beaucoup de ces cannes ont finalement été récoltées en 2025.
Beaucoup de planteurs se sont retrouvés sans trésorerie, ils n’ont pas pu faire correctement leur entretien…
La plante est un être vivant, il faut respecter son cycle végétatif de 12 mois, tous ces dérèglements n’ont pas fait du bien à la canne.
Mais par contre en 2026, on considère que 100 % de la canne a été récoltée puisque vraiment on est allé jusqu’au bout de la campagne, pour que toutes les cannes conventionnelles ou bio soient livrées en sucrerie ou distillerie.
Les rendements de la canne bio s’établissent entre 52 et 63 tonnes par hectare en 2026, des chiffres qui sont proches de la canne conventionnelle…
Sur les 3 dernières récoltes de la canne bio, on s’aperçoit que les rendements sont globalement assez proches de la conventionnelle.
La canne est une culture qui ne fait appel ni à des fongicides, ni à des insecticides, pesticides, la canne n’a pas de maladies et pas vraiment d’insectes nuisibles.
La seule différence entre la canne conventionnelle et la canne bio, ce sont les herbicides. Le planteur passe plus de temps dans sa parcelle en bio, il a besoin de plus de main-d’œuvre. Mais dans d’autres cultures, les différences entre bio et non bio sont beaucoup plus importantes, cela peut être le jour et la nuit.

Selon les chiffres de l’Agreste, 12 000 hectares de sole cannière ont été recensés en 2023, mais seulement 133 hectares certifiés bio à récolter en 2026…
Une partie de la profession attendait que l’on vende du sucre bio, qu’on les voie sur les étals des supermarchés en Guadeloupe, et qu’ils se rendent compte que cela relève de la réalité. Un certain nombre de personnes n’y croient pas, ils disent qu’on n’y arrivera jamais, ce n’est pas possible. J’espère qu’il y aura un effet boule de neige dès lors que l’on aura commencé à commercialiser ces sucres et à montrer qu’on y est arrivé tous ensemble.
Une autre façon de gagner des surfaces en bio, c’est de remettre en culture des surfaces abandonnées ou en friche : derrière une friche, vous passez tout de suite en bio, vous n’avez pas besoin de passer par l’étape de la conversion.
Vous avez évoqué dans un récent entretien près de 10 000 hectares non cultivés et pointé des dysfonctionnements notamment la Chambre d’agriculture, la Safer et le Département : ces dysfonctionnements seront-ils résolus pour la prochaine campagne 2027 ?
C’est un long cheminement, cela n’a pas fonctionné depuis de nombreuses années, et ce n’est malheureusement pas en une seule année que l’on va réussir à le solutionner.
Il faudrait que tout le monde travaille efficacement dans le même sens, on a 3 ans pour montrer que c’est possible et qu’on avance dans ce sens.
Il y a une urgence liée à la filière. On a de moins de moins de cannes mais un site comme celui de Gardel est dimensionné pour recevoir minimum 400 000 tonnes de cannes, voire 500 000 tonnes tous les ans. Il y a urgence, si on ne reçoit pas suffisamment de cannes conventionnelles, c’est compliqué de lancer de nouveaux programmes comme le bio.
Ils sont incapables de déployer un savoir-faire et des équipes pour pouvoir recréer toute la gestion du Feader. (…) La Région Guadeloupe n’y arrive pas, ils sont totalement dépassés par la situation. Il y a moins de 1 % de paiement. (…) La première qui va payer ce dysfonctionnement, c’est l’agriculture guadeloupéenne.
Le GIE Canne Guadeloupe a présenté un plan d’urgence destiné à relancer le renouvellement des vieilles souches et augmenter les surfaces replantées avec 200 hectares supplémentaires par an d’ici 2030. Quelle sera la part de la canne bio ?
Cela dépend si on utilise les friches, si on a affaire à des agriculteurs qui ont l’habitude de travailler la canne, et qui se sentent à l’aise pour passer sur le bio. Si on reste dans l’ordre de 5 %, c’est déjà très très bien. Cela me semble réaliste.
Ce n’est pas tant la question de la prime bio qui peut encourager les agriculteurs, mais surtout la question du rendement.
Si votre rendement passe de 50 à 80 qui sont des écarts standards, en termes d’évolution de trésorerie, c’est 60 % en plus. Il faut vraiment travailler ces rendements, les écarts ne sont pas monstrueux entre la canne bio et la canne conventionnelle.
La meilleure façon de convaincre d’autres agriculteurs de passer au bio, c’est de montrer que non seulement les rendements sont les mêmes, et si on les travaille bien, ils peuvent être très corrects et en plus de montrer que l’on peut avoir 20 euros à la tonne de canne. C’est 20 % de plus pour l’agriculteur.
Il faudra attendre la prochaine convention à partir de 2028 pour des mesures concrètes de l’interprofession sur le sucre bio ?
Le bio n’est pas traité au sein de la convention 2023-2028. Mais cela nous a permis de mettre en avant de bonnes pratiques, notamment la contractualisation, qui sont des sujets qui peuvent être repris dans la prochaine convention.
Ce n’est pas une nécessité absolue. Parfois la gestion en direct permet d’être beaucoup plus réactifs. Par exemple, avant on était à environ 14,50 euros pour l’aide à la canne bio et j’ai pris la décision de passer à 20 euros. Il n’y a pas eu besoin de signer de convention, de faire de la négociation, cela a permis de faire avancer le sujet rapidement.
Les planteurs peuvent obtenir aides financières comme le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural) mais vous avez alerté en indiquant qu’aucune aide Feader n’a été versée depuis plus de trois ans sur la replantation de la canne…
Je lis que la Région subit un changement de logiciel : c’est totalement faux. La Région Guadeloupe comme certaines régions de France ont décidé de sortir du logiciel recommandé par l’Europe, pour proposer un nouveau logiciel.
Sauf que derrière, ils sont incapables en Guadeloupe de déployer un savoir-faire et des équipes pour pouvoir recréer toute la gestion du Feader sur ce nouveau logiciel. Certaines régions de France l’ont parfaitement réussi, mais ce n’est pas le cas de la Guadeloupe.
J’ai fait le point avec l’Agence de services et de paiement (ASP) qui est l’organisme payeur. L’ASP n’est pas bloquant mais ils demandent un certain nombre de garanties, pour vérifier que les paiements aillent bien aux destinataires, qu’il n’y ait pas de fraudes… Mais la Région Guadeloupe n’y arrive pas, ils sont totalement dépassés par la situation.
La Région essaie d’envoyer des messages rassurants en disant qu’ils vont avancer 5 millions. Mais de quoi on parle ? De 5 millions sur un programme de 120 millions ! Il y a moins de 1 % de paiement. Il est probable qu’il y aura une remontée d’office des fonds attribués à la Guadeloupe sur d’autres régions de France. La première qui va payer ce dysfonctionnement, c’est l’agriculture guadeloupéenne.
On aimerait entendre un vrai plan d’action majeur avec des moyens conséquents pour bénéficier des fonds Feader. Le Medef a écrit au préfet, il a demandé que la Région soit mise sous tutelle sur cet élément-là par l’État pour au moins sauver ce qui peut être sauvé. Tout le monde est extrêmement inquiet de la situation.
2026 a été la première année de fabrication de sucre bio en situation réelle, vous terminez la campagne avec 20 tonnes. Lors du processus de fabrication, vous avez rencontré des difficultés avec l’un des intrants appelé floculant DXD 900, qui n’est pas encore homologué en Europe.
Ce floculant est un produit fabriqué au Brésil, conçu à partir de composants naturels. Il permet au Brésil de vendre des sucres bios en Europe, ce qui est un peu révoltant parce qu’eux ont le droit de l’utiliser et nous, nous n’avons pas encore le droit.
Cela fait trois ans que l’on travaille sur le dossier, il y a un comité d’experts composé de plusieurs membres dont l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) qui a donné un avis favorable. Là maintenant, on attend juste la signature des représentants des 27 pays membres pour que ce produit soit ajouté à la liste des produits autorisés en fabrication bio. Les instances européennes nous évoquent le mois de novembre, ce sont les parlementaires qui doivent signer l’autorisation de ce produit.
Après cette autorisation, il restera du travail. Ce floculant est bien moins efficace qu’espéré, cela montre qu’on est encore en train de faire de la recherche et développement sur cette fabrication de sucre bio. La partie industrielle n’est pas complètement sécurisée. On a encore d’autres tests à faire pendant la prochaine campagne. À terme, on pourrait éventuellement faire l’investissement majeur d’une nouvelle machine sur le site, pour nous permettre de mieux utiliser ce floculant.
Vous avez évoqué 700 à 800 euros la tonne pour les sucres spéciaux contre 400 euros pour le vrac. À quel prix le sucre bio guadeloupéen a-t-il effectivement été vendu en 2026 ?
On est face à une dépréciation majeure des prix du sucre, ils ont chuté de 50 % depuis 2 ans. Ces chiffres moyens ne correspondent pas à 2026, on est plus bas.
Le prix du sucre vrac est passé à 283 euros la tonne. Les prix des sucres spéciaux varient en fonction de différents critères comme les quantités achetées. Le prix de vente moyen est plutôt entre 650 euros et 1 000 euros la tonne, cela dépend si ce sont les clients finaux ou les intermédiaires. Pour le sucre bio, on estime pouvoir le vendre 300 euros de plus à la tonne. Mais cela dépend du cours du sucre.
On ne nous a pas proposé de contrats fermes pour la production de 2026. Il faut d’abord envoyer des échantillons, voire si la qualité convient aux clients. Mais on pense pouvoir écouler la production.
Ce qui nous aide dans notre compétitivité, c’est le fait qu’on puisse afficher que notre sucre est français. Tous les clients et industriels à la recherche de sucre de canne français, n’ont que 2 possibilités : soit l’acheter à La Réunion, soit en Guadeloupe.
Quelles sont les collectivités et organismes, institutions qui soutiennent la filière sucre bio ? Dans d’autres régions françaises, les régions et agences de l’eau financent ce type de projets…
Déjà la Région Guadeloupe ne paie pas le Feader, qui est l’aide sur laquelle elle est compétente. Donc après on pourrait imaginer que cela soit le Département ou l’État.
L’État a fait l’effort de conserver l’aide au maintien de la production bio qui a disparu normalement sur d’autres cultures en métropole. C’est une spécificité sur la Guadeloupe, on a obtenu qu’elle soit maintenue : un planteur une fois que sa canne est devenue bio, il continue à percevoir une aide surfacique.
Mais je trouve dommage qu’il n’y ait pas davantage de prises en compte de ce programme de sucre bio qui représente un avenir pour la canne et que cela ne soit pas davantage considéré notamment par la Région.
La canne elle est bio, la Région aurait pu déjà accompagner le mouvement. Peut-être qu’ils attendent que le sucre soit bio pour considérer que le programme est abouti. Mais pour l’instant, les différentes demandes d’aides qu’on a pu faire n’ont pas été suivies d’effets. Il y a encore du travail à accomplir sur tous ces sujets.
Où en est-on en matière d’innovations techniques et nouvelles pratiques agronomiques pour le sucre de canne bio ? Par exemple, en matière de désherbage : peut-on imaginer une robotisation du désherbage de la canne bio, comme cela se fait pour la betterave à sucre bio ?
Tout d’abord, on a un problème d’échelle sur notre territoire, on a des économies d’échelle qui sont difficiles à faire. Il y a un très grand nombre d’agriculteurs et de petites parcelles et malheureusement ce découpage, ne permet pas de développer les équipements. Tous les agriculteurs ne sont pas propriétaires d’un tracteur, ne sont pas autonomes dans leur façon de conduire leur exploitation pour une raison simple : la taille des exploitations n’est pas suffisamment grande pour écraser des coûts fixes.
Si la mécanisation est possible, cela passe par donner davantage de terres à des agriculteurs dont le métier principal est d’être agriculteur, et qui sont pleinement investis dans l’exploitation.
Il existe déjà un robot présenté l’année dernière au lycée agricole qui permet de désherber entre les rangs de canne, donc c’est possible.
Mais sans parler de robotisation, nous avons chez Gardel des microtracteurs qui passent dans les interrangs, espaces équivalents à 90 cm de large, et avec une griffe derrière. Sans passer par un robot, déjà avec les microtracteurs, vous facilitez grandement ces opérations de désherbage.
Sur notre parcelle de 30 hectares, on essaie de tester des équipements et de bonnes pratiques agricoles. Le Centre technique de la canne à sucre nous accompagne aussi sur les bonnes pratiques en termes de gestion de l’enherbement, ils ont des programmes sur la sélection de variétés. Ils ont testé par exemple la variété R 585 particulièrement bien adaptée pour le bio, car elle recouvre rapidement l’inter rang empêchant ainsi les mauvaises herbes de se développer. Ils ont vérifié que l’acclimatation de cette canne réunionnaise est adaptée. C’est la dernière variété introduite ici en Guadeloupe après 2022.


Quel est le niveau d’investissement de l’adaptation de l’usine Gardel au bio ? Quelle part a été financée sur fonds publics ?
On a reçu des aides liées au Feader, ce sont des aides classiques, quels que soient les types de sucres, mais spécifiques au bio non.
On ne transforme pas le site uniquement pour le bio, on le transforme pour atteindre tous nos objectifs y compris en termes de qualité et fabrication de nos sucres conventionnels. Par contre sur le paiement de la canne bio, on n’a reçu aucune aide.
Dans un contexte d’offre mondiale abondante, face aux grands pays producteurs qui produisent aussi du sucre bio et la France, première productrice européenne de sucre de betterave et qui développe sa production de sucre bio… Le sucre de canne bio produit dans l’archipel peut-il être compétitif ?
La canne à sucre en Guadeloupe est subventionnée, c’est difficile d’être compétitif face au Brésil par exemple, qui a des parcelles immenses, un coût de main-d’œuvre qui est bien inférieur à celui de la Guadeloupe.
Mais, ce qui nous aide dans notre compétitivité, c’est le fait qu’on puisse afficher que notre sucre est français. Tous les clients et industriels à la recherche de sucre de canne français, n’ont que 2 possibilités : soit l’acheter à La Réunion, soit en Guadeloupe.
Faire des sucres de grande qualité, c’est notre avenir, parce qu’on ne pourra pas lutter éternellement via des subventions, contre les géants mondiaux du sucre. Et le programme Canne sucre bio, fait partie de cette stratégie.
Nous sommes les seuls à le faire, nous avons des clients qui suivent ce programme depuis de nombreuses années, qui nous relancent chaque année. Il y a des entreprises qui font du champagne bio, des confituriers, des entreprises qui font du jus de fruits et qui veulent notre sucre.
Vous avez fixé un objectif de 10 % de la sole cannière en bio d’ici 2035…
Cela reste un objectif qui me semble atteignable pour la durée des récoltes, la quantité de sucre produit… 10 % sur 10 ans me semble un objectif qui est souhaitable.
Si on peut atteindre tous ceux qui ont aujourd’hui de la canne bio et aujourd’hui les récolter, ceux qui sont déjà engagés dans le programme, donc une centaine de planteurs : ce serait déjà bien.
Parmi les actionnaires de Gardel, il y a les trois groupes sucriers français dont Cristal union qui reste le seul à produire du sucre bio à partir de la betterave… Vous ne craignez pas la concurrence ?
On est toujours plus ou moins en concurrence, c’est du sucre. Si l’industriel est capable de faire la même recette avec un sucre de betteraves qui serait moins cher et qui serait bio, il peut choisir du sucre de betteraves ou brésilien ou thaïlandais.
Il y a quand même une forme de concurrence mais le fait d’être les seuls à proposer du sucre de canne français bio, nous aide en termes de compétitivité.
Cristal union qui fournit déjà des transformateurs industriels, a annoncé qu’il allait réduire ses surfaces en bio car le marché du sucre bio a marqué un ralentissement en France et en Europe, il y a 2 ans…
Pour nous, l’enjeu c’est d’augmenter les surfaces. Il faut rester prudent et pas aller trop vite. Mais la betterave cela se plante chaque année, donc chaque année vous pouvez décider de continuer ou d’arrêter. Alors que la canne, ce sont des programmes plus loin. On est très très confiant sur notre capacité à vendre ce sucre bio.
Pour la campagne 2026-2027, les premières estimations mondiales encore très partielles font état du maintien d’un excès d’offre, avec de grands pays producteurs qui produisent aussi du sucre bio…
Le marché du sucre a enregistré une baisse de 50 % sur 2 ans, une baisse phénoménale dont les impacts sont majeurs chez Gardel. Notre compte de résultat est extrêmement dégradé. On parle beaucoup du phénomène El Nino, de la récolte au Brésil, évidemment des enjeux géopolitiques avec l’impact de la situation au Moyen-Orient sur le prix du baril du pétrole… Le prix du sucre remonte légèrement en cette fin du mois d’août, cela reste loin des cours de 2023-2024. Mais on n’est pas encore sorti d’une forme de marasme.
Vous avez annoncé des négociations avec les banques pour obtenir une autorisation de découvert qui pourrait dépasser 5 millions d’euros… Avez-vous obtenu gain de cause ?
C’est toujours en cours, on a un pool bancaire qui est en train de se constituer pour nous accompagner dans cette étape difficile. Rien n’est encore fait. Les négociations continuent, les banques ont besoin d’être rassurées sur la capacité de la filière de se redresser. On doit faire face chez Gardel à 2 problématiques : la première c’est le cours du sucre et la deuxième c’est la quantité de cannes, donc la quantité de sucre fabriqué déjà en conventionnelle.



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