Entrée du restaurant universitaire à Fouillole, Pointe-à-Pitre. Photo : Le Courrier de Guadeloupe

Depuis le 1er mai, les étudiants déjeunent pour 1 euro dans les restaurants du réseau Crous. Une mesure qui concerne le premier repas et s’applique dans tous les départements à égalité. En revanche le second plat servi durant le même service, lui, reste à la main de chaque Crous. En Guadeloupe, ce deuxième plat est facturé jusqu’à deux fois plus cher que dans l’Hexagone.

Annoncée comme un événement national, la mesure du repas à 1 euro pour tous est entrée en vigueur le 1er mai. Budgétée à 50 millions par le gouvernement Lecornu – dont 35 millions destinés à compenser la perte de recettes des Crous —, elle étend à l’ensemble des étudiants un tarif social jusque-là réservé aux boursiers et aux étudiants en situation de précarité. Les non-boursiers, qui payaient leur déjeuner environ 3,30 euros, basculent à 1 euro. La hausse de fréquentation attendue par les services de l’État est de 12,5 %.

Comment la mesure est accueillie par les étudiants de Fouillole ? Le Courrier de Guadeloupe a interrogé Lyndsée, en première année de droit, qui déjeune au RU « quotidiennement » au tarif social de 1 euro. La réforme ne modifie ni son budget ni ses habitudes. Mylan, en première année de sciences économiques, fréquente le RU « au moins trois fois par semaine » et payait lui aussi 1 euro avant la réforme.

Isabelle (le prénom a été changé), 19 ans, en deuxième année de droit, raconte avoir découvert le restaurant universitaire récemment, après presque deux ans de vie étudiante. « Je n’y allais pas du tout parce que je n’en avais même pas la connaissance », explique-t-elle. Sa première et unique visite, l’avait déjà « stupéfaite et ravie » par le rapport qualité prix. Le passage à 1 euro pour tous, « garantit son retour régulier ».

Le quatrième étudiant interrogé, en troisième année de sciences politiques, fréquentait le RU deux fois par semaine au tarif non-boursier de 3,30 euros, et envisage désormais venir plus souvent. Carton plein donc pour ce tarif social pour tous.

C’est du côté du second plat facturé à 13 € que ça coince. « Le fait que dorénavant l’obtention d’un second plat durant le même service coûte 13 euros pourrait me faire venir moins souvent, étant donné que ça rend plus compliqué le fait de payer pour une seconde personne qui n’a plus d’argent sur son compte Izly », explique Lyndsée. En clair, payer le repas d’un camarade dont le compte Izly est vide ne sera plus vraiment à la portée des étudiants.

Le prix social unifié de 1 euro a mis en lumière un autre montant. Le tarif dit « passager », appliqué à un second plat pris durant le même service, n’est pas national. Chaque conseil d’administration de Crous le fixe pour son territoire. C’est dans cet espace de gestion locale que le Crous Antilles Guyane affiche l’un des prix les plus élevés du réseau.

L’Hexagone entre 6,44 et 9,90 euros

Sur les Crous dont le tarif passager a pu être documenté pour la période 2025-2026, les montants sont dans une fourchette resserrée. À Créteil, ce tarif s’établit à 6,44 euros. Lyon propose 7,70 euros. Bordeaux Aquitaine applique 7,95 euros. Poitiers facture 8,47 euros. À Lille, le tarif facturé est estimé à 9,90 euros.

Au-dessus, un Crous Antilles Guyane se distingue : 13 euros pour la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, depuis le 1er mai 2026 (le second repas était facturé 3,30 € depuis covid-19). Entre la Guadeloupe et Lyon, l’écart atteint 68 %. Avec Bordeaux, 63 %. Avec Poitiers, 53 %. Aucun de ces écarts ne s’explique par une différence de service rendu. Tous les restaurants universitaires (RU) offrent un plateau-repas servi en self-service.

Clément Cadoret, directeur général délégué du Cnous, évalue le coût de revient moyen d’un repas servi en restaurant universitaire à une fourchette de 8 à 9 euros. Thomas Cazenave, rapporteur spécial du budget de l’enseignement supérieur à l’Assemblée nationale, retenait 8 euros dans son rapport d’octobre 2024. Dans les deux cas, ce coût agrège denrées, énergie, masse salariale et amortissements.

Comment expliquer les 13 euros en Guadeloupe ? Il y a l’effet conjugué du fret, de l’octroi de mer sur les denrées importées, et de la surrémunération de 40 % des agents publics.

Mais afficher le tarif passager le plus cher des Crous sur un des territoires les plus pauvres relève du paradoxe. Les étudiants antillais s’acquittent de la même CVEC (contribution étudiante) qu’un étudiant parisien ou lyonnais, mais paye un second plat deux fois plus cher que certains. 80 % des étudiants de l’université Antilles Guyane sont en situation de précarité ou boursiers selon le Crous Antilles Guyane.

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