Embouteillages sur la RN1 dans le sens Pointe-à-Pitre Basse-Terre, au niveau du pont de la Jaille (Baie-Mahault). Photo: DR

En 2022, 88 % des actifs guadeloupéens utilisent la voiture pour se rendre au travail, contre 84 % en 2012, selon l’étude publiée par l’Insee. Et les alternatives reculent.

L’étude que l’Insee a consacrée aux déplacements domicile-travail en Guadeloupe montre que le territoire s’éloigne des objectifs nationaux de transition des mobilités. Sur 124 900 actifs qui se déplacent quotidiennement, 109 900 prennent leur voiture. Soit 5 800 automobilistes supplémentaires en dix ans. La part des transports en commun, elle, recule de 7 à 5 %. La marche perd également deux points, de 7 à 5 %. Le vélo demeure marginal, en dessous de 1 %.

La comparaison est instructive. En France hexagonale hors Île-de-France, la part de la voiture est restée stable entre 2012 et 2022. Sur la même période, la marche y a reculé d’environ deux points au profit des transports en commun et des deux-roues, qui progressent chacun d’un point. En Guyane et à La Réunion, la voiture occupe une part plus modeste qu’en Guadeloupe. La Martinique se situe à un niveau comparable au territoire guadeloupéen, mais l’écart se creuse au fil de la décennie.

Une politique publique en décalage

Ces divergences ne tiennent pas seulement aux comportements individuels. Elles reflètent des choix de politiques publiques. Le parc automobile particulier et utilitaire léger a progressé de 14 % en dix ans en Guadeloupe. Les infrastructures cyclables sont restées embryonnaires, l’étude indique que leur faible développement “rend la pratique dangereuse”. Les transports en commun n’ont pas comblé le déficit. Au contraire, leur usage diminue.

Le rapport éclaire un mécanisme spatial connu. “Six travailleurs guadeloupéens sur dix sont des navetteurs. Ils exercent leur emploi hors de leur commune de résidence. Cette part est restée stable depuis 2012, mais la pression qu’elle exerce sur le réseau routier s’est accentuée parce que la voiture concentre désormais 92 % des trajets intercommunaux.”

Les flux convergent vers les trois communes de l’agglomération Cap excellence (Baie-Mahault, Les Abymes, Pointe-à-Pitre) qui rassemblent près de la moitié des emplois de l’archipel. “Baie-Mahault, premier pôle, voit affluer chaque jour 18 600 automobilistes navetteurs auxquels s’ajoutent 12 000 automobilistes traversant la commune et 5 700 déplacements internes.” “Aux Abymes, 94 % des navetteurs entrants viennent en voiture. À Pointe-à-Pitre, 84 % des emplois sont occupés par des non-résidents qui se déplacent en grande majorité en automobile.”

Le contraste est d’autant plus marqué qu’il s’établit dans un territoire qui enregistre la mortalité routière la plus élevée des Antilles, environ trois fois supérieure à celle de la France hexagonale. La progression du parc automobile, la concentration des flux sur quelques axes saturés et le recul des alternatives constituent un cocktail dont les conséquences ne sont pas seulement environnementales. Elles sont aussi sanitaires, économiques et sociales. Les ménages guadeloupéens consacrent une part croissante de leur budget à la voiture, dans une économie où le carburant est cher et où une partie significative de la population vit sous le seuil de pauvreté.

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