Dans une affaire aux fortes répercussions pour le patrimoine touristique et économique de la Guadeloupe, le sort des trois hôtels emblématiques de la Pointe de la Verdure au Gosier, Salako, Prao et Clipper (en photo ci-dessus) devrait être scellé d’ici une quinzaine de jours, le 16 février, par le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre.
Cette vente contestée concerne une filiale de la Sem patrimoniale Région Guadeloupe, société publique créée par le conseil régional, dont la mission est de structurer le territoire via l’immobilier d’entreprise. Le Parquet, dans une intervention exceptionnelle, demande l’annulation de l’opération. Le ministère public a formé le 5 décembre 2025 une « tierce opposition » – un recours rare – contre l’ordonnance de jugement qui a validé la cession.
L’affaire concerne la liquidation de la Foncière des Caraïbes Guadeloupe, une filiale de la Sem patrimoniale Région Guadeloupe, placée en liquidation judiciaire le 11 octobre 2024. Un appel d’offres avait été lancé pour la cession de ses trois hôtels. Quatre propositions étaient parvenues avant la date limite du 3 octobre 2025. C’est lors de l’audience du tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre, le 6 octobre 2025, que le processus a pris une tournure surprenante.
Le 6 octobre, le juge-commissaire Jacky Noc a autorisé une surenchère orale à l’audience, après la clôture officielle des offres écrites. Les candidats ont été entendus séparément, par ordre alphabétique.
Ce mécanisme a placé Jacques Gaddarkhan (GJG Foncière) en première position, confirmant une offre de 6,5 millions d’euros. Patrick Vial-Collet (Karukera / Toubana Hôtel & Spa), intervenant après lui, a ensuite présenté une proposition de 6,6 millions d’euros.
Proximité et déontologie
La nature orale et séquentielle de cette procédure, dans un cadre judiciaire censé garantir l’égalité de traitement, a suscité l’incompréhension et la colère des concurrents évincés. Le groupe de Jacques Gaddarkhan a immédiatement fait appel, estimant que le principe fondamental d’égalité des chances entre les candidats avait été violé.
Le contexte nourrit les interrogations sur l’impartialité de la procédure : le repreneur désigné, Patrick Vial-Collet, et le juge-commissaire Jacky Noc ont figuré sur la même liste (« La CCI pour tous ») lors des élections consulaires de la Chambre de Commerce et d’Industrie en 2021.

Parmi tous les mandats à la Chambre de Commerce, celui de juge au tribunal de commerce est souvent considéré comme le plus important. Dans les coulisses du monde économique, on murmure même que « c’est là qu’on voit passer les bons dossiers ». Cette proximité, dans un tel contexte, aurait pu amener le magistrat à se retirer du dossier si son impartialité pouvait sembler compromise.
L’audience sur le fond s’est tenue le 12 janvier dernier. La décision du 16 février dira si le tribunal donne raison au Parquet, et si la vente sera annulée et le dossier renvoyé aux offres initiales.



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