Cancer du sein, l'auto-palpation peut sauver

En ce mois d’Octobre rose, mois de sensibilisation au cancer du sein, il est important de s’intéresser au cancer du sein chez la femme jeune, une réalité qui reste assez méconnue mais dont les facteurs de risques sont nombreux.

S’il baisse chez les femmes qui ont passé la cinquantaine, le cancer du sein serait en progression chez les femmes de plus en plus jeunes. Comme le précisait Urbain Arconte, président de la Ligue contre le cancer comité Guadeloupe, dans le numéro 329 du Courrier de Guadeloupe, un tiers des Guadeloupéennes atteintes du cancer du sein ont moins de 50 ans.

« Nous avons déjà eu des cas de femmes de moins de 30 ans atteintes du cancer du sein. Même des cas de jeunes femmes de 20 à 26 ans », précisait le président. En moyenne par an sur le territoire environ 250 cas de cancer du sein sont détectés. Ce sont donc près de 75 femmes de moins de 50 ans qui sont atteintes de la maladie. Ce nombre aurait peu à peu augmenté dans la période 2008-2015. Selon les données du registre général des cancers de Guadeloupe, entre 2006 et 2010, le nombre de cas de cancer du sein s’élève à 589. Entre 2011 et 2015, le chiffre a doublé. 1 148 femmes sont atteintes de la maladie.

Si cette tendance est générale, le fait qu’elle touche de plus en plus de femmes en dessous du seuil prédéfini inquiète. Sur la période 2008-2015, 1 751 nouveaux cas de cancers du sein ont été enregistrés, soit plus de 200 nouveaux cas par an. Entre 2012-2014, trois admissions sur dix en ALD (Affection de longue durée) concernent des femmes âgées de moins de 50 ans en Guadeloupe. En France hexagonale cette proportion est moindre (21 %). « Un cancer sur quatre diagnostiqué concerne les femmes âgées entre 20 et 49 ans », explique le docteur Catherine Billot-Boulanger, chirurgienne au Centre régional de dépistage du cancer (CRDC), ancien Agwadec.

À l’institut Curie, on préfère nuancer le propos. « Je partage l’impression de suivre beaucoup de femmes jeunes, mais on n’a aucun signe objectif pour la confirmer », expliquait Jean-Yves Pierga de l’Institut Curie. « Le nombre de cancers du sein a doublé en trente ans : on est passé de 25 000 diagnostics en 1970 à 52 000 en 2000. Mais les données épidémiologiques récentes ne montrent pas une augmentation particulière chez les femmes jeunes. » 

En juillet 2019, l’Institut national du cancer publiait une longue étude sur les estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018. Selon les chiffres recensés, « le taux d’incidence (TSM) de ce cancer est en augmentation sur la période d’étude, avec un accroissement en moyenne de +1,1 % par an entre 1990 et 2018 (de 72,8 pour 100 000 à 99,9) et de +0,6 % par an sur la période récente 2010‑2018 ».

Le nombre de cancers du sein augmente, toutes catégories d’âges confondues. « Les tendances par âge montrent une augmentation moyenne d’environ +1 % par an entre 1990 et 2018, pour l’ensemble des âges, excepté pour les femmes de 70 ans pour lesquelles cette augmentation est plus forte (+1,9 %) ». En revanche, une surmortalité par cancer du sein chez les Guadeloupéennes âgées de 45 à 54 ans est observée comparativement à leurs homologues françaises.

Des facteurs de risque multiples

Il existe une idée reçue selon laquelle les femmes jeunes ne peuvent pas souffrir de cancer du sein. Cette affabulation peut entraîner un retard dans le diagnostic. Il est vrai que ces cas sont peu communs. Les femmes jeunes, c’est-à-dire de moins de 40 ans, représentent moins de 5 % des cas de cancer du sein en France. La moyenne d’âge étant de 63 ans. Pourtant, en 2018, elles étaient près de 3 000 à être traitées.

En tête des facteurs de risque pour les femmes de moins de 40 ans : les causes hormonales. Ces dernières peuvent être liées à un retard de la première grossesse, une ménopause plus tardive ou encore des règles précoces. Ce qui rallonge la période « d’imprégnation hormonale » et donc les risques de cancer du sein. D’autres facteurs tels que l’alcool, le tabac, l’obésité, la sédentarité, amplifient également le risque du cancer du sein. « L’incidence du cancer du sein est en augmentation quelle que soit la tranche d’âge considérée: c’est donc vrai pour les femmes de moins de 40 ans, chez lesquelles on observe d’ailleurs une proportion plus importance de fumeuses que chez les plus de 50 ans », précise le docteur Billot-Boulanger. L’alcool augmente le taux d’œstrogènes qui joue un rôle dans le développement des cellules du cancer du sein. Les facteurs génétiques expliquent environ 5 % des cancers du sein, contre 10 à 15 % chez ceux de la femme jeune.

La mortalité diminue

Le cancer du sein, qui représente 38 % des nouveaux cas féminins de cancers de Guadeloupe, est la première cause de décès féminin par cancer devant le cancer de l’utérus et le cancer du côlon-rectum. Selon le rapport de l’Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (Orsag) sur le cancer du sein en Guadeloupe paru en 2018, le taux standardisé de mortalité par cancer du sein s’établit à 23 décès pour 100 000 femmes en Guadeloupe.

Il est significativement inférieur au taux de la France hexagonale (29 décès pour 100 000 femmes). « L’incidence est moindre de façon générale et quelle que soit la tranche d’âge, avec une mortalité moindre dans les mêmes proportions et par tranche d’âge » explique le docteur Catherine Billot-Boulanger, chirurgienne au Centre régional de dépistage du cancer (CRDC). « Sauf pour les 45-54 ans où la mortalité par cancer du sein aux Antilles est 1,25 fois supérieure à celle de la même tranche d’âge de l’Hexagone ».

Sur la période 2010-2014, le taux standardisé de mortalité par cancer du sein est de 35 décès pour 100 000 Guadeloupéennes âgées de 45 à 54 ans. Ce taux est supérieur au taux national dans cette tranche d’âges. « Le problème est que l’âge d’entrée dans le dépistage organisé est fixé par la loi à 50 ans », déplore la chirurgienne. Sur la période 2010-2014, le cancer du sein est à l’origine de 29 décès de femmes âgées de moins de 65 ans, en moyenne, par an.

Comme le rapporte l’Orsag ces décès représentent plus de la moitié (55 %) des décès par cancer du sein et 30 % des décès prématurés par tumeurs malignes chez les femmes. Pourtant, sur le territoire comme en France hexagonale, la mortalité par cancer du sein est plus élevée parmi les femmes les plus âgées.

Moins représenté que dans l’Hexagone

« Deux des principaux facteurs de risques (tabac et alcool) sont moins répandus chez les femmes des Antilles que chez les femmes de l’Hexagone » précise Catherine Billot-Boulanger. En Guadeloupe la part des fumeurs dans la population est plus faible et ce, quels que soient l’âge et le sexe (respectivement 16 % et 34 % en 2014). Selon les données du baromètre santé Dom 2014, entre 2008 et 2011, la part du tabagisme quotidien a augmenté de façon significative passant de 9 % à 14 % parmi l’ensemble des jeunes.

Pour autant, le cancer du sein reste moins représenté en Guadeloupe. « Des études épidémiologiques faites aux Etats-Unis, pays où l’on peut prendre en compte l’origine ethnique des habitants, contrairement à la France où la loi ne le permet pas, montrent que le cancer du sein est moins fréquent en population d’origine ‘sub-saharienne’ qu’en population de type caucasien ». 

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