Trois-Rivières. Le 5 février 2026. Rodolphe Devaux, citoyen.
« Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne, Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates on les pendra ! »… 1789, dans les rues de Paris. Le peuple a faim. Las de siècles de soumission, d’humiliation. 1789, les fusils sont sortis, la guillotine aussi… c’est le début de la grande révolution populaire. Celle qui emporta tout sur son passage : l’ancien régime monarchique, les privilèges des aristocrates et du clergé et temporairement l’abominable système esclavagiste qui sévissait dans les îles d’Amérique.
De la radicalité, du sang versé, trois étoiles naquirent et vinrent illuminer l’humanité tout entière ; trois étoiles, trois principes fondateurs de la première République, l’une dénommée liberté, la seconde égalité et la dernière fraternité.
Mais les rayonnements de ces trois merveilleux astres restèrent bien pâles pour la colonie de Guadeloupe, marquée déjà par près de deux siècles d’esclavage et où les tenants de l’Ancien régime, devenus « grands planteurs » avaient fait codifier par la loi un statut spécial pour certains de leurs sujets noirs, pas vraiment animal de trait mais pas vraiment citoyens non plus. En somme, des « avatars d’humanité ».
Mais en 2026, qu’est devenue « l’île à sucre », la dénommée « Guadeloupe » ? Vous avez des nouvelles de ses enfants ?
Eh bien, comment dire ? c’est une longue histoire… histoire parcourue de désillusions, de déceptions, de quiproquos, de rendez-vous manqués…
Disons que « Guadeloupe », promue au rang de région-département de France, est restée à bien des égards « la fille bâtarde » de la République. Un peu comme celle qui porte avec fierté le nom famille mais qui n’est pas invitée aux mariages, et aux célébrations, aux réjouissances familiales ; fille bâtarde, tiraillée en permanence entre revendications de reconnaissance et colère identitaire.
« Cachez–moi cette noiraude que je ne saurai voir » !
Et les Guadeloupéens ? Ben, à vrai dire, ils forment une espèce humaine un peu à part, sociologiquement ambivalent ; sûrement divisés, entre « égalitaristes » et « progressistes », pour faire simple.
Mais rassurez-vous tout va bien au sein de la fratrie.
Les « vilains révolutionnaires », « les fous des principes fondateurs », « les Ayatollah de la dignité humaine », ceux qui se réclamaient de 1789, puis de la révolution bolchevik sont maintenant tous grabataires et dépouillés de tout idéal ; en un mot, complètement inoffensifs.
Pendant ce temps, les plus vaillants fils de Guadeloupe, et pas les moins éloquents, s’époumonent, se poignardent entre partisans « de l’article 73 », « de l’article 73 renforcé », du « 74 » ; entre tenants d’une assemblée unique, et partisans du statu quo, c’est dire de la « bicéphalie institutionnelle ».
C’est à ne rien y comprendre ! Mais quel spectacle affligeant ! Quelle cacophonie !
Ce qui est sûr, c’est que tous ensemble, ils acceptent à l’unanimité que « Guadalupe » soit une terre de dérogations où la République française peut expérimenter sans gêne, dans la chaire de ses enfants noirs l’usage de la « chlordécone » par exemple ; alors que la molécule était longtemps interdite sur son territoire.
Ces mêmes élus acceptent que les services publics, à ce point dégradés soient en voie de « tiers mondialisation ». Une terre où le « mal développement » fait écho à un taux de chômage et de suicide des jeunes deux fois plus importants que sur le territoire national.
Une terre où une cohorte d’administrateurs, préfet en tête, garde à l’œil nos élus locaux pourtant tellement fiers de leurs précarrés ; mais tous aussi incapables d’imaginer pouvoir diriger vraiment leur pays et prendre en main son destin.
Gavés par les promesses de bonheur de la société de consommation, ivres d’illusions, les indignes héritiers de Delgrès et d’Ignace se vautrent dans l’argent facile, dans la corruption généralisée…
« Man Guadeloupe », voilà à quoi ressemblent tes enfants au seuil de l’année 2026.
Mais reste-t-il encore une poignée de révolutionnaires pour s’indigner, pour renverser la citadelle, et ne jamais renoncer à la Liberté ?



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