Accueil Pouvoir Gouvernance Le Front national peut-il prospérer en Guadeloupe ?

Le Front national peut-il prospérer en Guadeloupe ?

PLUS TARD, PLUS TRISTE

Ce n’est rien de dire que le Front National a le vent en poupe. Pas seulement au niveau national où tous les sondages annoncent une pro- gression substantielle du parti de Marine Le Pen. En Guadeloupe, la dédiabolisation du discours lepéniste avait été initiée par Ibo Simon. Les Haïtiens et les Dominicais en prenaient plein la figure chaque jour sur Canal 10. Une marche de protestation et d’indignation avait alors été organisée dans les rues de Pointe-à-Pitre. Pas sûr aujourd’hui qu’une telle manifestation puisse se tenir. Les choses ont bien changé. Le quidam menace très souvent et publiquement de voter Le Pen toute honte bue. Après la droite décomplexée, l’extrême droite décomplexée. Les ingrédients qui font monter le discours frontiste dans l’Hexagone sont les mêmes en Guadeloupe à une exception près : immigration illégale, taux de chômage, situation économique et sociale compliquée et epuis peu, violence et délinquance au quotidien. Le condiment qui manque en Guadeloupe pour rendre la sauce FN explosive, c’est un certain islam avec ses dogmes archaïques, misogynes et d’un autre âge. Le discours anti islamique ne prend pas en Guadeloupe pour la simple et bonne raison que la religion musulmane est absente de notre syncrétisme religieux ambiant. Ce rempart tiendra-t-il indéfiniment la digue, au point que jamais municipalité FN n’existera en Guadeloupe ? Rien n’est moins sûr.

 

NICOLAS BAY, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ADJOINT DU FRONT NATIONAL

« Marine Le Pen sera en Guadeloupe en décembre »

Nicolas Bay, délégué national à la communication du Front National

L’ancien porte-parole de la campagne présidentielle de Marine Le Pen annonce au Courrier de Guadeloupe la venue de Marine Le Pen aux Antilles et en Guyane en vue des prochaines municipales et fait le point sur l’ancrage FN dans les Antilles.

Nicolas Bay : Marine Le Pen viendra en Guyane, Martinique et Guadeloupe. Notre conseiller à l’outre-mer Jean-Michel Dubois et moi-même y avons déjà effectué une tournée en juin, afin de développer nos fédérations départementales en prévision des municipales. Nous avons constaté l’essor du FN en Guyane. En Martinique, notre point faible, nous avons mis en place une vraie équipe, comme il en existe déjà une en Guadeloupe. En Guadeloupe, nous avons tenu une réunion avec une centaine de participants, un déjeuner-débat avec des militants… Nous avons également créé une fédération distincte à Saint-Barthélemy, qui était jusque-là rattachée à la Guadeloupe.

Le Courrier de Guadeloupe : Ne s’agit-il pas d’un territoire difficile pour le FN ? 
Certes, mais on sent un réel frémissement, déjà sensible lors des présidentielles où en Martinique et en Guadeloupe nous sommes passés de 1 ou 2% à quelque 5%. Ce n’est pas spectaculaire, mais notre ancrage local est en cours. L’image qu’ont les Martiniquais et les Guadeloupéens du Front National évolue. Notre dénonciation du désengagement de l’Etat, qui abandonne des territoires, ainsi que notre critique du mondialisme ultralibéral, trouvent un écho aux Antilles. La déception causée par le parti socialiste, qui y est en quasi monopole, l’explosion de l’insécurité contribuent à placer le FN en position de recours. Nous sommes encore à un niveau très modeste, mais il y a de bonnes perspectives de développement.

Les Antilles pourraient-elles subsister sans les subventions de l’Europe, à laquelle vous vous opposez fortement ?
La France contribue à l’Union européenne à hauteur de 20 milliards d’euros et n’en récupère que 13 ! Ce qui est indispensable pour sauver notre économie, c’est d’établir des protections aux frontières contre la concurrence déloyale, le dumping social des pays à faible coût en main d’œuvre. C’est valable pour les Antilles par rapport à l’Amérique du Sud. Dans notre système économique ouvert à tous vents, nos agriculteurs, nos entreprises ne sont pas armées pour lutter. C’est un cercle vertueux : des protections aux frontières entraînent moins de chômage, donc plus de pouvoir d’achat, plus de consommation et partant, une relance économique. L’Etat doit aussi investir dans les secteurs créateurs d’emplois. Aux Antilles, les grands investissements stratégiques ne sont pas faits. L’or bleu, qui offre de nombreuses perspectives de développement, n’est pas exploité. Il faut un Etat stratège qui ne laisse pas les intérêts privés tout diriger, notamment dans les secteurs les plus vitaux comme l’énergie, le transport, les télécommunications.

Comment trouveriez-vous les moyens de lutter contre la violence ?
C’est une question de volonté politique, on peut faire des économies sur d’autres postes. La politique de l’immigration, le saupoudrage, le clientélisme coûtent très cher. L’insécurité est avant tout un problème de fermeté. Or les signaux envoyés depuis plusieurs années sont ceux du laxisme. Les délinquants doivent avoir la certitude qu’ils seront sanctionnés et qu’ils purgeront leurs peines. Il faut que l’Etat assume ses fonctions régaliennes ; la suppression de milliers de postes dans la police et la gendarmerie nuit gravement au système de répression et permet aux délinquants une certaine impunité. Ensuite, l’immigration clandestine est un facteur important d’insécurité. Il est nécessaire de supprimer les avantages offerts aux étrangers, comme l’Aide Médicale d’Etat et la possibilité de régularisation des clandestins.

Les Antilles sont-elles un enjeu important pour vous ? Ou ne serventelles pas à cautionner l’image que vous voulez faire passer d’un FN non raciste ?
Elles font totalement partie de nos préoccupations. Les populations d’outre-mer sont des populations françaises à part entière, avec une attache très forte à la métropole. La diabolisation dont notre parti a longtemps été victime est en train de s’effondrer, on nous voit maintenant tels que nous sommes. Nous n’avons jamais distingué les Français selon la couleur de leur peau.

 

MAX RIPPON

Le Front National est le fouet qui fait tourner la toupie

Écrivain, grand témoin de la vie locale, le poète Marie-Galantais sera bientôt honoré par la Région Guadeloupe et sort le 18 octobre prochain un ouvrage intitulé Pegmèl. 30 ans de poésie créole avec 250 poèmes dont une dizaine d’inédits. Max Rippon considère que voter FN ne changera rien à notre quotidien.

Max Rippon

Max Rippon : Nous avons une façon de parler du pays comme si le pays n’était pas nous. J’ai entendu après Hugo quelqu’un dire : siklon’ la fan tchou à la Gwadloup. A pa sosié yo ka fè an ?Lui, il n’est pas du tout concerné ! Il y a des gens qui habitent la Guadeloupe mais qui n’en font pas partie. Du jour où il y a eu une immigration qui nous ressemble nous l’avons diabolisée. Tout ce qui va mal est de leur fait. Dans l’inconscient collectif certains sont moins immigrés que d’autres voire pas du tout. Ainsi les blancs ne sont pas immigrés. Les chinois non plus. Les seuls immigrés sont ceux qui nous ressemblent. Du coup, le Front National ne monte pas du fait de son action. C‘est la conscientisation qui recule. Les gens osent dire aujourd’hui qu’ils sont du Front National. La situation économique aussi peut faire croire que Le Front National a une certaine audience. Que le parti de Marine Le Pen est le thé miracle qui règlera toutes choses. On est tombé d’abord dans le ni l’un ni l’autre. Maintenant on est passé à essayons carrément l’autre.

Le Courrier de Guadeloupe : Aurons nous nous des élus Front National aux municipales de 2014 ?
Est-ce souhaitable ? Non ! La commune qui s’y oserait serait désignée du doigt. Est-ce possible ? Non plus ! Alors à quoi sert une montée lente mais continue du FN ? Réaction d’agacement ? Mais ce n’est pas comme cela qu’on peut diriger un pays. Le FN apparaît comme un fouet pour faire tourner la toupie. Quand on a un souci avec un patron : An ké fouté Domota an tchou ay. Nou bon èvè imigré : nou ké voté Fwon Nacional. Nous sommes toujours dans un préavis de quelque chose de dramatique. Ce qui nous empêche de faire des prospectives à longue échéance. Sa ki la pou’w d’lo pa’a chayé’y donc à quoi bon faire des efforts d’autant que pour couronner le tout, dèmin sé on kouyon ! Honnêtement, je ne vois pas quelqu’un du Front National se faire élire dans une commune. Ce qui change aujourd’hui c’est qu’ils pourront se présenter organiser des réunions publiques sans se faire bastonner. C’est la même chose pour les homosexuels avant ils se cachaient aujourd’hui non. Je ne pense pas non plus que les gens qui font l’apologie du FN pensent au Jour plus un. J’observe encore que les choses vont à rebours. Le Front National peut se présenter sans problème. Mais plus personne n’ose plus se présenter à une élection municipale sous l’étiquette indépendantiste ! La question est la suivante : Le FN peut-il changer en bien notre quotidien ? Certainement pas !

Mais on dit que le Front National a changé…
LE FN n’a pas changé. Marine Le Pen est passé au stade de la séduction. Elle amène ce que chaque femme sait amener, adoucir, charmer, mais quand on la titille, elle réagit comme son parti. Jean Roucas explique qu’il a essayé celui-ci, puis celui-là et que c’est Marine la meilleure. De fait, il dit comme je n’ai aucune vraie conviction j’essaie aussi celle-là. Cela dit, parfois le camarade haïtien ou dominicais est responsable de sa diabolisation à cause de ses outrances. On a tort de ne pas contrer les radios de Yoyotte et Ibo Simon. Il n’y a plus de radio d’opinion contraire à ce discours.

Comment sommes-nous arrivés à normaliser le discours du FN ?
Le pays ne va pas bien. C’est évident. Nous avons abandonné des valeurs. Que fait un sexshop à Grand-Bourg de Marie-Galante ? Aux Basses (ndlr : toujours à Marie-Galante) on a arrêté un réseau de prostituées. Tout cela n’est pas sans conséquence.

 

PALMARÈS DES VOTES FN EN COMMUNES

À l’élection présidentielle de 2007, le Front National mené par Jean-Marie Le Pen affichait un score global de 3.18% des suffrages exprimés pour un total de 5 335 voix. En cinq ans et avec Marine Le Pen en tête de file, le FN a grignoté des voix sur l’ensemble des communes de Guadeloupe. Seuls Saint-Louis et Vieux Fort affichent une négligeable baisse. En 2012, le parti affiche un score de 5.16% avec 7 486 voix et d’une manière générale un vote FN dans les grandes agglomérations avec de très bons scores sur la Basse-Terre.

Palmarès vote FN

 

 

RÉSULTATS DU FN AUX LÉGISLATIVES 2012

Alors lors qu’en 2007 aucun candidat du parti du Front National ne dispute les législatives, en 2012, chacune des quatre circonscriptions de Guadeloupe propose un candidat. Opportunisme ? Stratégie bien pensée ? Le Front National s’est implanté sur les bases apportées par le score du candidat Jean-Marie Le Pen à l’élection présidentielle de 2007.

Résultat FN 2012

 

FAUX DIABLE ?

« Nous devons défendre nos  valeurs traditionnelles »

Nicolas Grenier : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il y a en Guadeloupe beaucoup de gens qui sont pro FN. Nous défendons des valeurs traditionnelles comme tous les Guadeloupéens. Pourquoi enseignerait-on l’homosexualité à nos enfants sous prétexte d’ouverture d’esprit ? Pourtant dans la tête du microcosme parisien, il y a une construction complètement folle selon laquelle ils considèrent que cela serait positif d’apprendre aux enfants que l’homosexualité n’est pas grave.

Nicolas Grenier, secrétaire départemental adjoint

Le Courrier de Guadeloupe : Considérez-vous que vous avez des éléments favorables pour jouer un rôle lors des municipales de 2014 ?
Marc Guille :
Nous sommes dans une phase où le terreau est propice, en raison de l’extrémisme de nos adversaires. La Guadeloupe c’est la cellule familiale, les choses simples et naturelles. Toutefois, il y a des antécédents. Ce ne sera pas facile. Nous souffrons encore de notre image et de la diabolisation en règle dont a été victime le parti. Mais le temps travaille pour nous, et toutes les mutations économiques, sociétales donnent raison à nos inquiétudes. Mais nous ne sommes pas pressés de gagner des postes, des grades et de l’argent.

Marc Guille, secrétaire départemental du Front National

Dans quelles municipalités avez-vous des cartes à jouer ?
MG :
Pour l’instant nous sommes bien installés à Saint-François et à Petit-Canal, et nous sommes en pourparlers avec d’autres communes. Mais pour que notre assise soit plus grande, nous avons besoin de représentants, or notre recrutement est extrêmement draconien en raison de la mauvaise image du parti. Nous avons besoin de candidats propres et avec le moins d’antécédents possibles.

Pour une fois, il y a la même dynamique dans l’Hexagone et en Guadeloupe. Le vote protestataire est un carrefour que vous comptez prendre ?
MG :
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de Guadeloupéens qui rejoignent nos rangs. Ils sont en train de dépasser le préjugé qui voulait que le Front National soit un parti de Blancs. Ce qui est faux. Les électeurs gardent une certaine pudeur. Ils n’ont pas envie que les gens sachent qu’ils votent pour le FN. Toutefois, les choses sont en train de changer. Le terreau est fertile.

La Guadeloupe vit sous perfusion des subventions européennes. Pensez-vous vraiment qu’un retour en arrière soit réalisable et souhaitable ?
MG : Je reste intimement persuadé que cela est possible, je dirais même plus, il en dépend de notre survie. L’Union Européenne est de toute façon menacée par le projet de grand marché américain. Nous assurons que la France doit retrouver ses prérogatives. Avant l’euro, la France a créé le Concorde, Airbus, l’Aérospatiale. Le fait que nous ne puissions pas nous séparer de l’Europe est une intox. Nous n’allons pas péricliter sans l’aide européenne.
NG : La France à elle seule peut satisfaire ses concitoyens. Les autres pays le font déjà. Nous avons les compétences pour nous prendre en main. Le Front National défend l’Europe, mais une Europe des patries.

Localement, quel est votre programme ?
MG :
Nous sommes le premier département criminel de France. La situation actuelle est en contradiction totale avec ce que nous sommes, nous, Guadeloupéens. Nous voulons redresser tout cela avec une moralisation de la gestion pour arrêter la gabegie. On jette l’argent par les fenêtres. Les frais de service de certaines mairies sont aberrants. Les gens volent et grugent la population. Autre exemple de la nuisance de l’Europe. En Guadeloupe, nous avons un taux de chômage anormalement élevé. Comment concevez-vous qu’on amène des ouvriers portugais pour faire des chantiers ? Ce n’est pas possible. Il faut donner en priorité le travail aux Guadeloupéens. Quel est le travail des syndicats ? Pourquoi il n’y a pas de levée de boucliers ? D’autre part, nous sommes contre l’immigration massive de Haïtiens ou Dominicains. Nous sommes dans une situation économique difficile. La Guadeloupe aux Guadeloupéens, la France aux Français, nous sommes une nation et nous nous protégeons tous, nos valeurs, notre patrimoine et nos régions.

Le département fonctionne avec de gros monopoles et de nombreux dysfonctionnements. Quel est votre programme économique ?
MG :
Nous ne pouvons pas continuer à importer notre alimentation avec en plus une taxe carbone à payer. Il faut développer l’agriculture. Si on développe les marchés, les coûts devraient baisser. Mais à la base, il faut une politique volontariste. Développer les filières d’élevage pour essayer d’atteindre l’autosuffisance. Développer efficacement le tourisme. Développer les filières de soins gériatriques, nous avons une démographique vieillissante. Sur beaucoup de points nous rejoignons les thèses indépendantistes.
NG : Il est vrai que jusque-là, le Front National Guadeloupéen était porté par la défense de certaines valeurs guadeloupéennes, mais désormais nous avons à cœur de mettre sur pied un vrai programme économique en accord avec les besoins de l’île. Dans les jours qui viennent nous organisons une série de réunions avec des acteurs économiques et syndicaux pour commencer à mettre sur pied quelques pistes.

Vous parlez de la Guadeloupe et de la France comme d’une même entité. Mais il y a ici une vraie ambivalence entre le sentiment d’être Guadeloupéen et la nationalité française. Comment résolvez-vous ce dilemme ?
NG :
Il n’y a aucune ambivalence pour nous. Il y a plusieurs formes de nationalismes. Historiquement, la France a choisi un nationalisme jacobin qui ne reconnaît pas l’appartenance aux régions. Nous ne sommes pas sur cette ligne, nous sommes pour un nationalisme anti-communautariste. Il existe des peuples avec des coutumes, leur mode de vie, et la République doit protéger, faire vivre ensemble et créer une dynamique interne. Nous devons intégrer cela. Le Front National n’a jamais été jacobin.

Quelle est votre audience ?
MG :
Nous avons près de 300 encartés mais nous comptons des milliers de sympathisants. Nous comptons sur la décadence du parti socialiste en France et en Guadeloupe à qui je prédis une vraie veste.

Quel regard portez-vous sur la politique qui est menée ici ?
N.G. :
La Guadeloupe sait adapter les mouvements politiques français. Le Front National veut apporter des idées et rappeler qu’il faut défendre notre identité. Bousculer la façon dont est pensée en Guadeloupe la politique, car même s’il y a de bons politiciens, des gens qui connaissent bien les dossiers, il n’y a pas de confrontation des idées, tout le monde est toujours un peu d’accord. Le Front National peut jouer le débat par son anti-conformisme, booster la démocratie guadeloupéenne, susciter de nouveaux discours.
M.G. : Nous voulons aussi nous battre contre la corruption et le clientélisme effréné qui règne dans le département. On ne peut pas imaginer l’ampleur du phénomène. Nous épluchons les comptes, l’argent est jeté par les fenêtres, nous sommes quasiment dans un système féodal.

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