Christiane Taubira défend le mariage pour tous

CONTRE-TEMPS

La Guadeloupe aux antipodes du mariage pour tous

La loi sur le mariage pour tous sera votée. Mais quel impact aura-t-elle vraiment en Guadeloupe ? À vrai dire, on serait tenté de répondre pas beaucoup. Si ce n’est pas du tout.

Les jeunes sont beaucoup plus enclins à accepter les homosexuels. LCG a fait état, dans un précédent numéro, d’une enquête réalisée par les étudiants de sciences politiques de Fouillole qui allait dans ce sens. Mais il n’en est pas de même pour les autres catégories de la population. Bien sûr, on susurre de plus en plus souvent qu’un tel est homo, la rumeur colporte et grandit. On finit par admettre ces supputations comme vérité irréfragable. Bien sûr encore, pendant le carnaval, certains homosexuels défilent et osent montrer des signes évidents de leurs penchants. Mais à bien y penser c’est encore sous couvert de dérision. Tout comme le célèbre Alfred Macoumè était accepté en tant que tel parce qu’à lui seul, il était une attraction. D’ailleurs, lui-même se piquait au jeu et en rajoutait. Entre rires et dérisions, il s’agissait pour les très rares homosexuels qui tacitement se reconnaissaient comme tels d’entrer dans le jeu afin d’être tolérés. Ils étaient sujets à plaisante- ries variées et pas toujours futées. La société se donnait ainsi bonne conscience. Ils étaient des exceptions, ou alors si peu nombreux. On pouvait laisser filer, voire en rire. Aujourd’hui, on les dit partout. Une vraie communauté avec de vrais réseaux. On leur prête un réel pouvoir dans certains secteurs. Celui de l’audiovisuel notamment. Il existe des soirées et des lieux où les homosexuels se rencontrent. N’empêche, il y a jusqu’ici très peu d’hommes et de femmes en Guadeloupe à avoir avoué publiquement leur homosexualité. C’est preuve que notre société dans son ensemble n’est pas prête à admettre l’homosexualité comme une orientation sexuelle comme une autre. La loi ne changera pas grand-chose non plus pour les homosexuels en Guadeloupe parce que contrairement à l’Hexagone qui compte de nombreux couples d’hommes ou de femmes installés au grand jour, qui ont des enfants au vu et au su de tout le monde et qui assument, cette situation n’existe pas dans notre société. C’est l’une des raisons objectives pour lesquelles, le mariage pour tous ne va pas susciter d’engouement particulier dans nos régions. Et puis, le réflexe de la moquerie est encore si fort à l’égard des homosexuels que les premiers couples hommes ou femmes qui se présenteront dans n’importe quelle mairie pour être mariés susciteront une curiosité qui pourrait déplacer des foules. La société guadeloupéenne ne marche pas au même rythme que l’Hexagone. Sur ce point, Félix Fléming a raison. La France à près de deux mille ans d’histoire. La société guadeloupéenne si l’on peut dire, que deux siècles. Et encore… La France a pris le temps d’apprendre la tolérance à l’égard des homosexuels. Aujourd’hui elle veut leur accorder aussi l’égalité. Comme d’ailleurs la plupart des pays développés où ils peuvent déjà se marier. Il serait surprenant au moins dans un premier temps de voir les Guadeloupéens s’engouffrer dans cette voie. De fait, ils feront de la résistance. La loi sera votée. Mais il n’est pas sûr du tout qu’elle ait une application réelle avant un temps certain. Faute tout simplement de prétendants au mariage pour tous.

 

BRUNO NESTOR AZÉROT

« Le texte bouscule les traditions antillaises »

Le député martiniquais Bruno Nestor Azérot a exprimé lors du débat sur le mariage pour tous, une opinion saluée par bien des Antillais et partagée par de nombreux élus de gauche domiens y compris des socialistes.

Bruno Nestor Azérot ovationné par l’opposition annonce qu’il ne votera pas le texte de loi.
Bruno Nestor Azérot ovationné par l’opposition annonce qu’il ne votera pas le texte de loi.

Que dit Bruno Nestor Azérot ? D’abord que la quasi-totalité des Antillais est hostile au texte parce qu’il bouscule toutes leurs traditions. L’affirmation est quelque peu péremptoire mais a du vrai. « Notre électorat ne comprend pas » poursuit encore Bruno Nestor Azérot. Le mariage gay bouleverse la norme et instaure une nouvelle norme. Si tout le monde se bat pour être la norme c’est que personne ne veut se retrouver dans la catégorie de la pathologie. Et Bruno Nestor Azérot de déclarer que sur ce chemin-là, il ne peut pas suivre. Doit-on révolutionner le mariage au risque de faire exploser la famille ? S’interroge encore le député martiniquais. Ce faisant, Bruno Nestor Azérot introduit une hiérarchie entre les deux catégories de couples. « On ne peut mettre sur le même plan un couple hétérosexuel et un couple homosexuel« . Et là le divorce entre Bruno Nestor Azérot et les partisans de la loi est total puisque c’est exactement ce que prétend instaurer la loi : l’égalité entre homosexuels et hétérosexuels. Mais selon le député l’égalité n’est pas accessible à tous. Concernant la filiation, il s’insurge et affirme que ce n’est pas le droit qui refuse aux homosexuels la procréation mais la nature. Tout est dit.

 

Taubira super star

La ministre de la justice fait un vrai numéro à l’occasion du débat à l’Assemblée nationale sur le projet de loi sur le mariage pour tous. Maîtrise, aisance, conviction, grande culture, le tout avec une pointe d’humour.

La ministre de la Justice Christiane Taubira a dû s'interrompre en plein débat sur le mariage pour tous, à cause d'une crise de rire.
La ministre de la Justice Christiane Taubira a dû s’interrompre en plein débat sur le mariage pour tous, à cause d’une crise de rire.

On peut être pour ou contre le mariage des homosexuels. On peut aimer ou ne pas aimer Christiane Taubira. Mais on doit reconnaître qu’elle tient la vedette dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale et aussi la dragée haute aux anti-mariage pour tous. La Guyanaise est certes ministre de la justice et garde des Sceaux, mais on pouvait ne pas s’attendre à ce qu’elle place délibérément le débat sous l’angle du droit, ou plus précisément de l’histoire du droit. Or, c’est exactement le parti qu’elle a pris. Situant le mariage au cœur du Code civil dès sa création en 1792, elle l’analyse dans son discours introductif comme une volonté parmi d’autres du législateur pour ensuite mieux le définir comme une émancipation à l’égard à la religion. Pour tous ceux qui avaient oublié que le mariage civil ne date que de 1792 et qu’avant, seul le mariage religieux existait, c’est un rappel fort. Dès lors, toute l’architecture de l’argumentaire est posée. Construction juridique, donc humaine, le mariage peut s’adapter aux réalités de la société. Et toutes les refondations du Code civil le montrent. Dans le mariage, la femme s’est peu à peu émancipée jusqu’à devenir aujourd’hui l’alter ego de l’homme. Ce n’était pas exactement le statut que lui donnait le Code civil à l’origine. Idem pour les enfants nés hors du mariage, pour lesquels le Code civil a fini par rétablir l’égalité. La société a encore évolué. Il faut désormais offrir l’égalité face au mariage homosexuel et concevoir pour cela une loi. Christiane Taubira en sera le chantre. Et vent debout, avec une aisance remarquable, parlant sans note, la ministre fait front à toutes les chausse-trappes. Ses principaux atouts : une grande culture, un art oratoire consommé, un aplomb incroyable, citant tour à tour René Char et Léon Gontrand Damas par cœur. Et surtout, une conviction à toute épreuve. Signe évident qu’elle s’est véritablement approprié le projet de loi. Elle l’incarne, diront les ténors socialistes. Les journalistes aussi ont encensé ce ministre que l’UMP avait au début de l’installation du gouvernement pris pour tête de turc. C’est le maillon faible du gouvernement pensaient Jean-François Copé et ses amis. Tirons à vue ! C’était fort mal connaître Christiane Taubira. Son discours introductif est aujourd’hui comparé à celui que Robert Badinter a prononcé lors du débat sur l’abolition de la peine de mort et à celui de Simone Weil lors de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Rien que cela ! Et son fou rire en plein débat parlementaire, loin de la desservir a accentué son naturel.

 

SILENCE RADIO

Le débat, quel débat ?

Pendant que le débat sur la loi qui instaure le mariage pour tous fait rage à l’assemblée nationale, que toutes les chaînes de télévisions de l’Hexagone organisent des débats sur ce thème, confrontant les opinions des partisans à celles des opposants à la loi, En Guadeloupe les médias ne se sont guère enflammés. RCI, lundi dernier, a organisé l’un des rares débats sur la question. Pour le reste il faudra repasser. Il faut dire que les élus ne se sont guère bousculés pour se prononcer sur une question qui les gêne aux entournures. Bruno Nestor Azérot avec ses mots, ses excès a mis les pieds dans le plat. Mais il a souligné une réalité. La donne est pourtant simple : sommes-nous preneurs d’une telle évolution de notre société ? La question soulève une foultitude de problèmes qui vont au-delà du sociétal. De fait, elle s’invite carrément dans le champ politique. Elle est donc sans doute complexe et forcément difficile. Elle n’appelle certainement pas de réponse simple ou évidente. Mais elle méritait certainement d’être posée et d’être débattue. Plus tard, peut-être ?

 

SANS TAMBOUR…

Pendant ce temps Outre Manche…

Les députés britanniques ont adopté le projet de loi qui sera maintenant transmis à la Chambre des lords
Les députés britanniques ont adopté le projet de loi qui sera maintenant transmis à la Chambre des lords

Les députés de la Chambre des communes, au Royaume-Uni, ont voté mardi 5 février en faveur de la loi autorisant le mariage homosexuel par 400 voix contre 175. Le Premier ministre, David Cameron, a parlé d’un important pas en avant qui renforce la société britannique. Pour Nick Clegg, vice-premier ministre et chef du parti libéral démocrate, « peu importe qui vous êtes et qui vous aimez, nous sommes tous égaux« . Ed Miliband, leader du parti travailliste, évoque quant à lui un jour décisif pour la lutte pour l’égalité en Grande Bretagne. Un pays de plus a légalisé le mariage des homosexuels. La différence avec la France c’est que le débat outre-manche est beaucoup moins passionné. Les Anglais n’en font pas tout un fromage. Mais il est vrai aussi que la France est toujours fille aînée de l’Église. Et ça change tout !

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