Béatrice Ibéné : » Les industriels savent la gravité «
Celle qui a permis la fin de l’épandage aérien des pesticides dans les bananeraies en Guadeloupe mesure après la déclaration du ministre de l’Agriculture, le poids des lobbies.
Béatrice Ibéné exerce la profession de vétérinaire. Ardente militante de la défense de l’environnement, elle mène un combat contre l’emploi des pesticides dans l’agriculture. Elle est à l’origine de la suppression des dérogations qui ont permis il y a deux ans l’épandage aérien dans les bananeraies guadeloupéennes. Elle a obtenu devant le Conseil d’État l’interdiction de cette pratique. La mesure concerne aussi bien la banane en Martinique et en Guadeloupe que la vigne dans l’Hexagone. Elle dénonce la distribution en vente libre du Round up en Guadeloupe. En violation de la législation.
Le Courrier de Guadeloupe : Que signifie la déclaration de Stéphane Travert ministre de l’Agriculture quant à l’autorisation d’utiliser à nouveau les pesticides tueurs d’abeilles ?
Béatrice Ibéné : Pour qu’un ministre de l’Agriculture fasse ce forcing, il faut qu’il soit soumis à une forte pression des gros producteurs agricoles et autres industriels. Les céréaliers en particulier. Cette offensive va à rebours de ce qui était prévu. Nous attendions au contraire des mesures incitatives en faveur de l’agriculture bio. Notamment celles qui rendraient obligatoires 20 % de nourriture bio dans la restauration scolaire. Aujourd’hui la consommation bio a augmenté de près de 20 %. La production française ne suit pas. Les Français et par conséquent les Guadeloupéens consomment surtout des produits importés. Quelles sont les conséquences des pesticides sur la santé ? Elles sont graves et réelles. Les industriels le savent. Les pesticides sont des perturbateurs endocriniens, à l’origine de thyroïde, du diabète, de la maladie d’Alzheimer, de certains types de cancers.
Le Premier ministre a tranché en faveur de Nicolas, la partie est-elle gagnée ?
Le combat contre les pesticides n’est pas fini. Nous nous intéressons aux pesticides que les gens utilisent chez eux. C’est tout aussi dangereux que l’épandage. Le fameux herbicide de Monsanto appelé Round up est très vendu en Guadeloupe. J’ai vu dernièrement dans la région de Basse-Terre l’utilisation de ce produit par quelqu’un qui cultivait des giraumons. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ce produit est cancérigène.
Pourquoi est-il en vente libre ?
La législation interdit qu’il soit vendu en libre-service. Il doit être stocké dans un lieu fermé. Le vendeur doit prodiguer à l’acheteur des conseils avisés sur son utilisation, les doses nécessaires et à ne pas dépasser, les risques encourus. C’est un produit dangereux pour les enfants.
Ces consignes sont-elles observées ?
J’ai fait le tour des vendeurs. J’ai vérifié. Ils sont très peu, je devrais dire que presque qu’aucun n’observe la législation. Le travail est loin d’être fini. S’il faut en plus qu’au sommet de l’État on revienne sur des acquis, ce n’est pas gagné.
Benoît Foucan-Pérafide : » Le pesticide tueur d’abeilles est présent en Guadeloupe «
Le directeur de l’association d’apiculteurs de Guadeloupe (Apigua) est formel. Dérogation ou pas, sous forme de semences enrobées ou dans les insecticides pour animaux les pesticides tueurs d’abeilles sévissent sur notre territoire.
Le Courrier de Guadeloupe : Comment avez-vous accueilli la déclaration du ministre de l’Agriculture qui entendait assouplir l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles ?
Benoît Foucan-Pérafide : L’utilisation des pesticides tueuses d’abeilles est un vrai problème pour les apiculteurs guadeloupéens. Au-delà de la déclaration du ministre, je peux vous affirmer que ce pesticide est de toute façon présent en Guadeloupe. Les autorités sanitaires le savent. Personne ne dit rien. Le pesticide arrive avec des semences enrobées. Le produit est déjà sur les graines. Cela détruit les abeilles. Sous sa forme habituelle, les producteurs de melons l’ont utilisé. Je ne saurais dire si c’est toujours le cas. J’ai interrogé récemment l’INRA qui m’a affirmé qu’il est fort possible que ce soit encore le cas. Le pesticide est présent aussi dans les traitements pour animaux.
Quelles sont les cultures infectées de pesticides qui menacent le plus les abeilles ?
Le maraîchage, les champs de melons. Certains planteurs d’ananas utilisent aussi les pesticides. Heureusement les abeilles ne prisent pas la fleur d’ananas. Notre production de miel est d’une rare qualité. C’est une petite production qui pourrait disparaître si l’on ne prend garde, alors qu’elle pourrait encore se développer. Nous produisons 100 tonnes de miel par an alors que la Guadeloupe consomme 280 tonnes. Ça vaut le coup de protéger cette production.
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