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Le don du sang, de plus en plus rare

Les niveaux de sang sont bas. Les réserves de l’EFS Guadeloupe-Guyane sont en dessous du seuil d’alerte. Il devient urgent de faire du don un acte citoyen régulier dit la chargée de communication. Éclairage.

Du 8 juin au 11 juillet, l’Établissement français du sang (EFS) lance une opération « Prenez le relais : un mois pour tous donner ! » Une mobilisation générale pour tous ceux qui sont prêts à donner leur sang pour sauver une vie. Une opération nécessaire en cette période où les niveaux de réserves sont au plus bas. Rencontre avec Stéphanie de Courtemanche, chargée de communication de l’Établissement français du sang Guadeloupe-Guyane.

Pour rappel, combien de vie(s) sauve-t-on avec un don de sang ?

On peut sauver trois vies avec une poche de sang.

La collecte du sang s’est-elle poursuivie durant la période de confinement ?

Oui elle s’est poursuivie, elle a même bien marché. On a atteint de très bons chiffres, comparé aux collectes habituelles. Il nous faut vraiment 50 poches par jour, et parfois on atteignait les 60. On a besoin de poches tout le temps donc si on avait arrêté ça aurait été problématique. On a dû annuler beaucoup de collectes, ce qui nous a énormément pénalisés. Nous avons dû faire la collecte à la maison du don ou dans les centres commerciaux avec le camion, ce qui était beaucoup plus simple. Les gens ont répondu à l’appel, il y avait une vraie solidarité pendant le confinement.

Comment expliquer qu’aujourd’hui les réserves de sang soient en dessous du seuil d’alerte ?

Depuis le déconfinement le 11 mai il y a une baisse de fréquentation. C’est dû à plusieurs facteurs. L’activité a repris, même si c’est encore lent. Les gens n’ont plus trop le temps. Ou alors ils restent à la maison, ils sont en télétravail. Je crois que pendant le confinement, la population avait davantage conscience de l’importance de donner son sang. Même si le Covid-19 n’a rien à voir avec le don du sang, je pense que ça faisait un peu travailler les esprits.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette démobilisation de la population ?

Parfois le donneur se dit « j’ai déjà donné », donc il ne revient pas. On peut donner tous les deux mois. Un homme peut donner tous les deux mois jusqu’à six fois par an, et une femme, quatre fois. Ça arrive qu’on appelle un donneur et qu’il nous dise qu’il a déjà donné, même si ça fait plus de deux mois. La mobilisation en Guadeloupe est faible. Donc si en plus les donneurs se disent qu’ils ont déjà donné, et qu’en plus pour certains l’activité a repris donc ils sont moins disponibles pour donner leur sang, on a un gros manque.

À quoi correspond ce seuil d’alerte ?

Nous avons des objectifs par an, un nombre de poches de sang à avoir par mois, par jour, de façon à être autosuffisant. Comme c’est compliqué pour les départements d’Outre-mer d’être autosuffisants, au niveau national ils ont un seuil qui leur permet de délivrer des poches partout en Outre-mer. Sauf que, quand leurs réserves de sang sont basses, l’impact est beaucoup plus fort pour nous. Une poche sur trois nous vient de l’Hexagone. Lorsqu’ils sont eux-mêmes en difficulté nous le sommes aussi car ils ne pourront pas nous envoyer de poches, comme c’est le cas aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle nous disons être en dessous du seuil d’alerte. Malgré l’appel au don que nous avons lancé, la population ne vient pas encore suffisamment donc nous avons encore besoin de l’Hexagone. C’est vraiment au niveau national que c’est compliqué.

En 2019, François Toujas, président de l’Établissement français du sang, expliquait que le don du sang devrait devenir un « acte citoyen régulier ». Quelles actions sont mises en œuvre pour mobiliser la population de manière régulière ?

Mis à part les médias qui nous aident en partageant nos annonces et en appelant au don, on fait aussi beaucoup de mobilisation dans les écoles. On va commencer les sensibilisations dans les écoles primaires. Nous voulons faire en sorte que ça devienne normal, pour les enfants dès leurs 18 ans, de donner leur sang régulièrement. On fait aussi beaucoup de phoning, on appelle les donneurs et on les invite à revenir. Lorsqu’on envoie des SMS ou qu’on appelle les donneurs, ils sont géolocalisés. Par exemple si demain on se trouve à Trois-Rivières, on appelle toutes les personnes se trouvant dans la zone Capesterre-Belle-Eau/Trois-Rivières/Basse-Terre. On partage aussi les plannings sur les réseaux sociaux. Si tous les donneurs qui se trouvent dans notre base de données, ceux qui peuvent donner bien sûr, donnaient même une fois par an, nous n’aurions pas eu autant de difficulté à délivrer des poches de sang aux malades. C’est en ça que François Toujas parle d’acte citoyen. Toutes les actions mises en œuvre pour pouvoir augmenter les réserves. Nous allons également lancer une application qui sera vraiment efficace dès le mois de juillet. Les donneurs pourront prendre rendez-vous, ce qui pourrait faciliter les choses et motiver la population à venir. Il y a plein de choses qui vont se mettre en place dans les années à venir pour pouvoir rendre le don du sang plus confortable on va dire.

 

« 10 minutes après c’était terminé »

Les dons de sang sont indispensables pour soigner les patients. Aujourd’hui les réserves de sang sont en dessous du seuil d’alerte en Guadeloupe. Pourquoi donner son sang ? Rencontre avec un donneur.

« J’ai toujours pris mon emploi du temps surchargé comme une excuse pour ne pas venir donner mon sang ». Amélie (le prénom a été changé), 29 ans, est commerciale. Malgré ses journées surchargées, elle a pris de son temps, ce lundi matin, pour se rendre sur un site de collecte à Dothémare, aux Abymes, juste en face du SDFIS (Service départemental d’incendie et de secours) où le camion du don du sang de l’EFS, l’Établissement français du sang de Guadeloupe, est stationné jusqu’à 13 heures « Nous avons toujours une excuse pour ne pas donner notre sang ironise Amélie. Il y a la peur de la piqûre, l’appréhension, l’impression qu’on va nous vider de notre sang, toutes sortes d’excuses qui, quelque part, nous permettent de nous sentir moins coupables ». Sauf que voilà, les personnes qui, elles, ont besoin de sang, n’ont pas d’excuses. C’est la raison pour laquelle Amélie a décidé de prendre de son temps aujourd’hui, pour mieux aider ceux qui en auront besoin demain. « J’y pensais de plus en plus souvent ces derniers temps. Déjà pendant le confinement j’ai hésité à y aller. Mais je suis encore chez mes parents et la peur de sortir, de prendre le risque de ramener le virus à la maison, m’a freiné dans mon entreprise, se confie-t-elle. J’ai une amie dont le père a failli mourir il y a peu de temps. Il avait besoin d’une transfusion d’urgence. C’est là que j’ai compris que, s’il n’y avait pas de donneurs, il n’y aurait pas eu de poches de sang et il ne serait certainement plus là aujourd’hui ». Amélie a eu ce déclic qui l’a poussé à apporter sa pierre à l’édifice. « Et puis l’EFS me relançait assez souvent, je commençais à être à court d’excuses ! La dernière fois, mon interlocutrice m’a expliqué que les réserves de sang étaient au plus bas en Guadeloupe. À ce moment je n’ai plus hésité, je l’ai pris comme un signe, il fallait que je donne mon sang ! » La jeune femme a donc profité de sa journée de libre pour se rendre, pour la troisième fois de sa vie, sur un site de collecte mobile. « Cette fois-ci, c’était un peu différent de ma première fois, poursuit-elle, déjà cette fois j’avais la peur en moins. Il n’y a aucune douleur, c’est assez rapide, donc il n’y a vraiment pas de raison de s’inquiéter ».

Première fois

Sa première fois, Amélie s’en souvient comme si c’était hier. « J’avais 19 ans. Avec deux copines on avait envie de s’impliquer un peu plus, de faire quelque chose pour les autres pour changer ! (rires) » C’est comme ça qu’elles se sont retrouvées à faire la queue sur le parking de Carrefour où était stationné le camion de l’EFS. « On a d’abord rempli un document, ensuite il y a eu l’entretien avec le médecin. Il m’a posé plusieurs questions je pense pour vérifier que j’étais apte à donner mon sang. Ensuite une infirmière m’a d’abord prélevé un échantillon test, je n’ai pas bien compris pourquoi au début, mais quand elle est revenue elle m’a dit que c’était bon et qu’elle allait maintenant réaliser le vrai prélèvement. 10 minutes après c’était terminé, et j’ai eu droit à un jus et des biscuits à la fin. Que demander de plus ? » Le prélèvement test sert à vérifier le taux d’hémoglobine et l’aptitude du donneur. « Lorsque j’ai rejoint mon amie elle attendait déjà depuis longtemps. Elle n’avait pas pu donner son sang car elle souffrait d’une forte anémie. »

« Je ne suis pas une héroïne »

Avec une poche de sang on peut sauver trois vies. « En donnant juste une heure de notre temps on peut sauver plus d’une personne, rappelle Amélie. Et puis il faut être honnête, on ressent un certain sentiment de satisfaction après avoir donné son sang. Le simple fait de savoir qu’on va sauver la vie de quelqu’un ça donne un vrai sens à ce geste, un petit sentiment de fierté personnelle ». Mais attention, que personne ne la qualifie d’héroïne. « Il n’y a rien d’héroïque là-dedans, ce léger sentiment de fierté ne doit pas non plus gonfler les chevilles. Ça reste un geste humain, un geste normal ». Amélie ne ressent pas ce besoin de reconnaissance, de valorisation. Pour elle ce sont de petites choses de la vie qui devraient être évidentes. « C’est comme le don d’organes. Je connais des personnes qui ont refusé qu’on prélève leurs organes après leur décès. Moi je suis totalement d’accord pour qu’on prenne les miens. Vous aurez besoin de vos organes quand vous serez mort vous ? Je trouve ça égoïste. Pourquoi refuser quand on peut sauver une vie ? »

Générosité, régularité

D’ailleurs, en dehors de ses parents et de son compagnon qui la soutiennent et l’ont félicité dans son entreprise, personne ne sait qu’elle est ici aujourd’hui. « Je ne donne pas mon sang pour me mettre en avant, je ne le fais pas pour moi, je le fais pour les autres. Je ne suis pas une héroïne ». Amélie s’engage à donner son sang plus souvent. « Je ne resterais plus plusieurs années sans aider assure-t-elle, il faudrait trouver un moyen de motiver les gens à donner plus, je crois que c’est le principal problème. » Pour elle ce n’est pas juste une question de générosité, mais plutôt de régularité. « Les personnes généreuses existent, mais combien de fois le sont-elles ? Parfois ce n’est pas qu’on ne veut pas, c’est tout simplement qu’on ne réalise pas à quel point c’est important, même si au fond on le sait très bien ».

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