L’effectif des classes diminue de manière significative en Guadeloupe. Est-ce grave ? Oui, et pas forcément pour les raisons qu’on pourrait croire. En écoutant à peine, le refrain peut résonner à nos oreilles : la Guadeloupe est privée de moyens, la qualité de l’enseignement sera plus mauvaise. Les syndicats vont monter au créneau contre la suppression des postes et tutti quanti… Des pédagogies adaptées aux classes à plusieurs niveaux fonctionnent. À Vieux-Habitants cela fait 20 ans que la méthode est à l’œuvre et avec de bons résultats. En revanche, c’est grave d’abord parce que l’administration se refuse à donner une information nette et claire sur le sujet. Nous avons voulu savoir quels territoires en Guadeloupe seraient le plus affectés par cette baisse des effectifs. Nous avons essuyé un refus poli. Les Guadeloupéens ne sont pas des enfants, et ont le droit de savoir. C’est grave aussi parce que nous avons raté peut-être une occasion d’expliquer les raisons de cette diminution du nombre de classes. Il ne s’agissait pas seulement de répéter que la démographie est sur une pente descendante. Que bientôt nous serons de moins en moins nombreux… et à partir de 2030 nous diminuerons chaque jour.
Les chiffres publiés par l’INSEE sont publics et accessibles à tous. Ces chiffres indiquent que nous sommes aujourd’hui programmés pour une dilution certaine… Personne ne s’en inquiète. Ce n’est sans doute pas vrai et puis c’est si loin. Malheureusement c’est exactement le contraire. Et ce n’est pas seulement le nombre de classes qui continueront à diminuer. C’est tout le tissu social et économique qui va se déliter. C’est la jeunesse qui s’en ira, de façon de plus en plus massive, voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Jusqu’à ce que nous devenions un pays sans perspectives et sans avenir. La Guadeloupe s’est mise au diapason des pays développés qui ont régulé leurs naissances et fait progressé leur espérance de vie. Pendant longtemps cela fut interprété comme un immense progrès. Sur bien des aspects c’est sans doute vrai : baisse de la mortalité infantile, résorption des poches d’insalubrité, amélioration de l’habitat, eau, électricité, téléphone. Le côté négatif de cette politique c’est que ces progrès ont été accompagnés d’une baisse brutale du taux de natalité et d’un solde migratoire négatif.
Lorsque certains Guadeloupéens continuent à vociférer contre les Haïtiens, les Dominicains et d’une manière générale tous ceux qui viennent d’ailleurs, ils devraient surtout s’inquiéter du nombre plus important de jeunes guadeloupéennes et guadeloupéens qui dans le même temps quittent la Guadeloupe chaque année… pour ne pas revenir de sitôt. Il est temps de mettre sur la table toutes les données de notre société. Connaître nos tares, nos forces, les chiffrer. C’est un préalable à la prise de décision. Ainsi nos effectifs baissent et ils continueront à baisser. L’État en prend prétexte pour rogner les moyens de l’enseignement ? Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas demander, comme le suggérait dès 2012 dans une conférence qu’il avait organisé au pays de la canne à Port-Louis l’économiste statisticien Jean-Claude Courbain, que les moyens supprimés soient transférés au profit de la lutte contre l’échec scolaire ? Histoire que le taux élevé qui sévit en Guadeloupe soit ramené à celui de l’Hexagone. Autre avantage de connaître et de prendre en compte la réalité, nous pourrions peut-être bâtir des politiques publiques plus efficientes. Qu’est-ce qui nous empêcherait par exemple d’élaborer, après concertation de toutes les collectivités, une politique globale de natalité ? Ce ne sera pas la panacée. Il faudra définir d’autres objectifs. Nous pourrions cependant commencer par-là, non ?
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