Le gouvernement Attal est opaque, inefficace et piètre gestionnaire des affaires publiques. C’est la conclusion qui se dessine après l’annonce de la suppression de dix milliards d’euros de crédits dans le budget 2024.
« Comment peut-on, en deux/trois mois, changer de cap aussi subitement ? Cette coupe budgétaire est d’une très mauvaise tonalité. Elle est un mauvais signal lancé par le gouvernement qui a pourtant lui-même adopté ce budget fin 2023 à base de 49-3. Elle invite à se questionner, si ce n’est même à douter de la méthodologie budgétaire qui guide la majorité » s’interroge le député de la 4e circonscription de Guadeloupe Elie Califer.

Le décret publié au Journal officiel le 22 février est signé par le Premier ministre Gabriel Attal, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, et le ministre délégué aux comptes publics Thomas Cazenave. Il annule des montants alloués à 29 domaines variés, allant de l’écologie à l’enseignement supérieur, en passant par la justice, la défense, la cohésion des territoires, et l’aide publique au développement.
L’impact concret de ces coupes est totalement inconnu. Selon Bercy, cinq milliards d’économies sur les 10 seront réalisées sur certaines politiques précises (comme Ma Prime Rénov’), mais les 5 milliards restants doivent encore être trouvés par les ministères eux-mêmes, en fonction des chiffres du décret. Les ministères doivent préciser ces modalités sous une quinzaine de jours.
Cette incertitude sur les 5 milliards d’euros à trouver démontre le manque de transparence, d’anticipation et de concertation au sein même du gouvernement. La nécessité pour les ministères de préciser les modalités de ces coupes sous une quinzaine de jours fait craindre des décisions précipitées, sans évaluation approfondie des impacts sur les secteurs concernés. Ce qui pourrait entraîner des choix budgétaires non optimaux, qui affecteront des domaines sensibles ou prioritaires pour la vie quotidienne et le développement des territoires.
L’Outre-mer « doublement affecté »
Le ministère des Outre-mer qui disposait d’une enveloppe de 2,8 milliards de crédits pour l’année 2024, voit 78,8 millions disparaître, soit une baisse de 2,8 %.
Une baisse « inadmissible » pour le député guyanais Davy Rimane (Gauche démocrate et républicaine), par ailleurs président de la Délégation aux Outre-mer à l’Assemblée nationale : « Ces annulations affectent doublement les Outre-mer, dénonce-t-il dans un communiqué. D’une part, ces territoires sont victimes des mesures concernant le régalien, et, d’autre part, de celles portant sur la mission Outre-mer. »
Interrogés par Outre-mer 1ère, les ministères de l’Intérieur et celui des Outre-mer n’ont donné aucune idée de l’impact précis de ces économies sur les différents dispositifs déployés en Outre-mer. Le média public cite le directeur de Ladom (L’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité) Saïd Ahamada qui déclare ce jeudi 22 février que « l’ambition reste à son niveau », sans pour autant savoir dans quelle mesure l’agence qu’il dirige sera impactée par ces baisses. « On fera en sorte qu’il n’y a pas d’impact sur les dispositifs qui sont les nôtres. On travaillera de manière encore plus efficace s’il le faut » a-t-il soutenu.
Mais on voit mal comment l’agence va maintenir le même niveau d’ambition et de service en cas de réduction significative de ses ressources financières ? La principale préoccupation des bénéficiaires est de savoir si ces coupes affecteront directement l’aide qu’ils reçoivent pour leurs déplacements pour rentrer en vacances en juillet ou partir étudier en septembre. Sans garanties claires, les familles sont en alerte.
Outre ces 10 milliards, de nouvelles coupes à prévoir
Dans le flou ambiant, une certitude : le gouvernement met la pression sur les services publics et les politiques sociales. Si des secteurs clés comme l’aide au logement ou l’aide publique au développement sont assurément touchés, l’incertitude sur la répartition des coupes restantes pourrait aussi accentuer la contrainte sur d’autres services publics, avec des conséquences sur les populations les plus vulnérables.
Comme ses pairs à gauche, Victorin Lurel, sénateur et ex-ministre des Outre-mer affiliés au groupe Socialiste, écologiste et républicain, critique vivement la politique du gouvernement qu’il accuse de persister dans une démarche visant à réduire les capacités financières de l’État et ne pas explorer des sources de revenus alternatives. « Alors que les annonces de bénéfices records pour les banques, les assurances et les pétroliers s’accumulent ces dernières semaines, le gouvernement refuse encore de taxer les superprofits ou de revenir sur ses réformes fiscales en faveur des plus privilégiés » reproche-t-il.

Quels retards ou réductions seront pris dans la mise en œuvre des projets, affectant la vitesse à laquelle les territoires peuvent progresser vers leurs objectifs ? Les collectivités territoriales et autres entités locales qui utilisent des fonds pour lancer ou soutenir leurs initiatives pourraient-elles se trouver en difficulté pour trouver les ressources nécessaires ?
La sénatrice de Saint-Barthélemy Micheline Jacques (Les Républicains) s’inquiète du fait « que les Ultramarins ne vont pas comprendre que l’on puisse ponctionner sur le budget des Outre-mer », alors qu’ils accumulent les crises économiques, sociales, sécuritaires, environnementales. Son collègue guadeloupéen Victorin Lurel prédit que « cette politique austéritaire de casse des services et politiques publics fait le lit des prochaines crises et ne manquera pas d’alimenter légitimement des colères qui risquent d’ajouter à une terrible crise sociale, une profonde crise politique et démocratique. »
Cette réduction des dépenses publiques, est justifiée selon le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, par la nécessité de ramener le déficit public à 4,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2024, face à une prévision de croissance abaissée à 1%, contre 1,4% auparavant.
Comme déjà constaté en 2022 et répété lors de la présentation du budget en 2023, le gouvernement avait adopté une estimation de croissance du PIB jugée optimiste par rapport à l’avis général des économistes. Cette tendance se réitère en 2024, avec l’OCDE révisant à la baisse sa prévision de croissance pour la France à 0,6%. Quant à la Banque de France, son anticipation d’une croissance de 0,9% s’avérait également plus positive que le consensus des économistes consultés par Bloomberg, qui tablait sur une croissance de 0,7% en octobre 2023.
Une erreur ne devient pas moins fausse quand elle se répète… Outre ces 10 milliards, de nouvelles coupes budgétaires pourraient intervenir. Le gouvernement n’a pas exclu un projet de loi de finances rectificative à l’été, et déjà prévenu de la nécessité de trouver au moins 12 milliards d’euros d’économies supplémentaires en 2025.
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