Les élus du conseil régional réunis vendredi 30 juin 2023 pour la 3e séance plénière salle des délibérations à Basse-Terre. FB Région Guadeloupe

Ary Chalus a convoqué lundi 9 décembre, à l’antenne du conseil régional à Raizet aux Abymes les 16 conseillers régionaux, membres ou sympathisants du GUSR qui lui ont adressé un courrier afin de l’informer qu’ils créaient au sein du Conseil Régional un groupe distinct de la majorité régionale.

Dès le départ, le ton était donné : une convocation ferme, presque martiale, intimant aux destinataires de se rendre disponibles coûte que coûte. Mais le camp d’en face n’était pas en reste. Avant la réunion, les GUSR avaient préparé leur affaire : parler d’une seule voix et marteler un message clair : « Nous ne sommes pas écoutés, nous n’avons pas de débat, donc oui, nous créons notre propre groupe. »

Le clash des arguments

Entouré de sa garde rapprochée (Marie-Luce Penchard, Jean-Claude Nelson, Sheila Morena Rempath, Corinne Pétro, Jean-Marie Hubert), Ary Chalus s’est dit incrédule face à cette fronde. Jean-Claude Nelson a tenté de poser des questions incisives : « Mais pourquoi maintenant ? Le GUSR, ça n’existe même pas à la Région. » Camille Pelage, avec un calme tranchant, a immédiatement répondu : « Le GUSR a toujours existé. C’est un grand parti et maintenant, il a son groupe. »

Voyant que la stratégie de la fermeté ne fonctionnait pas, les proches du président ont opté pour un ton plus plaintif, presque mélodramatique : « Pourquoi cette division ? Pourquoi ne pas être venus voir le président ? Vous voulez lui faire du mal ? » Sheila Morena Rempath, dans un élan presque naïf, a tenté une dernière manœuvre : « Est-ce que vous demandez la permission de créer un groupe ? » Réponse sèche et implacable de Camille Pelage : « Le groupe est créé. »

Moins dans le registre du soap opera, la conseillère régionale et présidente de la commission formation professionnelle, insertion et apprentissage Jennifer Linon, a dénoncé une gestion opaque et un manque de concertation. Les élus régionaux apprennent des informations cruciales par des tiers. Elle dit avoir appris de l’extérieur que l’école de la dernière chance avait perdu son label. Et ce n’est pas un cas isolé. Jean-Marie Pili s’est plaint de n’avoir pas été mis au courant d’une manifestation régionale dédiée au handicap, alors qu’il est précisément l’élu en charge de ce domaine !

Mesure punitive déguisée 

Pour ajouter à l’atmosphère électrique, Ary Chalus a confirmé une information déjà évoquée par Le Courrier de Guadeloupe (lire ici). Le non-renouvellement des collaborateurs de groupe (Olivier Nicolas pour Péyi Guadeloupe et Audrey Cornély pour Continuons d’avancer), n’est pas une affaire d’économie budgétaire. C’est une sanction politique visant spécifiquement Olivier Nicolas, le collaborateur de l’opposition.

Audrey Cornély ne serait qu’un dégât collatéral. Teddy Bernadotte membre du cabinet d’Ary Chalus a expliqué au cours de cette réunion qu’il a tenté par téléphone de rassurer celle qui partage un lien de famille avec le président du GUSR, Guy Losbar. Il lui aurait promis qu’un autre poste lui serait attribué. Mais le courrier dénonçant la collaboration était déjà en sa possession. L’appel est arrivé trop tard.

Malgré les tentatives d’Ary Chalus et ses fidèles pour contenir l’incendie, le groupe GUSR ne reviendra pas sur sa décision. Les arguments de conciliation, les sous-entendus et même les câlins rhétoriques n’ont fait que renforcer leur détermination. L’un des membres du groupe GUSR a indiqué au Courrier de Guadeloupe que l’exécutif régional « est déjà informé officiellement et par lettre de la création du groupe ». Dans leur prochaine missive il annonce qu’il sera simplement demandé au président du conseil régional « quels sont les moyens qu’il entend mettre à disposition du groupe GUSR pour travailler ».

Au-delà toutefois des querelles et autres différends, la question centrale demeure : la Région est-elle un lieu de débat démocratique, ou n’est-elle qu’une façade où tout se décide entre quelques-uns ou en solitaire, et en coulisses ?

Poster un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.