Tout fout le camp. L’honneur, la parole donnée et surtout l’éthique. Ainsi Manuel Valls ne s’est pas démonté. Avec un cynisme consommé, il a rallié Emmanuel Macron qui se serait bien passé de son adhésion. Car ce faisant, Manuel Valls fait deux victimes Benoît Hamon, c’est évident. Emmanuel Macron lui aussi est impacté. L’art de rester dans le jeu quand on est déjà éliminé. Ou encore comment transformer sa faiblesse en capacité de nuire. C’est peut-être de la haute stratégie. C’est sans doute du point de vue de Manuel Valls, l’anticipation de plusieurs coups. Le citoyen lamda lui, et plus encore s’il est socialiste, n’y voit qu’un coup tordu, irrégulier, pas net. Il n’a pas tort. Il n’y aura pas que les emplois présumés fictifs de l’épouse et des enfants de François Fillon en tant qu’assistants parlementaires, et les cadeaux sous forme de costumes d’une valeur à faire frémir un smicard qui auront heurté la morale dans cette campagne électorale. À l’heure du bilan, on retiendra aussi la démarche de Manuel Valls. Tous les autres socialistes pouvaient sauter dans le train Macron sauf Valls. D’abord parce qu’à l’inverse des autres, il a participé à une primaire dont le principe est de soutenir celui qui gagne. Par sa démarche, il montre qu’il est un petit joueur. Ensuite l’ancien Premier ministre sait que la flamme qu’il déclare à Emmanuel Macron est chargée de venin. Le nouvel aimé ne s’est d’ailleurs pas trompé. Il s’est gardé de boire goulûment le poison et l’a accueilli au contraire avec distance voire une grande froideur.
L’autre fait marquant de cette campagne, c’est la nouvelle trouvaille de François Fillon pour tenter de se dépêtrer des affaires qui plombent sa campagne. L’expression en vogue la semaine dernière était cabinet noir. Là encore, et en dépit de tous les efforts de ses partisans pour relayer sur la toile l’idée d’un complot ourdi contre François Fillon depuis l’Élysée, la mayonnaise ne prend pas. Que François Hollande soit tenu informé des affaires sensibles, c’est vrai. C’est plutôt rassurant. Il en a toujours été ainsi. Tous les présidents détiennent ce pouvoir. Qu’il organise des complots et des fuites dans la presse c’est ce qu’il faut démontrer. D’ailleurs les auteurs du livre sur lequel s’appuie François Fillon réfutent l’interprétation donnée par le candidat des Républicains. Cette nouvelle tactique de François Fillon destinée à redynamiser sa campagne renforcera sa garde rapprochée et ses partisans dans leur conviction. Elle ne lui fera pas conquérir de nouveaux électeurs. La vérité c’est que François Fillon a bel et bien employé son épouse et ses enfants. Il l’a reconnu. Même s’il jure qu’il n’y a là rien d’illégal. La vérité aussi c’est qu’il a bien reçu en cadeau des costumes à 6 500 euros pièce. Il l’a reconnu également. Et là, François Hollande n’y est pour rien.
Depuis le début de cette campagne, à part Jean-Luc Mélenchon et encore, à fleurets mouchetés – ce qui le change de ses habitudes – peu de personnes attaquent Marine Le Pen. Et encore moins François Fillon. Il y aurait pourtant des voix à aller chercher de ce côté pour un candidat de la droite. François Fillon, mais il n’est pas le seul, s’est fait à l’idée d’une Marine Le Pen obligatoirement présente au second tour. L’ennui c’est qu’en radicalisant son discours, en évoquant par exemple, un racisme anti-blanc, François Fillon ne peut guère attaquer Marine Le Pen sur son discours outrancier sans paraître incohérent. Nicolas Sarkozy s’y était essayé avec bonheur en 2007. En 2012 il s’y est cassé les dents. Le Front national avait trouvé la parade qu’il résumait en une formule efficace : » l’original est toujours meilleur que la copie « . Mais la campagne est loin d’être finie et la présidentielle n’est pas jouée.
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