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Supplément d’âme

Jean-Paul Fischer s'explique

Le Mémorial ACTe comme toute réalisation d’envergure suscite son cortège de laudateurs et son contingent de détracteurs. Les thuriféraires exaltent la beauté, le caractère grandiose et monumental du projet, son exceptionnelle architecture, l’ambition et la grandeur de son contenu et tout simplement, sa raison d’être. On peut effectivement s’extasier pour beaucoup moins. Mais on peut aussi bouillir de rage, pour pas beaucoup plus. Ainsi, les opposants à ce projet font valoir son prix trop élevé, son emplacement, en plein cœur d’un bidonville. Enfin beaucoup insistent sur la difficulté à rentabiliser un tel centre, arguant de la faiblesse de notre démographie, et d’un engouement tout relatif du touriste, pour la destination Guadeloupe. Là aussi, tout cela peut être évoqué, soutenu, argumenté, débattu. Je n’y vois aucun crime de lèse-majesté et encore moins matière à pourfendre ceux qui n’adhèrent pas spontanément au Mémorial ACTe. Tout cela pour dire qu’il est normal qu’il y ait débat. Et pour tout dire, je ne connais aucune œuvre ou initiative humaine, aucun projet de cette envergure, qui n’ait suscité rumeurs et polémiques. La Tour Eiffel, l’édifice le plus célèbre de Paris, qui voit à ses pieds tous les jours, des milliers de femmes et d’hommes le nez en l’air, a été soumise, elle aussi, aux feux des critiques virulentes et des insultes, dès les débuts de sa construction et bien après son achèvement. Ceux qui les proféraient n’étaient pas des anonymes ou les premiers venus. Ils avaient pour nom Verlaine : un squelette de Beffroi, Léon Bloy : un lampadaire véritablement tragique, Huysman : un suppositoire criblé de trous. On peut ajouter encore sur la même tonalité Maupassant, Gounod, Sully Prud’homme, Alexandre Dumas fils, Leconte de Lisle. Et la liste pourrait être encore bien plus longue. Soyons clairs : Le Mémorial aurait très bien pu ne pas exister. La Guadeloupe n’en serait pas morte. Mais maintenant que le centre existe, il sera désormais difficile de s’en passer. De fait, le Mémorial ACTe devient l’empreinte indélébile de la Guadeloupe. C’est vrai, le projet découle d’une volonté politique. Celle de Victorin Lurel. Toutefois, Lucette Michaux-Chevry avait, pour lui, déjà manifesté un intérêt certain. Mieux encore, l’idée a germé du cerveau de Luc Reinette et de ceux de ses amis du CIPN. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces trois personnalités de la vie publique guadeloupéenne, n’ont guère montré jusqu’à présent de signes, indiquant qu’ils avaient des atomes crochus. Cette convergence pour le moins fortuite, installe l’idée selon laquelle, nous étions confusément en quête d’un supplément d’âme. Il faut juste espérer que l’âme dans sa soif immense ne s’épanche trop abondamment, et ne laisse plus place aux actions à entreprendre pour mieux construire demain. Cela dit, je profite de l’occasion pour dire à tous ceux qui estiment qu’une telle réalisation est inutile parce qu’elle ressasse le passé, qu’il y a mieux à faire, qu’il faut oublier… qu’en réalité, il ne faut surtout pas oublier. C’est pour cela que les lieux dédiés à la mémoire des tragédies humaines sont kyrielles dans le monde. Plus de dix mille pour commémorer la tragédie juive. Le peuple juif y tient. Et il a raison ! Personne ne peut sentir mieux que vous les blessures qui vous ont été faites surtout quand en plus des sévices physiques on porte atteinte à votre conscience, à votre âme. Simple anecdote : les journalistes guadeloupéens étaient réunis mercredi 6 mai à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre pour poser entre autres, des questions aux services de l’Élysée sur le déroulé de la visite du chef de l’État, qui on le sait prolonge son voyage vers Cuba et Haïti. Les journalistes de l’Hexagone sur l’événement mais encore à Paris posaient eux aussi leurs questions. Émanant de la presse hexagonale, il n’y a eu aucune question sur le Mémorial ACTe. Seul Cuba intéressait les journalistes parisiens. Pas vraiment impliqués, je suis curieux de voir quel traitement ils accorderont à l’événement dans leurs journaux.

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