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L’islam, une réalité en Guadeloupe

NOUVELLE TENDANCE

Ils sont quelques centaines. Les musulmans sont désormais bien présents en Guadeloupe. Parmi eux de nombreux Guadeloupéens convertis à l’islam qui se rendent chaque vendredi aux mosquées de Grand-Champ ou du Raizet. À Gosier, ils peuvent même manger halal. Éclairage.

Les faits sont désormais avérés. Des Guadeloupéens se convertissent à l’islam. Dans quelle proportion ? Difficile d’évaluer le phénomène. Mais il existe bel et bien quelques exemples significatifs de ce nouvel engouement pour Allah. Cela ne veut nullement dire que les convertis sont des djihadistes en puissance, mais Le Courrier de Guadeloupe a voulu connaître les motivations de ceux qui un beau jour adoptent la religion du prophète Mohammed, alors qu’ils sont imprégnés de culture judéo-chrétienne. Nous avons rencontré deux Guadeloupéens devenus musulmans. Ce sont deux personnalités connues. Ils ont des parcours différents. Le premier c’est Hippomène Léauva artiste, chanteur ayant beaucoup œuvré dans le domaine social. L’homme connaît bien le monde de la rue. Il sait à quel point la misère sociale peut faire des ravages dans les cœurs et dans les esprits. Sa conversion est toute récente, et Hippomène tenait à le faire faire savoir publiquement. L’ancien chanteur des Vickings se dit heureux d’avoir rencontré le Prophète et la sérénité. Dimitri Zandronis est le second guadeloupéen musulman. L’homme dégage un calme et une affabilité impressionnants. Réalisateur de talent, il est connu dans le milieu audiovisuel pour son grand professionnalisme. Lui, c’est l’amour qui l’a conduit jusqu’à Allah. Mais pas seulement. Une indicible quête de spiritualité et de justice sociale avait déjà creusé le sillon. Comment et pourquoi Dimitri Zandronis et Hippomène Léauva ont rencontré Allah ? S’ils sont des exemples bien en vue, nos deux convertis ne sont pas les seuls musulmans de la Guadeloupe. Deux mosquées l’une à Grand-Champ, l’autre au Raizet aux Abymes accueillent chaque vendredi quelques fidèles pour la prière de 13 heures. Faisant de la Guadeloupe pays de culture judéo-chrétienne un territoire où la confession musulmane est une réalité. Et puis ne soyez plus étonnés, il existe désormais un restaurant dans le bourg du Gosier qui vend couscous et autres plats orientaux mais aussi bokits et agoulous Halal. Les temps changent. Y compris en Guadeloupe.

 

SOUS LE CHARME DU PROPHÈTE

Moi Hippomène Léauva récemment converti à l’islam et fier de le montrer

L’ex chanteur des Vickings a franchi le pas et, a adopté la religion musulmane. Il se dit désormais plus serein et prend pour modèle la vie du prophète Mohammed.

Hippomène Léauva : J’ai décidé de me convertir à l’islam. Ce que j’ai fait tout récemment (ndlr après les événements de Charlie Hebdo) et de le rendre public. J’avais déjà eu une première approche de la religion musulmane. J’étais allé en Algérie et là j’avais rencontré un musulman d’une extrême gentillesse qui m’avait déjà enseigné quelques vérités sur l’islam. Et puis tout dernièrement, j’ai rencontré une femme qui a fait naître entre moi une vraie sensation d’apaisement. Ce n’est pas une relation amoureuse. Il n’y a entre nous aucun lien sentimental, au sens où on l’entend habituellement entre un homme et une femme. Cette femme est une Antillaise. Elle est mariée et a des enfants. Mais elle irradie la sérénité et sa parole est empreinte d’une grande sagesse. C’est elle qui m’a convaincu et m’a dit que la religion musulmane m’aiderait à me resituer. Elle m’a expliqué beaucoup de choses sur la religion. Comment il fallait la vivre. Et puis la vie du prophète Mohammed m’a passionné. J’ai donc décidé de me convertir. Et c’est je crois la décision la plus importante que j’ai jamais prise de toute ma vie.

LCG : Pourquoi cela ?

H.L. : Je me sens plus serein. Ma vie a désormais un sens. C’est important. Très important pour moi.

LCG : Et cela se passe comment une conversion à l’islam ?

H.L. : Il faut se préparer spirituellement mais il faut aussi une préparation du corps. Il faut faire une grande ablution (se laver entièrement) et se présenter devant l’iman qui vous reçoit. Il vous explique devant d’autres fidèles la gravité et le sens de votre démarche et prononce quelques paroles qui signifient que le prophète vous accueille. Ensuite vous dîtes quelques formules qui font de vous un vrai musulman. Les autres fidèles présents expriment leur joie et répètent Allah est grand. Après, il faut s’astreindre à un comportement. Je dois observer les règles de la religion. D’abord faire mes cinq prières par jour. Mais il n’y a pas que cela. Il faut aller à la mosquée chaque vendredi à 13 heures. Ne pas manger n’importe quoi. Le porc par exemple. Mais cela ne suffit pas. Vous devez éviter les affrontements éviter les lieux où on pourrait vous chercher querelle et déboucher sur une rixe, de la violence. Cela ne veut pas dire que vous devez accepter n’importe quoi. Mais vous devez toujours faire en sorte d’éviter des affrontements.

LCG : Pourquoi cette conversion juste après les événements de Charlie Hebdo ?

H.L. : Cela n’a pas grand-chose à voir. Le processus était déjà enclenché. J’étais déjà dans la mouvance. Et puis je tiens à dire que le prophète Mohammed n’a jamais demandé à personne d’aller tuer en son nom. Quand on connaît la vie du prophète on se rend compte qu’il s’agit toujours de paix, de miséricorde et certainement pas de meurtre. C’est aussi une religion de grande tolérance. Ainsi, la religion édicte des principes. Mais personne ne viendra vous obliger à quoi que ce soit. C’est vous qui voyez. Vous ne serez pas banni ou chassé si vous allez dans une boîte de nuit. Le prophète Mohammed est un homme de tolérance et la religion musulmane aussi. Mais vous aurez toujours des signes qui vous feront comprendre où est le droit chemin.

LCG : Vous êtes un homme de musique, un artiste, vous renoncez désormais à tout cela ?

H.L. : Non, pas du tout. Je suis toujours un chanteur. Mais désormais, je ne chanterai pas n’importe quoi. Je ferai attention aux textes. Si les Vickings donnent un concert à une occasion quelconque, leur cinquantième anniversaire par exemple je serai là. Respecter la religion ce n’est pas non plus se mortifier.

 

CLAIR ET NET

Dimitri Zandronis :  » Il y a des gens qui sélectionnent deux ou trois sourates, leur faisant dire ce qu’ils veulent « 

Dimitri Zandronis est Guadeloupéen, un réalisateur de grande qualité. Il s’est converti à l’islam tout jeune. Pour lui la religion musulmane n’a rien à voir avec les tueries perpétrées par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly.

Dimitri Zandronis : Je suis né dans une famille de culture chrétienne. Mon père et ma mère sont cependant athées et indépendantistes. Mais ils m’ont toujours dit : quand tu seras grand, tu choisiras. À l’adolescence, j’ai entamé une quête de spiritualité. À 18 ans, étudiant, j’étais toujours dans cet état d’esprit. Je rencontre alors celle qui sera ma femme. Elle est Algérienne. Musulmane mais pas pratiquante. C’est une relation solide. Nous nous aimons. Mais elle m’explique que pour aller plus loin, fonder un foyer, avoir des enfants, il faut que je me convertisse. Mon premier réflexe a été de dire non. Mais je suis amoureux et j’accepte de faire l’effort pour savoir ce qu’est la religion musulmane. Je commence à m’y intéresser. J’ai alors des réminiscences. Je me souviens d’avoir été bercé de récits portant sur les organisations noires américaines, les black muslim par exemple. Cela me permet de m’accrocher à quelque chose de déjà entendu. C’est toutefois comme une grande nébuleuse. Il y a un vrai questionnement, mais pas de réponse. Et puis sort le film de Spike Lee sur Malcom X et là c’est le vrai déclic. En 1995, je décide de me convertir. Mais j’ai quand même beaucoup de doutes. Je décide alors de faire un test avec Dieu. À l’époque, je suis à Toulouse. Je vais à la cérémonie de conversion et je me dis : si Dieu existe l’iman qui présidera à ma conversion sera noir. Nous sommes à Toulouse. C’est un contexte plutôt arabophone. J’arrive à la mosquée, L’imam qui vient à ma rencontre est un noir ! C’est un universitaire, directeur du CNRS. Un scientifique. Homme de grande sagesse. Il a su trouver les mots qui m’ont définitivement convaincu. Par la suite, j’ai rencontré quelqu’un proche de la mouvance du groupe islamique armé (GIA). C’est très courant, dès qu’il y a un nouveau converti, les frères l’entourent et cherchent à le guider. Un peu trop… Lui voulait m’inculquer des principes disons rigides, stricts. Je me souviens très bien. Il m’a dit que je devais porter mon pantalon au-dessus de la cheville (jambé d’lo). Je lui ai fait remarquer que l’imam portait son pantalon comme moi. Il m’a expliqué que c’était un faux imam. Je retourne donc vers l’imam qui m’explique qu’il y a des gens comme ce musulman qui sélectionnent deux ou trois sourates et qui l’interprètent à leur manière, leur faisant dire ce qu’ils veulent.

Le Courrier de Guadeloupe : Le parcours que vous décrivez est-il propre à la plupart des convertis guadeloupéens ?

D.Z. : Je ne pense pas. Pour moi, il n’y a pas de schéma. Mon parcours est particulier. J’ai mon propre background. Mes parents m’ont donné une éducation qui fait une large place à la conscientisation.

LCG : A combien évaluez-vous le nombre de musulmans en Guadeloupe?

D.Z. : C’est compliqué à évaluer. Il y a deux mosquées. On s’y retrouve à peu près à 200 le jour de la prière. Mais il y en a qui n’y viennent pas. J’ai entendu une fois le chiffre de 2 000 à la radio. C’est peut-être l’estimation de la police. Mais cela me semble excessif. Idem sur la même radio, j’ai entendu qu’il y avait 50 djihadistes en Guadeloupe. Là c’est carrément farfelu !

LCG : Quel est votre sentiment quant à l’assassinat perpétré contre les caricaturistes de Charlie Hebdo?

D.Z. : Sur cela, je suis absolument catégorique. Je condamne fermement. Car c’est un acte terroriste. L’islam veut dire paix. Quand tu tues un innocent c’est comme si tu avais tué l’humanité entière. Cela dit, la religion en l’occurrence musulmane n’est qu’un prétexte. Les jeunes où qu’ils soient dans les banlieues ou en Guadeloupe sont en souffrance. Ils ont un avenir bouché et sont désespérés. Kouachi a pris l’islam pour prétexte mais il aurait pu agir sous la férule du grand banditisme. La vraie question est la suivante : que fait-on pour cette jeunesse qui n’a plus de conscience et qui n’a plus envie de vivre ?

LCG : C’est à votre avis plus un problème de misère sociale que d’idéologie religieuse ?

D.Z.: Il y a télescopage. C’est sûr. Mais la cause profonde c’est la désespérance de tous ces jeunes. J’ai dispensé une formation audiovisuelle aux jeunes dans les quartiers Henri IV et Bergevin. Chaque jour, ils y étaient deux ou trois à ne pas venir. En réalité, ils allaient enterrer leurs potes qui étaient morts lors de règlements de compte. Un jour, j’ai demandé à l’un d’entre eux de m’expliquer son problème. Il avait 20 ans. Il m’a répondu. Je sais que je n’atteindrai pas 25 ans. Alors j’en rien à foutre. Si quelqu’un m’emmerde, je le tue ! Quelques jours plus tard, il avait effectivement tué quelqu’un. Moi, j’ai eu un autre parcours. La religion musulmane m’aide à être un bon père, un bon mari et un bon professionnel.

 

LEXIQUE

Petit précis de l’islam

Alors que la religion musulmane traverse une crise importante, Le Courrier de Guadeloupe livre un lexique pour faire le point.

Islam : Pour les musulmans, l’islam est une révélation en langue arabe de la religion originelle de tous les prophètes, parmi lesquels Adam, Noé et Jésus. C’est aussi un retour à la religion d’Abraham caractérisée par une soumission totale au Dieu unique Allah. En ce sens le Coran devient la voie d’Ibrahim. L’islam reconnaît les deux autres grands monothéismes que sont le judaïsme et le catholicisme, même s’il conteste la véracité de certains passages de la Bible et de la Torah.

Le Coran : Le livre sacré de la religion musulmane est un recueil de la parole de Dieu révélée au Prophète par l’ange Gabriel dans la grotte d’Hira où il avait l’habitude de se retirer pour méditer. Le mot Coran en arabe signifie rassembler ce qui est épars.

Mahomet, le mot honni : Muhammad ou Mohammed est le nom historique du Prophète. La déformation  » Mahomet  » est péjorative pour les musulmans. Car selon l’étymologie, Mahomet signifie  » celui qui n’est pas loué  » par la négation qu’implique le préfixe  » Ma « . A contrario Mohammed signifie celui qui est digne d’être loué. Cette déformation largement répandue – attribuée à Voltaire – fait donc de Mahomet un anti-Mohammed.

Halal/Haram : Halal désigne ce qui est permis par l’islam.  » Dhabiha  » désigne l’abattage rituel. «  Dhabiha halal  » est donc toute viande permise par l’islam.

Par contraction, on le confond à l’expression. Par opposition, Haram regroupe tous les interdits de la religion.

Djihad ou jihad (djihâd/jihâd) : C’est certainement la pratique de la religion musulmane qui a été la plus dévoyée par l’islam politique. Le djihad désigne, la lutte la résistance, voire une guerre menée au nom d’un idéal religieux. Il existe quatre types de djihad : par la langue, le cœur, la main et l’épée. Le djihad par le cœur incite tout musulman à s’améliorer, à livrer une bataille intérieure pour devenir meilleur pour lui et pour la société. La persévérance, et la recherche de la connaissance sont autant de djihad. Ce n’est que dans des cas précis que le djihad désigne une lutte armée, c’est alors le  » djihad mineur « . Au cours des siècles, il n’a été mené qu’à l’encontre de sectes ou de tribus musulmanes hérétiques. Les différentes interprétations ont mené à ce que le djihad devienne un synonyme systématique de la guerre sainte. Or, Mohammed, de retour de bataille le définira strictement en disant  » Nous sommes revenus du plus petit djihad (al-jihad al-Asghar) pour le plus grand djihad (al-jihad al-akbar) « . Lorsqu’on lui a demandé :  » Quel est le grand djihad ? « , il répondit :  » C’est la lutte contre soi-même « .

 

PORTRAIT

Islem, l’enfant de chœur devenu restaurateur halal

De parents catholiques pratiquants, rien ne destinait Islem à se convertir à l’islam. Il prépare maintenant des bokits et des agoulous halal en plein bourg du Gosier.

Lorsqu’Islem arrive à la Mosquée, le vendredi 30 janvier dernier, les sourires se multiplient. « Je ne suis pas venu plusieurs fois, j’avais des problèmes de voiture. C’est pour ça qu’ils sont aussi contents de me voir « , justifie-t-il avec un petit sourire. Guadeloupéen, élevé dans le catholicisme, rien ne le destinait à embrasser la foi musulmane. Ses parents, croyants et pratiquants, lui donnent une éducation religieuse poussée aux côtés de sa sœur et de ses quatre frères. Il passe son enfance comme enfant de chœur à l’église du Sacré-Cœur à Pointe-à-Pitre. Il sert avec ferveur, à tel point qu’il veut devenir prêtre. Sa foi le pousse à étudier la théologie, il réfléchit au séminaire… Puis part en Martinique étudier les sciences économiques.  » C’est à ce moment que j’ai lâché les ordres. Il a fallu que je fasse un choix « , explique-t-il. La religion musulmane prend pour lui une réalité tangible lorsqu’il apprend que son petit cousin a embrassé l’islam. À l’époque, il n’est pas vraiment convaincu par cette conversion.  » Quand je l’ai appris, c’était à l’époque des attentats de 1995 à la station Saint-Michel. J’ai tout de suite pensé au terrorisme, surtout qu’il fréquentait des mosquées radicales en région parisienne. Du coup, il était un peu rejeté par la famille, on évitait de l’appeler… « , raconte-t-il. En 2008, malheureux, il désirait plus que tout avoir une femme aimante et respectueuse.  » Je me suis mis à prier. Je l’ai demandée à Dieu, en lui promettant que s’il exauçait mon souhait, je prierai tous les jours. Et même plusieurs fois par jour. Sans savoir qu’un musulman doit prier cinq fois par jour ! « , confie-t-il.

Le signe attendu

Lorsqu’une amie commune met Imène sur sa route, tunisienne et musulmane, il réalise que c’est le signe qu’il attendait. En février 2009, à 38 ans, il se convertit.  » L’islam est la religion de la paix, de l’amour. Elle englobe tout, et pousse à avoir un bon comportement envers tout le monde. De nos jours, et en Guadeloupe en particulier, ça manque… « , argumente-t-il. Imène et lui sont désormais mariés. Leur enfant, 15 mois, gambade joyeusement dans le restaurant halal qu’ils ont créé ensemble, le Yakeen, en plein cœur du bourg du Gosier. Et dans leur menu, on trouve aussi des bokits et des agoulous. Halal, bien sûr. Islem y a trouvé une façon de marier sa culture et sa foi. Et son entourage ? Qu’en ont-ils pensé ? «  Depuis ma conversion, mes amis n’ont pas du tout changé d’attitude envers moi. Ils ne me proposent simplement plus d’alcool, par exemple « , indique-t-il. En plus du restaurant, Islem est aussi boulanger.  » Mon patron aussi n’a pas mal réagi. La dernière fois, il avait apporté du champagne pour les employés, et du Champomy pour moi « , s’amuse-t-il. Au début, il se cachait de sa famille pour ses prières quotidiennes, et ne disait pas quand il allait à la mosquée. Mais il a fini par le révéler à son père, qui l’a plutôt bien accepté. Il lui arrive maintenant de partager les repas de famille, même à Noël avec le riz et les pois d’Angole, mais en remplaçant le porc par de la morue, par exemple.

La nourriture halal

Il y a très peu de diversité en Guadeloupe, à la fois pour manger eux-mêmes, mais aussi pour approvisionner le restaurant.  » J’ai parfois l’impression que les Guadeloupéens ont un certain rejet de l’halal. J’entends parfois des conversations quand les passants voient la mention sur la pancarte, disant que c’est de la viande sacrifiée et qu’il ne mangerait pas ça. Et puis de toute façon, s’il n’y a pas de rhum et de porc, ça ne les intéresse pas « , regrette Imène.

 

VISIONNAIRE?

Moussa Valier, second imam de la mosquée du Raizet

Très impliqué, il a contribué à créer le lieu de culte lors de son retour en Guadeloupe.

Moussa Valier est un membre très actif de l’association Al Kitab, qui gère la mosquée, et fait office de second imam. Ses parents,  » très spirituels « , l’élèvent dans la foi chrétienne. Sa mère est même pasteur évangéliste. Né à Pointe-à-Pitre, il s’envole vers l’Hexagone à l’âge de trois ans.  » Longtemps avant ma conversion, je me rendais bien compte des incohérences de la Bible. Et puis un jour, un ami m’a parlé du Coran, et m’a montré ses relations avec la science moderne. Le Coran est un véritable livre de science. Ça m’a beaucoup interpellé. J’ai étudié pendant plus de deux ans et demi, fait beaucoup de recherches, et ce que j’ai découvert m’a poussé à me convertir « , raconte-t-il. Il se souvient de la date exacte, le 19 février 1991. À l’époque, il a 21 ans. Le temps passe, et il devient cadre dans une société de télécommunications. En janvier 2006, il est muté en Guadeloupe, de retour sur sa terre natale.

Entre temps, Moussa a étudié l’arabe littéraire, la théologie musulmane, la civilisation arabo-musulmane et s’est passionné pour l’étude comparée des religions. Lorsqu’il revenait voir sa famille, tous les trois ans, il se rendait à la mosquée de Grand-Camp. Mais maintenant qu’il s’installe de nouveau en Guadeloupe, il décide d’œuvrer à la création d’un second lieu de culte avec l’aide de celui qui allait devenir l’imam de la mosquée du Raizet, Abdallah Bordi.  » Je pense que chaque territoire a besoin d’une pluralité de mosquées, avec des sensibilités différentes. Au Raizet, nous sommes plus portés sur la transmission, la théologie « , explique-t-il. La création de la mosquée a été simple. Ils ont pour l’occasion constitué une association, et la salle a été mise à leur disposition par une fidèle.

Carré musulman au cimetière

Lorsque sa mère apprend qu’il s’est converti par une voisine, cela l’attriste.  » Cela venait de la perception qu’elle avait de l’islam, de sa méconnaissance. J’ai dû lui montrer, de par mon comportement et mes connaissances, les bénéfices que ma foi m’apportait. Lorsqu’elle a vu ça, elle a compris et m’a dit de rester dans ma religion.  » Quant à sa fille, Moussa dit lui apporter une éducation religieuse, mais respectera le choix individuel qu’elle fera.

La prochaine étape ?  » Nous voulons créer un cimetière musulman, ou du moins obtenir un carré musulman dans un cimetière. Pour l’instant, nous n’avons pas pu. De même, nous voudrions aussi construire une mosquée. Rien de gros, nous sommes une petite association. Vous savez, au tout début de la mosquée, nous n’étions que quatre… Nous avons fait du chemin depuis. À bien regarder, le fait que l’islam se développe en Guadeloupe est un certain retour des choses. Car, à l’époque où les esclaves ont été arrachés d’Afrique et amenés ici, ils étaient originaires de pays où l’islam était présent, comme le Mali où le Sénégal. Une partie au moins des esclaves, dont est issue 80 % de la population guadeloupéenne, était vraisemblablement musulmane « .

 

REPORTAGE

À l’ombre de la mosquée de Grand-Camp…

En ce vendredi de grande prière, les fidèles arrivent lentement devant la mosquée du Raizet, aux Abymes. Seule une pancarte verte (couleur de l’islam) et sobre au-dessus de la porte annonce  » Mosquée Al Médina « . Un hommage à Médine, la ville des martyrs. Chacun se salue, les « assalamu alaykoum » fusent. Littéralement, l’expression peut être traduite par  » que la paix soit sur vous « . Elle est utilisée par les musulmans pour se dire, entre autres, bonjour. Pour s’abriter du soleil ardent de 13 heures, la plupart se réfugient à l’ombre et s’appuient sur les grilles du collège du Raizet, de l’autre côté de la rue.  » L’imam est en retard, il vous prie de l’excuser, il est pris dans les embouteillages « , annonce l’un des  » frères « , comme ils se nomment entre eux, le portable à la main. La fraternité qu’ils affichent les uns envers les autres, frappe au premier coup d’œil. L’un des croyants possédant le code de l’entrée finit par arriver et invite tout le monde à rentrer. Les fidèles, exclusivement des hommes, passent un à un l’entrée exiguë de la mosquée et montent l’escalier qui mène à la salle de prière, à l’étage, au-dessus d’un salon de coiffure. Ils se déchaussent et effectuent leurs ablutions dans la pièce dédiée pour se purifier. Immédiatement, chacun se met à prier. Avant de s’asseoir, chaque musulman doit effectuer deux raka’t (unités de prières) comme à chaque fois qu’il pénètre le lieu sacré. Pas de banc, chacun s’installe à même le sol. La décoration est simple. Une horloge pour l’heure, des descriptions de prières, un tableau noir avec des craies… Et des livres sur les murs. Beaucoup de Corans, mais aussi la vie du prophète Mohammed. Les fidèles ouvrent les livres en attendant l’imam et discutent à voix basse.

Aimer le Prophète

Petit à petit, les retardataires arrivent. Ils sont une quarantaine. Des Guadeloupéens, mais aussi des Maghrébins et Africains noirs. Quelques rares enfants sont présents. Lorsque celui qui dirige la prière, l’imam Abdallah Bordi, reconnaissable avec sa barbe rousse, finit par arriver, les conversations cessent. Immédiatement, l’appel à la prière résonne. Le recueillement commence. L’imam se met ensuite à prêcher. Il exhorte ses ouailles à suivre l’exemple du Prophète, à se soumettre à sa loi. D’ailleurs, musulman signifie  » celui qui se soumet  » ou  » celui qui est soumis  » au Dieu unique, Allah, et à l’enseignement de Mohammed, son prophète.  » Tous les musulmans doivent aimer le Prophète d’un amour parfait et complet, plus encore que son père ou son fils, ou n’importe qui d’autre. Le musulman doit même l’aimer plus que lui-même. Et pour prouver l’amour que vous portez au Prophète, vous devez apprendre sa vie et l’imiter dans son bon comportement. Le musulman doit se remettre en question en permanence afin de suivre au plus près le modèle du Prophète et du Coran « , annonce l’imam.

Et parmi le bon comportement du musulman, la non-violence occupe une place de choix.  » Même lorsque que l’on blesse les musulmans à travers le Prophète, même lorsqu’on vous fait du mal, vous ne devez jamais répondre par la violence. Le Prophète n’a jamais répondu à la violence, il n’y a aucun acte de violence dans la sunna « , continue-t-il. Malgré les fenêtres ouvertes, une chaleur suffocante a lentement envahi la petite pièce. Les visages, concentrés, se couvrent de sueur. Pour illustrer ses propos, Abdallah Bordi prend l’exemple d’un bédouin qui était venu uriner dans une mosquée où priait le Prophète. Lorsque les fidèles ont voulu le malmener et l’expulser pour son manque de respect, Mohammed les en a empêchés, leur disant de délaisser la violence et de simplement verser de l’eau sur l’urine pour la purifier. Impressionné par le comportement du Prophète, le bédouin se serait alors converti.

Conversion

Abdallah Bordi continue son prêche en disant que le bon musulman respecte ses voisins, même des autres religions. «  Si quelqu’un ne respecte pas les enseignements du Coran et du Prophète, même s’il se dit musulman, même s’il vit parmi les musulmans, même s’il porte un nom musulman, il n’est pas musulman « , prévient-il. Des paroles d’une brûlante actualité après les attentats de Paris, en janvier dernier.  » D’une brûlante actualité pour vous, peut-être « , rétorque un fidèle lorsque Le Courrier de Guadeloupe pose la question, après la prière collective qui suit le prêche.  » Vous seriez venus il y a six mois, vous auriez entendu la même chose « . Un discours qui, visiblement, séduit. Car aujourd’hui, comme un autre le vendredi d’avant, un homme est venu se convertir. Entouré de fidèles et de l’imam, il récite la chahada, la profession de foi de l’islam :  » J’atteste qu’il n’y a pas de divinité excepté Dieu, et j’atteste que Mohammed est le messager de Dieu « . Dite avec sincérité, cette simple phrase est la porte d’entrée vers la foi musulmane. Autour de lui, tous exultent.  » Dieu est grand « , répètent-ils inlassablement.

 

DEUX CLÉS

Pourquoi les sunnites et les chiites sont-ils divisés ?

Le prophète Mohammed, fondateur de l’islam, s’est éteint le 8 juin 632. Bien qu’il ait eu neuf femmes légitimes, il ne laisse aucun héritier pour lui succéder. Après une brève lutte de succession, c’est Abou Bekr, le beau-père de Mohammed, qui est désigné pour prendre la tête des croyants. Il devient ainsi le premier calife (« remplaçant » en arabe). Ali, gendre et fils spirituel de Mohammed, conteste cette élection. La scission entre sunnites et chiites est actée. Les sunnites prennent le parti d’Abou Bekr en qui il voit le plus sage et le plus méritant des croyants. Les chiffres se revendiquent du parti d’Ali. Aujourd’hui, les sunnites sont majoritaires et représentent 85 % des musulmans du Monde. Les pays à majorité chiite sont l’Iran, l’Irak, l’Azerbaïdjan et Bahreïn (source : lemonde.fr).

Peut-on encore parler de califat ?

En juin 2014, les djihadistes de l’État islamique ont autoproclamé le rétablissement du califat sur le pan de terre qu’il domine entre l’Irak et la Syrie. Or, le califat est un régime politique disparu. Le dernier califat reconnu par l’Histoire de l’Islam est le califat ottoman d’Istanbul. Il a été proclamé en 1517 et aboli en 1924. Le dernier calife, Abdulmejid Efendi, était donc Turc. Après la chute de l’empire Ottoman, il a dû s’exiler en France où il meurt en 1944.

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