Ainsi va la Guadeloupe. Toujours prête à s’enflammer jusqu’à l’excès, à proférer des sentences et des imprécations. À confondre indignation, colère, douleur et fermeté d’un côté, et de l’autre, abomination, appel à l’épouvante et à la lapidation. Tout cela, caché derrière un téléphone sur les ondes d’une radio qui, parce qu’elle garantit l’anonymat permet toutes les outrances, voire l’horreur. Aucun contrôle. Au bout de la ligne, celui qui devrait pondérer, argumenter, encourage par son silence, son interlocuteur à glisser sur la pente dangereuse de la déshumanisation. Nous avions eu droit aux mêmes dérapages, aux mêmes excès en 2009 sur les radios, à la période du LKP. La nuit surtout. Moment privilégié où se déverse en continu le flot de tous les délires.
Soyons clairs. Le crime perpétré à l’encontre du jeune Yohan Equinoxe est odieux. Il heurte au plus profond de nos entrailles, notre sensibilité et nous remplit de tristesse. Ce crime fait naître aussi en nous une sourde colère contre la vacuité et le geste à la fois imbécile et cruel de son auteur. Lorsque nous pensons à la mère, au père au frère à la sœur de Yohan, notre esprit vacille et s’obscurcit. L’indicible le dispute à l’innommable. Le crime mérite un châtiment exemplaire. Ce sera le signe d’une grande fermeté de la part de notre société et la marque d’une justice implacable et non d’une vengeance inepte qui la disqualifierait.
La posture de pourfendeur de tout crin est d’autant plus incongrue, que dans le même temps circulent sur les réseaux sociaux, des vidéos qui montrent Yohan Equinoxe assis, encore lucide en train de se vider de son sang. Il n’est pas venu à l’idée de ceux qui filmaient de lui porter secours, ne serait-ce que lui faire plus qu’un garrot. Il s’est trouvé en revanche, plusieurs voyeurs pour se délecter de la vision d’un enfant qui meurt. Mieux, leur premier réflexe a été de filmer. Filmer la souffrance et la mort, quel exploit ! Et ce n’est pas tout. La chaîne des imbécilités ne s’arrête pas en si bon chemin. Les gens qui reçoivent ces vidéos ont le courage de se passer et de se repasser le film de l’agonie d’un adolescent, de l’envoyer à une kyrielle d’abêtis qui pour rien au monde ne mettront fin à cette ronde macabre.
Curieuse société où on n’a pas le moindre réflexe pour sauver une vie et où on préfère savourer une vision de la souffrance et de la détresse. Tout aussi curieuse, est cette même société qui engendre les indignés d’un soir, les révoltés éphémères et les justiciers à la courte vertu. Que dire enfin de cette société rendue folle par un objet – en l’occurrence le téléphone portable – qui au lieu d’être un simple outil de communication, a réussi à transformer certains en assassins, et d’autres en idolâtres. La criminalité et la bêtise trouvent toujours un terreau propice à leur épanouissement. C’est indéniable. Il faudra tout de même un jour s’interroger quant à l’impact du portable, des réseaux sociaux et autres avatars des nouvelles technologies sur l’escalade de la délinquance. Il faudra aussi revoir à la hausse, l’âge minimum nécessaire pour confier un tel objet à un enfant. À défaut, il nous faut nous préparer à l’émergence d’une société d’addictés. Avec les événements qui viennent de secouer la Guadeloupe, nous avons un aperçu de l’impasse où cela peut mener.
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