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Les illustres Guadeloupéens mal défendus

Le recueil officiel des noms de personnalités de la diversité, suggérés pour rebaptiser rues, places, jardins ou lieux publics, compte peu de Guadeloupéens.

 

Si un élu des Vosges ou un président d’Université ou un responsable de transports cherchent demain dans « Portraits de France » le nom d’un Guadeloupéen à honorer pour baptiser une rue, une salle des fêtes, une promotion d’élèves ou une station de métro, ils risquent d’être déçus. Ils ne sont en effet que dix (et encore, lire ci-dessous) à figurer à l’index « Guadeloupe » dans la liste des 318 biographies « officielles » retenues dans ce recueil de noms de personnalités « qui ont contribué à notre histoire, mais n’ont pas encore toutes trouvé leur place dans notre mémoire collective », comme l’écrit le ministère de la Ville sur son site. Remis ce 12 mars à la ministre de la Ville Nadia Hai, suite à une annonce d’Emmanuel Macron début décembre, ce recueil a été élaboré par un conseil scientifique de 18 membres, présidé par l’historien Pascal Blanchard. Un travail auquel le ministère des Outre-mer, comme ceux de l’Éducation et de l’Égalité des Chances, mécontents, avait refusé d’être associé en décembre. Et sur lequel il décline donc aujourd’hui toute responsabilité. « Nous n’étions pas favorables à une liste, qui crée forcément des déçus. Autant on souscrit à l’annonce du président de la République d’avoir des noms de rues plus diversifiés, autant faire une liste où on mélange autant de noms différents, ne nous semblait pas la bonne méthode », explique Ziad Gebran, conseiller presse de Sébastien Lecornu. Selon lequel le ministre souhaitait ne pas associer « ceux qui sont français depuis plus de 200 ans et des immigrés plus récents ». Reste qu’au final, des Ultramarins qui auraient pu gagner à être connus resteront dans l’oubli.

Figures vivantes

Contacté par Le Courrier de Guadeloupe, le ministère de la Ville indique que la ministre ne voulait pas que le politique décide de qui pouvait ou pas figurer sur la liste. La composition du conseil scientifique (historiens, sociologues, journalistes, muséographes, etc.) a exclu tout acteur politique. Et c’est ce conseil de 18 personnes qui a fait les sélections par consensus, puisque si deux membres rejetaient quelqu’un (pour biographie incomplète aussi bien que parce que son apport à la France n’aurait pas été jugé suffisant), la fiche n’était pas retenue. Au final, le recueil ne comporte pas 500 biographies comme annoncé, mais seulement 318.

Le petit nombre des Guadeloupéens retenus tient-il à la composition du conseil scientifique, dans lequel, mis à part la journaliste Isabelle Giordano (de mère guadeloupéenne), seule l’actrice et productrice France Zobda née en Martinique, avait un lien professionnel avec l’Outre-mer et les Antilles ? Le ministère de la Ville annonce que ce recueil est ouvert à tout le monde, et peut être complété. Il annonce aussi qu’un deuxième recueil officiel devrait être publié prochainement. Peut-être l’historien Claude Ribbe, biographe du général Dumas et du chevalier de Saint Georges, recruté l’été dernier au ministère des Outre-Mer comme conseiller Culture, Éducation et Mémoire, aura-t-il cette fois des noms à suggérer ? Étant au cabinet, le ministère de la Ville avait considéré qu’il est déjà un « politique » mais indique que lui ou d’autres peuvent apporter leurs contributions.

Enfin, si Portraits de France ne contient que des personnalités décédées, une liste de suggestions de figures vivantes de la diversité sera bientôt mise en ligne, annonce le ministère de la Ville. Une piste d’athlétisme a été baptisée Marie Josée-Pérec en décembre 2020 au Creps Antilles Guyane situé aux Abymes. Une rue Teddy Riner a été inaugurée à Asnières en 2017. Des exemples qui illustrent combien la Guadeloupe ne manque pas de « figures vivantes remarquables ». De quoi trouver l’occasion de combler le manque de visibilité des Guadeloupéens qui font briller la France.

 

Dix Guadeloupéens… et encore

Sur les dix noms retenus dans la section Guadeloupe du recueil Portraits de France réalisé sous l’égide du ministère de la Ville, près de la moitié sont guadeloupéens par alliance ou assimilés en raison de leur contribution à l’Histoire. Ainsi, la danseuse, chanteuse et actrice Marie Berthilde Paruta (1907-1999), devenue « Darling Légitimus » du nom de son compagnon Etienne, fils du député de Guadeloupe Hégésippe Jean Légitimus), est Martiniquaise née au Carbet. Figure de la France Libre, Manon Tardon (1913-1989), qui recueillit la reddition allemande aux côtés du général de Tassigny en mai 1945, était fille de planteur martiniquais, mariée à l’avocat guadeloupéen Jack Sainte Luce Banchelin. De même Louis Delgrès (1766-1802), militaire et abolitionniste est né libre en Martinique. Il est célèbre pour avoir publié la proclamation du 10 mai 1802 contre le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe par Richepance, envoyé de Bonaparte. Enfin Félix Éboué (1884-1944), gouverneur de Guadeloupe de 1936 à 1938, est né en Guyane. Il fut résistant de la première heure, gouverneur de l’Afrique équatoriale Française et Compagnon de la Libération.

Pas de surprise en revanche à retrouver les noms du compositeur et musicien Joseph Bologne de Saint-George (1745-1799), dit « chevalier de Saint-George », né à Baillif. Jean Hégésippe Légitimus (1868-1944), député socialiste à 30 ans, maire de Pointe-à-Pitre et fondateur du mouvement socialiste de Guadeloupe, est le premier député de couleur de la IIIe République. Il a défendu l’émancipation des noirs, par l’accès aux élections ou aux études supérieures. Le poète Guy Tirolien (1917-1988), engagé dans la Négritude aux côtés de Césaire, Senghor et Damas, est l’auteur de Prière d’un petit enfant nègre et de Balles d’or. Camille Mortenol (1859-1930), premier guadeloupéen entré à Polytechnique, fut un officier de marine. il s’est illustré dans la défense aérienne de Paris en 1918. Né à Pointe-à-Pitre, Charles Lanrezac (1852-1924), général prudent, préféra en 1914 désobéir à Joffre et préserver son armée.

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