« An sé on bèt a fé ka kléré lannwit ». Le slogan de la troisième édition du Mabouïca festival annonce l’arrivée d’un nouveau concept. Toujours dans un esprit de partage et d’échange.
La musique résonne dans tout Pliane, au Gosier, ce dimanche 20 novembre soir. Après deux éditions à succès, le Mabouïca fest a choisi d’innover pour cette troisième version « by night ». Le « Bet a fè » s’est installé au Zion park, le bar-restaurant musical rasta incontournable pour les amateurs de musique. À l’entrée l’accueil est convivial. Un soleil dessiné sur le poignet fait office de pass pour accéder à l’événement. « Passez une bonne soirée, dans la joie et la bonne humeur ! » Le ton est donné. L’ambiance est tamisée, un mélange de couleurs rend l’atmosphère quelque peu mélancolique. Sur la gauche, les stands de « Food lokal » sont installés. Widdy Grego, connu pour ses préparations à base de farine de manioc propose des kassaves 100 % locales, sucrées ou salées. Juste à côté l’équipe Caribbean waffle s’affaire à la confection de ses gaufres aux saveurs de chez nous. En continuant un peu plus loin, des artistes tels que Billy Judah ou encore Anais Verspan ont exposé leurs œuvres. Des peintures aux couleurs chatoyantes racontent une histoire. Chaque œuvre retrace un vécu, un passé.
Un DJ set plus pointu
Avant que les DJ’s ne s’emparent de la scène, le public découvre l’univers de chanteurs amateurs. Le « music lab » est l’espace d’expression et d’expérimentation des artistes. Ça y est, la soirée est lancée. Présentés par le chanteur Bled Miki, les artistes de la nouvelle scène hip-hop de Guadeloupe défilent les uns après les autres. Le public se rapproche doucement de la scène, légèrement surélevée. Après plusieurs passages éclair, c’est au tour des DJs de mettre le feu. « En fait on a vraiment lancé la soirée », souffle l’un des chanteurs. DJ Hey Bony est le premier à passer. Ce Guadeloupéen a de multiples cordes à son arc. Musicien, mais aussi producteur de musiques électroniques, il mélange plusieurs styles de musiques différents. Dancehall, Afrobeats, Afro House, zouk, hip-hop, kompa, future beats, rien ne lui résiste. « Il est bon lui ! » s’exclame un jeune homme vêtu d’une chemise colorée. Enivré par la musique, il esquisse quelques pas de danse. À ce moment, le Zion Park est bondé. Le public se rapproche doucement de la scène. Dans certains recoins on discute, on se découvre. Chanteurs, danseurs, artistes peintre, photographes, créateurs ou créatrices, celles et ceux qui font bouger la Guadeloupe, mais aussi les îles de la Caraïbe par leurs savoir-faire, étaient présents. DJ Ka(ra)mi, seule femme parmi les quatre qui mixent ce soir là, fait une entrée timide. Encensée par tout ce monde, elle arbore un large sourire qui dévoile ses dents d’un blanc éclatant. Derrière ses platines, son casque sur les oreilles, elle enfile son costume de « djette ». « C’est qui elle, elle vient d’où ? », s’enquiert un curieux. Dj, pianiste et productrice basée à Paris, Ka(ra)mi mixe des sons à partir de samples de percussions afrocaribéennes mélangés à des beats aux influences soulfull, chilltrap et house. Les cœurs battent au rythme de la musique. « Boum, boum, boum », les basses vibrent de plus en plus fort. La soirée bat son plein. « Elle est vraiment captivante ! » dit-on de la jeune femme. « Elle ne se contente pas de mixer, tu vois qu’elle prend son pied autant que nous ! » Sur scène, elle est dans son élément. Souriante, elle se déhanche, saute, se lâche. Après une heure de show intensif, un autre DJ prend le relais. Son style original laisse quelque peu perplexe. Vincent Frédéric Colombo n’est pas un DJ comme les autres. D’ailleurs à l’origine il n’est même pas DJ. Ce touche-à-tout est directeur artistique, directeur de casting, modèle, styliste, designer. Et ce soir ce Saint-Claudien mixe pour la première fois sur son île natale. « Il est fou ce mec ! » Extatique, le garçon est comme hypnotisé. Les yeux écarquillés, il n’en revient pas. Et puis, comme pris de violents spasmes il se met à bouger frénétiquement sur la mélodie. Des danseurs qui, jusque-là, mettaient l’ambiance dans la foule, grimpent alors sur la scène pour chauffer (encore plus) le public. Des hurlements s’élèvent, des applaudissements retentissent. « Ansanm ansanm », l’esprit de partage est au rendez-vous. Vincent Frédéric Colombo présente son univers. Il abandonne ses platines de temps à autre pour montrer qu’il maîtrise l’art du « voguing ». Ce style de danse urbaine caractéristique des ball drag, émancipatrice pour la communauté noire LGBT. À la fin de sa prestation, le nouveau DJ est ému. Pour une première, il a rempli sa mission. La foule est en délire et prête à accueillir le dernier DJ de la soirée. Il est minuit passé lorsque DJ Noss, venu tout droit de la Martinique, prend le contrôle des platines. Coiffé d’un chapeau iconique qui rappelle le « Non là » Vietnamien, il captive l’assemblée avec son style hors du commun. « Lui, il a l’air dans son monde, j’ai hâte d’entendre ses mix ». Le son du tambour bélè retentit alors, et laisse le public dubitatif. Un silence de mort envahi le Zion park. Mais lorsqu’il s’empare d’une conque à lambi et que, d’un souffle puissant il laisse s’échapper ce son bien connu, semblable à celui d’une corne, le public explose de joie. Mission accomplie pour le Mabouïca fest.
« Nous préparons 2020 »
Novateur, fédérateur, le concept du Mabouïca fest est « ne faire plus qu’un avec notre culture caribéenne ». Les saveurs locales se dégustent autour de la musique et des arts en tout genre. Une idée qui a germé dans la tête de Guadeloupéens. Rencontre avec la « team Mabouïca ».
Après deux éditions en journée à Pointe-à-Pitre, pourquoi changer ?
Mabouïca : Nous avons un amour tout particulier pour le marché de la Darse et pour la ville de Pointe-à-Pitre. Depuis la création du Mabouïca, nous avons de nombreux concepts que nous souhaitions développer, notamment un événement de nuit. Nous avons également l’envie depuis le début de pouvoir proposer des événements itinérants. Naviguer de commune en commune, et donner une seconde vie aux lieux sous-estimés ou sous-exploités. L’événement de Pointe-à-Pitre reviendra bientôt, cependant il demande beaucoup d’organisations et de logistiques en amont. Nous n’avions pas envie de finir l’année sans proposer quelque chose. C’est ce qui nous a motivé à lancer cette première Édition de la Bèt a fé.
Pourquoi « Bèt a fé ? »
Qui dit nouveau concept, dit nouveau nom. Bèt a Fé c’est luciole en créole. La luciole symbolise cette idée de lumière qui scintille en pleine nuit et qui surtout anime nos nuits. Nous voulions proposer un événement de nuit où le public scintillerait de toute part.
Quel est votre bilan de cette version « by night » du Mabouïca ?
Nous sommes satisfaits. Le public, les DJs et autres artistes ont répondu présents. Et surtout les good vibes étaient de la partie. Le public était beau, les enfants se sont amusés. Nous avons accueilli près de 400 personnes. En termes de difficulté, nous avions très peur de la météo, car ils annonçaient un temps incertain. Après un peu de pluie nous avons eu du beau temps tout le reste de la soirée.
Quelle sera la suite ?
Nous préparons la saison 2020. Le Mabouïca fest au marché de la Darse reviendra, la Bèt a fé également et pourquoi pas d’autres concepts toujours dans la même veine alternative et caribéenne.
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