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Le trafic de cocaïne fait de plus en plus d’adeptes

Le trafic de cocaïne fait de plus en plus d’adeptes

Les couches réputées les plus respectables de la société se laissent tenter par ce trafic odieux, mues essentiellement par les gains colossaux qu’il procure.

En août 2007, 900 kg de cocaïne étaient saisis par les douanes françaises sur un voilier au sud de la Martinique. C’était à l’époque, la troisième plus importante prise opérée par les douanes en mer. Ce qui représentait la valeur de 35 millions d’euros. Depuis, les saisies se sont multipliées chaque fois plus importantes ou plus spectaculaires. De fait, depuis une vingtaine d’années la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane sont devenues d’importantes zones de consommation et surtout des zones de transit, voire de stockage, de stupéfiants, de cocaïne principalement, en direction de l’Europe, de l’Afrique et du continent nord-américain. En 2011, le rapport annuel des douanes confirmait cette triste réalité. Les saisies de cocaïne avaient augmenté selon ce rapport en 2011 de 63 % par rapport à 2010, passant de 5,1 tonnes à 8,3 tonnes. Des saisies réalisées pour la plupart en mer et dans les aéroports. Parallèlement à cette escalade, un élément nouveau s’est fait jour. La poudre blanche n’est plus seulement l’affaire de voyous ou de malfrats.

Les 6 et 7 janvier 2012, la frégate Ventôse des Forces Armées aux Antilles (FAA) a intercepté deux voiliers de trafiquants de drogue avec une quarantaine de ballots de cocaïne.

Le trafic de cocaïne avec des enjeux financiers considérables s’est invité dans les couches jugées respectables de la population. Il faut dire qu’un kilo de cocaïne peut rapporter 70 000 euros à la revente. De quoi tenter plus d’un. L’exemple des vendeurs de bokits et du chef d’entreprise arrêtés la semaine dernière ne fait que confirmer cette tendance. Le trafiquant de cocaïne peut être n’importe qui. Quelques pêcheurs, sans doute parce qu’ils disposent de bateaux ont été les premiers à s’être laissés tenter par le diable. Mais en Martinique des filières particulièrement bien organisées ont été démantelées avec des têtes de pont à la manœuvre parfaitement intégrées à la société et ayant parfois pignon sur rue, et exerçant des métiers tout à fait honorables. On est loin de l’époque où la Guadeloupe entière connaissait l’émoi lorsqu’elle apprenait qu’une dominicaine qui se faisait appeler Négresse contrôlait la plus grande partie du trafic de cannabis venus de la Dominique depuis l’ancien morne La croix non loin de Boissard à Pointe-à-Pitre. On est monté de plusieurs crans depuis. D’abord la cocaïne sans supplanter totalement le cannabis est désormais plus abondante sur le marché. Ensuite, les trafiquants en dépit des succès des services de police et de douane déploient des moyens logistiques de plus en plus importants. Le gang des huit qui avaient pris la couverture bokit, outre les montres de luxe et autres 4X4 saisis, disposait d’un gros bateau, véritable outil de travail. Ceux qui s’adonnent au trafic de la cocaïne le conçoivent désormais comme une activité économique. Ils en connaissent les risques, mais ils ne veulent voir que son aspect lucratif. Ce faisant, ils condamnent surtout les victimes de leur trafic. Des adultes perdus pour la société mais aussi des jeunes scolarisés chaque jour plus nombreux mis sur la pente de la déchéance et de la délinquance.

La cocaïne vient du Venezuela et de la Colombie

Saisies de cocaïne en 2008. Source : Rapport mondial sur les drogues 2010 – Office des Nations Unies contre la drogue et le crime UNODC.

Ce sont des petits bateaux de pêche ou des embarcations sur puissantes qui transportent la cocaïne depuis le Venezuela jusqu’à nos plages en passant par Sainte-Lucie, Dominique et Saint-Vincent. La nuit et sans discontinuer.

Le trafic de la cocaïne sur lequel interviennent les services de la police, de la marine ou de la douane française est divisé en deux flux. Pour le premier, les bateaux partent du Venezuela important pays de transit, pour rejoindre directement les côtes de l’Europe ou de l’Afrique, en passant dans l’arc antillais. Ils peuvent être arraisonnés par les services de la marine ou de la police française. Les Antillais sont rarement concernés par ce circuit. L’autre flux part lui aussi du Venezuela mais aussi de Colombie. Ce sont des petits bateaux de pêche ou des vedettes sur puissantes qui remontent l’arc antillais transportant des dizaines de kilos de cocaïne sur un rythme très fréquent. La marchandise est stockée à Saint Vincent, à la Dominique, à Sainte-Lucie. Elle est ensuite acheminée presque chaque nuit vers certaines plages de Guadeloupe et de Martinique. Arrivée sur le territoire français, 80 % de la cocaïne est réexpédiée vers l’Hexagone. Le reste est consommé localement. Beaucoup sous forme de crack. Les Guadeloupéens et les Martiniquais impliqués dans les trafics assurent la logistique à l’arrivée de la marchandise. Ils aident à transporter, à cacher la drogue et à recruter des passeurs vers l’Europe. Les trafiquants antillais sont payés en cocaïne qu’ils transforment en crack pour le revendre sur place. Le crack, produit particulièrement dangereux fait des ravages en Guadeloupe et en Martinique. D’autant qu’on peut se procurer une dose pour deux ou trois euros.

La jeunesse gangrenée

Les enfants sont parfois alpagués dès l’adolescence. C’est-à-dire le collège

Au-delà du trafic lui-même de la cocaïne ou toute autre drogue d’ailleurs, considéré par la législation française comme un crime à part entière. La consommation et le deal de drogue pose en Guadeloupe et en Martinique, mais comme partout ailleurs, un véritable problème social. Aujourd’hui, rares sont les familles à ne pas être concernés par le problème. Elles déplorent l’addiction soit d’un neveu, d’un fils, d’un cousin ou d’un quelconque proche. Pire, les enfants sont parfois alpagués dès leur adolescence. C’est-à-dire au collège. Les plus hardis se font eux-mêmes revendeurs dans l’établissement où ils sont scolarisés. Les parents qui veillent au grain sont obligés d’aller chercher et d’emmener eux-mêmes leurs enfants à l’école histoire de diminuer les risques. Par ailleurs, la consommation et le trafic de drogue sont les principaux vecteurs de la délinquance, chaque jour plus importante en Guadeloupe. Les dernières études sur la délinquance placent la Guadeloupe au premier rang des départements d’Outre-mer et pour l’ensemble du territoire français. Au point d’ailleurs que la Guadeloupe vient d’être classée en zone de sécurité prioritaire. Triste palmarès !

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