« Lamentin fait peau neuve ! » se réjouit la municipalité ce 25 mars. La commune du nord Basse-Terre s’engage dans une opération d’embellissement, par « la mise en peinture des murs et façades des bâtiments publics mais aussi privés avec l’accord des propriétaires concernés ». Coût du coup de pinceau : 158 000 euros. Selon la mairie, cette initiative vise à offrir un visage plus attrayant et chaleureux au bourg.
L’initiative de la municipalité de Lamentin, se veut agréable visuellement et contribuant à améliorer la qualité de vie des habitants. Mais elle interroge au regard de l’utilisation de l’argent collectif au bénéfice de bâtiments privés. Des bénéficiaires privés pourraient recevoir des fonds sans offrir de réelles contreparties pour contribuer à la revitalisation du centre-ville de la commune.

Côté bâtiments publics, les bénéficiaires sont Le Mahato, l’annexe de la mairie, le monument aux morts, la mairie et le presbytère. Même si l’annonce est enjouée, il faut distinguer ce qui relève de la gestion courante avec des travaux de maintenance des bâtiments publics (maçonnerie, menuiserie, électricité, plomberie, peinture), de toute véritable politique visant à améliorer l’esthétique et à revitaliser un quartier. Et ce petit coup de pinceau n’est pas un grand pas pour l’âme esthétique de Lamentin.

La peinture au service de l’esthétique et du développement local
En Guadeloupe, c’est la commune de Terre-de-Haut aux Saintes qui offre un exemple unique de politique d’urbanisme distinctive en matière de peinture. Elle a réussi à créer un label vu sur les toits de Terre-de-Haut aussi fameux que celui vue sur les toits de Paris. Une réussite qui se manifeste à travers des toitures rouges et murs blancs qui créent une identité visuelle forte. À l’échelle internationale, des programmes tels que « Mural Arts Philadelphia » aux États-Unis, ou des villes comme Chemainus au Canada, Burano en Italie, et Chefchaouen au Maroc, sont renommés pour leurs projets de peinture qui vont au-delà de l’embellissement esthétique.

Coup de pinceau aux États-Unis
La Mural Arts Philadelphia, organisation américaine basée à Philadelphie (en Pennsylvanie, État du nord-est des États-Unis), est devenue un pilier de la « beautification » (processus d’amélioration visuelle d’une ville ou d’une zone urbaine) de l’environnement urbain grâce à ses grandes peintures murales. Depuis sa création en 1984, Mural Arts Philadelphia a reçu de nombreux prix et reconnaissances pour son impact positif sur la ville et ses habitants.
L’organisation a contribué à la revitalisation de quartiers en déclin et à la promotion de la cohésion sociale en utilisant l’art pour unir les communautés. Les murales créées sont devenues des attractions touristiques majeures, qui attirent des visiteurs du monde entier et contribuent à l’économie locale. Souvent réalisées en collaboration avec des artistes locaux et internationaux, elles abordent des thèmes variés tels que l’histoire, la culture, les droits civils, l’environnement et la société. L’organisation a créé plus de 4 000 peintures murales depuis sa création.

Coup de pinceau en Italie
À Burato en Italie, les propriétaires de maisons ont transformé leurs murs en une fresque murale publique qui met en valeur la sensibilité artistique de la communauté locale. Les couleurs vives créent une scène visuellement saisissante qui donne du caractère et du charme au paysage urbain. Un plaisir pour les locaux aussi bien que les touristes.

Coup de pinceau au Canada
Chemainus au Canada, est célèbre pour ses peintures murales dans l’espace public. Créées par des artistes locaux et internationaux, elles représentent une variété de styles et de thèmes. Ces œuvres d’art enrichissent la beauté de la ville, promeuvent la culture et l’art. Dispersées dans différents endroits de la ville, tels que les murs des bâtiments, les tunnels et les passages souterrains, elles offrent une expérience visuelle unique aux résidents. Et attirent de nombreux touristes. Une politique qui contribue à la « beautification » de la ville, à la promotion de la culture et de l’art, et à l’attractivité touristique de Chemainus.

Coup de pinceau au Maroc
Chefchaouen au Maroc a opté pour une caractéristique unique. Les murs des bâtiments publics et privés sont souvent peints en bleu, ce qui a donné à la ville son surnom de « ville bleue ». Sur les murs les peintures représentent la culture et l’histoire de la ville.
Avec des techniques variées, allant des fresques à l’huile aux graffitis, pour créer des œuvres uniques et captivantes, la ville s’est diversifiée en accueillant des événements culturels tels que des festivals de musique et des expositions d’art. Une politique qui produit des effets en matière de promotion de la culture et de l’art et permet à la ville de se développer en tant que centre culturel et artistique.

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