La Guadeloupe est de nouveau en état de choc. La séquence qui a cours, a vraiment commencé à turlupiner les esprits avec la grogne des surveillants de prison, victimes eux-mêmes de violences perpétrées par des détenus. Le meurtre d’un jeune lycéen à Lacroix aux Abymes, tout près du lycée Baimbridge, mardi 13 septembre après-midi, a vaincu le scepticisme de ceux qui se sont toujours montrés dubitatifs quant à l’état véritable de déliquescence de notre société. Chaque jour, une agression, un meurtre, un cambriolage… La liste des victimes est longue. Des voix s’élèvent, des élus surtout. Ils clament leur indignation. Certains crient haut et fort : il faut que cela cesse. D’autres interpellent le gouvernement, l’État, le ministre, le préfet qui n’en peut mais… et promet même si » c’est difficile « , des jours meilleurs. Sauf qu’en octobre 2013, c’était déjà le même branlebas de combat. Des gendarmes mobiles étaient venus en renfort. L’État avait » mis du bleu dans les rues » pour parler un langage que les syndicats de police connaissent bien. Après une période de relatif répit, c’est reparti de plus belle.
L’heure est grave. Il ne suffit pas de le répéter bêtement. Il faut en être conscient. Pour ce faire, il faut avoir le courage de dire et d’entendre la réalité. Comme le montre notre enquête, la Guadeloupe n’est pas confrontée à une délinquance banale, aléatoire, de seconde zone, qu’un accès de fièvre aurait brusquement boursouflée. Le mal est profond. Le pays est gangrené par une violence organisée par des gangs structurés qui n’ont qu’un seul objectif : s’accaparer à n’importe quel prix des richesses qu’ils convoitent. Ils ont érigé le crime en mode de vie et en système économique. Ils disposent de moyens, du matériel (des armes) et de la logistique qui leur permettent de poursuivre leur funeste ouvrage. Accepter de qualifier correctement la situation à laquelle nous sommes confrontés serait déjà un premier pas vers un avenir meilleur. Moins de communication, parfois bêtifiante, et plus de vérité courageuse feraient davantage avancer le chantier de l’éradication de la délinquance violente. On se demande bien pourquoi les pouvoirs publics ne veulent pas admettre la présence et le rôle des gangs sur notre territoire. Évoquer cette question n’est pas loin d’être considérée comme une offense.
L’heure est grave aussi parce qu’il est temps de constater que l’État ne peut plus mobiliser des moyens financiers et humains conséquents comme autrefois. Sinon les prisons seraient construites ou agrandies, les magistrats et les policiers seraient en nombre suffisant. Et qu’on ne continue surtout pas à répéter que les effectifs sont suffisants. Un fonctionnaire de police nous a confié que son service a perdu plusieurs agents qui n’ont jamais été remplacés. Cette tendance au dégraissage est imputable autant à la gauche qu’à la droite. Voilà qui nous met à l’abri de toute accusation de parti-pris. La droite ne jure que par une politique du tout sécuritaire alors que sous Nicolas Sarkozy, les effectifs de police n’ont pas cessé de diminuer pour cause de RGPP. De la com’. Encore de la com’. Ce vivier utilisé à profusion par les politiques doit laisser place à un peu de vérité. C’est à cette condition, que le maître d’école, l’entraîneur, l’éducateur, le salarié, le membre d’association, le parent surtout, bref, les citoyens ordinaires, pourront, chacun dans leur rôle, être interpellés utilement. Il leur sera martelé que chacun est responsable de cette société qui est en train de se déliter dangereusement. Les élus seront invités à davantage de responsabilité. Ils ne pourront plus s’en remettre systématiquement à l’État. Attitude que les citoyens ont tendance à copier. Ce n’est ni la main tendue à quémander subsides et protection, ni la propension à jouer les autruches qui sortira le pays de l’ornière. Seul un sursaut salvateur, responsable et fier, peut mettre fin au glissement le long de la pente, là où notre société s’est toute seule installée.
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