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La jeunesse prend le bouyon…

Bouyon. Le mot claque sec. J’ai d’abord pensé à brouillon. Le créole ayant une sainte horreur des R. Dès lors cela pouvait être une copie d’une musique non finie. À ce stade de l’enregistrement, existe encore des imperfections. Y compris, les blagues grasses qu’on garde sur une bande. Histoire de rigoler. J’avais eu l’occasion d’entendre un enregistrement de cette nature, commis par des musiciens qui, à l’époque, tenaient le haut du pavé en Guadeloupe. Les paroles assénées n’étaient pas plus futées ni moins salaces que celles proférées par les chanteurs et chanteuses de bouyon. La soul américaine s’est elle aussi égarée quelquefois dans le hard. Le sexe n’étant jamais très loin. La chanson antillaise des années soixante ne jetait pas non plus sa part aux chiens entre Emmanuel rozé jadin la et plus près de nous les chansons polissonnes de Francky Vincent dont raffolent les enfants. Comme tous les interdits. Plus près encore, il y a eu aussi Angela à qui on voulait fendre une partie sacrée de son anatomie. Et pour rassurer les franco-français, Georges Brassens n’a pas hésité, lui aussi, à mettre en musique  » la femme qui s’emmerde en baisant « , ou à parler de  » la bandaison «  que lui octroyait la seule pensée de  » Fernande « . De fait, chaque époque génère sa jeunesse anti conformiste, qui veut bousculer l’ordre établi et transgresser les codes jugés trop bourgeois. Il y a eu les hippies, les rastas, les zazous, les rockers, les yéyés. On remarquera qu’à chaque fois les supports de toutes ces vogues qu’enfourche la jeunesse sont d’abord la musique et la danse. Après viennent se greffer les vêtements, le langage, le comportement. Le bouyon-hardcore ne coupe pas à la tradition. Une musique trépidante, effrénée même, une danse plus que suggestive et surtout des paroles crues, crues, crues. Est-ce plus grave qu’avant docteur ? Oui, si l’on analyse ce vocabulaire extrême. Car on se dit que ce langage n’est tout de même pas des plus amènes, et qu’on ne peut pas le laisser à portée de toutes les oreilles. Je pense surtout aux jeunes enfants en l’occurrence. C’est d’ailleurs certainement la raison pour laquelle les radios ont pour l’instant fait le black-out sur le bouyon. Oui également, parce que ce faisant, nous sommes en prise avec une réa lité qui n’a pas d’existence officielle mais dont les adolescents n’ignorent aucune subtilité. Les enquêtes d’Élodie Wiltord et Priscillia Romain sont éloquentes. Le bouyon s’est résolument installé dans les boîtes de nuit, dans les fêtes. C’est organisé, il y a une production déclarée à la SACEM. Certains en vivent, artistes et producteurs compris. Mais c’est plus grave surtout parce que chaque génération se croit obligée de repousser chaque fois plus loin les limites de la décence. Si l’on s’en tient à cette logique, il est à parier qu’après le bouyon-hardcore viendra une autre mode encore plus explosive. Ce qui est sûr c’est que les familles devront déployer des efforts de plus en plus importants pour garder leurs enfants éloignés de ces modes licencieuses. Bon courage !

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