Le kiosque de la place de la Victoire au centre ville à Pointe-à-Pitre rassemble en fin de journée les habitants du quartier

La Guadeloupe enregistrait au 1er janvier 2023 une population de 375 845 habitants. C’est une réduction de plus de 2 600 résidents en l’espace d’un an. L’étude publiée par l’Insee le 25 septembre révèle que cette tendance à la baisse de la population est une constante depuis 2012. Sur la dernière décennie, l’île a accusé une perte moyenne de 0,7 % de sa population par an. Soit un déclin total de plus de 26 000 habitants.

La diminution de la natalité et l’accroissement de la mortalité, conjugués à un vieillissement démographique, sont les principales raisons de ce déclin démographique. En 2022, le territoire a connu 4 027 décès, soit 562 de moins que l’année précédente, fortement marquée par l’épidémie de covid-19. Quoiqu’en baisse, ce taux de mortalité, demeure élevé. Selon l’Insee, « ce nombre élevé de décès s’explique en grande partie par le vieillissement de la population ».

Forte baisse des naissances

Les naissances sont également en déclin. 4 196 enfants sont nés en 2022, en Guadeloupe. Soit 148 de moins qu’en 2021. La Guadeloupe a enregistré la troisième plus importante baisse du nombre de naissances entre 2021 et 2022 des régions françaises, avec un taux de natalité atteignant 11,1 naissances pour 1 000 habitants. Toutefois, l’indice conjoncturel de fécondité estimée à 2,1 dans les pays développés est encore proche du seuil de renouvellement des générations. En Guadeloupe, cet indice se situe à 2,04 en 2022. Mais il est en baisse. En 2020, il était de 2,29.

L’Insee précise que « le recul des naissances depuis une vingtaine d’années est principalement dû à la baisse du nombre de femmes en âge de procréer ». Le nombre de femmes âgées de 20 à 39 ans, période la plus propice à la maternité, a connu une réduction significative depuis l’an 2000, passant de 60 000 en 2003, à 40 000 en 2023.

Le vieillissement continu

L’espérance de vie à la naissance a augmenté en 2022. Il s’établit à 76,2 ans pour les hommes et 83,5 ans pour les femmes. La fin de la crise sanitaire explique cette diminution des décès. Alors que l’espérance de vie progresse, le vieillissement de la population continue à s’accentuer. Les personnes âgées de 60 ans et plus représentent 30 % de la population en 2023, contre 21 % en 2013.

Des solutions durables et inclusives sont impératives pour inverser cette tendance et assurer l’avenir démographique et socio-économique de l’archipel. Au rythme où va la diminution de sa population, moins de 1 % chaque année, la Guadeloupe comptera 40 % de moins d’habitants d’ici 50 ans. En 2070, il n’y aura plus que 242 000. Dès 2042, plus du tiers de la population aura plus de 65 ans. En 2070, la moitié aura plus de 58 ans. Dans le même temps, les autres classes d’âge, les jeunes, les 20-64 ans diminuent. Résultat : la population active devrait s’effondrer de moitié.

Envisager dans ce contexte une autonomie alimentaire, ou encore un quelconque développement économique prend des allures de vœu pieux.

La Guadeloupe n’est pas un cas isolé

Au chapitre des démographies en baisse, la Guadeloupe n’est pas un cas isolé. Dans la plupart des pays développés la tendance est à la diminution démographique ou à une croissance très lente. Les facteurs en cause sont les mêmes que ceux qui sont à l’œuvre en Guadeloupe : taux de fertilité bas, vieillissement de la population, immigration qui ne compense pas la perte de population, changements socio-économiques avec notamment une participation accrue des femmes au marché du travail, les coûts croissants de l’éducation des enfants, l’urbanisation, l’évolution quant à la vision de la famille et de la maternité, l’insécurité économique, l’instabilité de l’emploi.

Toutes ces raisons peuvent dissuader les femmes d’avoir des enfants. Cette apparente similitude a fait dire à un géographe de l’Hexagone en poste à l’université des Antilles contacté par Le Courrier de Guadeloupe que « démographiquement, la Guadeloupe est sur de bons rails. Ceux qu’empruntent des pays développés« . On serait donc selon lui, dans la cour des grands. Voire…

La Guadeloupe partage avec les pays développés les mêmes maux, mais pas les mêmes qualités. Les pays développés sont industrialisés et jouissent d’une économie forte avec un niveau élevé d’infrastructures modernes, ne serait-ce qu’au niveau des transports publics. Ils jouissent également d’une organisation sociale fiable. Des atouts qui peuvent amortir les inconvénients d’une démographie médiocre. Ce n’est sûrement pas le cas de la Guadeloupe.

Le rêve caribéen

Envisager dans ce contexte une autonomie alimentaire, nouveau concept à la mode et servi depuis peu à toutes les sauces par plusieurs responsables politiques ou économiques, ou encore envisager un quelconque développement économique prend des allures de vœu pieux. Car où trouver les forces vives qui contribueront à concrétiser ces ambitions ?

On peut expliquer les raisons de l’exode des jeunes. Ils sont attirés par les opportunités que leur offrent les grandes métropoles. À l’inverse, peu de perspectives leur sont offertes en Guadeloupe. Or, les décideurs ne sont même pas au stade d’une réflexion approfondie sur le sujet, a fortiori à celui où ils pourraient avancer des solutions. Une source préfectorale suggère de dupliquer en Guadeloupe le dispositif Cadre avenir, « qui fonctionne bien en Nouvelle-Calédonie« . Il s’agit d’un programme de formation de cadres, financé par un groupement d’intérêt public qui vise à faire accéder à des postes à responsabilité des personnes issues des territoires. En réalité, c’est une vieille recette expérimentée juste après la grève déclenchée par les fonctionnaires autochtones ultramarins dans les années-cinquante dans le but d’obtenir les 40 % de vie chère. Pas sûr qu’elle ait été à l’époque d’une grande efficacité. Mais surtout, la mesure paraît faible eu égard à la situation.

L’association Alé-Vini vient de publier un livre, intitulé « Madras des bonnes pratiques ». Yann Céranton, le président de l’association s’interroge : « Comment expliquer que notre territoire soit si peu attractif pour nos ressortissants, quand il l’est pour des Français et autres Européens, venus tenter le rêve caribéen, avec à la clé, de belles réussites professionnelles ». Il déplore le long silence des institutions, la faiblesse ou l’inexistence des dispositifs d’aide aux retours. Il critique également le manque d’initiatives institutionnelles pour encourager le retour des jeunes. Le dispositif Cadre avenir et les inquiétudes formulées par l’association Alé-Vini ont le mérite d’exister et d’être signalés. Ils paraissent cependant bien peu de chose au regard des enjeux.

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Au final, si aucune organisation n’est mise en place pour contrer la baisse démographique, il y a aura de moins en moins de jeunes guadeloupéens en Guadeloupe. Les naissances continueront à baisser. À Terme, l’identité Guadeloupe telle que nous la connaissons aujourd’hui risque de disparaître. Un peu sur le modèle de ce qui est à l’œuvre à Saint-Martin où il est bien difficile désormais de déceler une quelconque identité Saint-Martinoise.

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