La loi sur le mariage pour tous sera votée. Mais quel impact aura-t-elle vraiment en Guadeloupe ? À vrai dire, on serait tenté de répondre pas beaucoup. Si ce n’est pas du tout.
Les jeunes sont beaucoup plus enclins à accepter les homosexuels. LCG a fait état, dans un précédent numéro, d’une enquête réalisée par les étudiants de sciences politiques de Fouillole qui allait dans ce sens. Mais il n’en est pas de même pour les autres catégories de la population. Bien sûr, on susurre de plus en plus souvent qu’un tel est homo, la rumeur colporte et grandit. On finit par admettre ces supputations comme vérité irréfragable. Bien sûr encore, pendant le carnaval, certains homosexuels défilent et osent montrer des signes évidents de leurs penchants. Mais à bien y penser c’est encore sous couvert de dérision. Tout comme le célèbre Alfred Macoumè était accepté en tant que tel parce qu’à lui seul, il était une attraction. D’ailleurs, lui-même se piquait au jeu et en rajoutait. Entre rires et dérisions, il s’agissait pour les très rares homosexuels qui tacitement se reconnaissaient comme tels d’entrer dans le jeu afin d’être tolérés. Ils étaient sujets à plaisanteries variées et pas toujours futées. La société se donnait ainsi bonne conscience. Ils étaient des exceptions, ou alors si peu nombreux. On pouvait laisser filer, voire en rire. Aujourd’hui, on les dit partout. Une vraie communauté avec de vrais réseaux. On leur prête un réel pouvoir dans certains secteurs. Celui de l’audiovisuel notamment. Il existe des soirées et des lieux où les homosexuels se rencontrent. N’empêche, il y a jusqu’ici très peu d’hommes et de femmes en Guadeloupe à avoir avoué publiquement leur homosexualité. C’est preuve que notre société dans son ensemble n’est pas prête à admettre l’homosexualité comme une orientation sexuelle comme une autre. La loi ne changera pas grand-chose non plus pour les homosexuels en Guadeloupe parce que contrairement à l’Hexagone qui compte de nombreux couples d’hommes ou de femmes installés au grand jour, qui ont des enfants au vu et au su de tout le monde et qui assument, cette situation n’existe pas dans notre société. C’est l’une des raisons objectives pour lesquelles, le mariage pour tous ne va pas susciter d’engouement particulier dans nos régions. Et puis, le réflexe de la moquerie est encore si fort à l’égard des homosexuels que les premiers couples hommes ou femmes qui se présenteront dans n’importe quelle mairie pour être mariés susciteront une curiosité qui pourrait déplacer des foules. La société guadeloupéenne ne marche pas au même rythme que l’Hexagone. Sur ce point, Félix Fléming a raison. La France à près de deux mille ans d’histoire. La société guadeloupéenne si l’on peut dire, que deux siècles. Et encore… La France a pris le temps d’apprendre la tolérance à l’égard des homosexuels. Aujourd’hui elle veut leur accorder aussi l’égalité. Comme d’ailleurs la plupart des pays développés où ils peuvent déjà se marier. Il serait surprenant au moins dans un premier temps de voir les Guadeloupéens s’engouffrer dans cette voie. De fait, ils feront de la résistance. La loi sera votée. Mais il n’est pas sûr du tout qu’elle ait une application réelle avant un temps certain. Faute tout simplement de prétendants au mariage pour tous.
» Le texte bouscule les traditions antillaises «

Que dit Bruno Nestor Azérot ? D’abord que la quasi-totalité des Antillais est hostile au texte parce qu’il bouscule toutes leurs traditions. L’affirmation est quelque peu péremptoire mais a du vrai. » Notre électorat ne comprend pas » poursuit encore Bruno Nestor Azérot. Le mariage gay bouleverse la norme et instaure une nouvelle norme. Si tout le monde se bat pour être la norme c’est que personne ne veut se retrouver dans la catégorie de la pathologie. Et Bruno Nestor Azérot de déclarer que sur ce chemin-là, il ne peut pas suivre. Doit-on révolutionner le mariage au risque de faire exploser la famille ? S’interroge encore le député martiniquais. Ce faisant, Bruno Nestor Azérot introduit une hiérarchie entre les deux catégories de couples. » On ne peut mettre sur le même plan un couple hétérosexuel et un couple homosexuel « . Et là le divorce entre Bruno Nestor Azérot et les partisans de la loi est total puisque c’est exactement ce que prétend instaurer la loi : l’égalité entre homosexuels et hétérosexuels. Mais selon le député l’égalité n’est pas accessible à tous. Concernant la filiation, il s’insurge et affirme que ce n’est pas le droit qui refuse aux homosexuels la procréation mais la nature. Tout est dit.
» Taubira super star «

Le débat, quel débat ?
Pendant que le débat sur la loi qui instaure le mariage pour tous fait rage à l’assemblée nationale, que toutes les chaînes de télévisions de l’Hexagone organisent des débats sur ce thème, confrontant les opinions des partisans à celles des opposants à la loi, en Guadeloupe, les médias ne se sont guère enflammés. RCI, lundi dernier, a organisé l’un des rares débats sur la question. Pour le reste il faudra repasser. Il faut dire que les élus ne se sont guère bousculés pour se prononcer sur une question qui les gêne aux entournures. Bruno Nestor Azérot avec ses mots, ses excès a mis les pieds dans le plat. Mais il a souligné une réalité. La donne est pourtant simple : sommes-nous preneurs d’une telle évolution de notre société ? La question soulève une foultitude de problèmes qui vont au-delà du sociétal. De fait, elle s’invite carrément dans le champ politique. Elle est donc sans doute complexe et forcément difficile. Elle n’appelle certainement pas de réponse simple ou évidente. Mais elle méritait certainement d’être posée et d’être débattue. Plus tard, peut-être ?
Pendant ce temps OutreManche…
Les députés de la Chambre des Communes, au Royaume-Uni, ont voté mardi 5 février en faveur de la loi autorisant le mariage homosexuel par 400 voix contre 175. Le Premier ministre, David Cameron, a parlé d’un important pas en avant qui renforce la société britannique. Pour Nick Clegg, vice-premier ministre et chef du parti libéral démocrate, » peu importe qui vous êtes et qui vous aimez, nous sommes tous égaux « . Ed Miliband, leader du parti travailliste, évoque quant à lui un jour décisif pour la lutte pour l’égalité en Grande Bretagne. Un pays de plus a légalisé le mariage des homosexuels. La différence avec la France c’est que le débat outre-manche est beaucoup moins passionné. Les anglais n’ont font pas tout un fromage. Mais il est vrai aussi que la France est toujours fille aînée de l’Eglise. Et ça change tout !
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