Ne vous fiez surtout pas au genre qu’il affectionne. C’est bien un artiste hors norme qui se produira le 15 décembre prochain à Baie-Mahault. Juan Luis Guerra, ou la machine à fabriquer des succès.
Juan Luis Guerra. À vrai dire, il n’est pas sûr, sauf aux initiés de la musique latine, que le nom ait tout de suite dits grand-chose, pour le public guadeloupéen. Jusqu’à ce que la fièvre ne vienne l’accaparer à l’approche de la date du concert que doit donner le chanteur dominicain, le 15 décembre prochain au stade de Baie-Mahault. Mais dès que – promotion aidant — chacun a pu associer le personnage aux deux titres fétiches que sont Rosalia et Ojala que llueva cafe, la mayonnaise a pris. Les amateurs de boîtes de nuit des années quatre-vingt-dix avaient imprimé dans leurs têtes Rosalia. Comprenant d’ailleurs Rosalyne. Tandis que Ojala que llueva cafe, titre peut-être plus universel, chantait à toutes les oreilles. Les informations d’abord diffuses et éparses se firent alors plus nombreuses et plus sûres. On sut d’abord que Juan Luis Guerra était de la République Dominicaine. Grande nouvelle. En Guadeloupe, les amateurs de musique latine associent plus volontiers ce genre à la salsa, donc à Cuba ou à Porto Rico. Même si, les artistes viennent le plus souvent de New York ou de Miami. Mais on ne s’interrogea pas plus longtemps. Une avalanche de superlatifs avait déjà submergé le chanteur, plaçant le curseur définitivement ailleurs.

Il a opéré sa dernière razzia de récompenses tout récemment. Le 15 novembre dernier. Nominé dans six catégories des Latin Grammy awards, il a obtenu le prix du meilleur album de l’année pour En el cielo no hay hospital (Dans le ciel il n’y a pas d’hôpital) et aussi le prix du meilleur producteur pour l’album du rocker colombien Juanes. Auparavant, il avait déjà gagné 7 Grammy awards, récompenses créées en 1958 qui sont décernées chaque année aux États-Unis par la National Academy of Recording Arts and Sciences et honorent les meilleurs artistes et les meilleurs techniciens dans le domaine de la musique. L’homme joue donc dans la cour des Américains, donne des concerts devant 70 000 spectateurs, et vend aussi des CD par millions. L’album Bachata Rosa sur lequel figure Rosalia s’est vendu à 5 millions d’exemplaires. L’artiste a non seulement conquis le continent américain mais aussi l’Europe. On lui avait dit que le merengue ne se vendrait jamais en Espagne. En 1991, au pays de Cervantès, il en a vendu plus d’un million. Juan Luis Guerra est un véritable phénomène ; et s’il fait preuve d’un grand talent dans ses compositions, et d’une connaissance musicale éclectique et riche, l’artiste est resté profondément attaché à la musique de son pays, le merengue et la bachata. Mieux, Juan Luis Guerra a imposé son style partout où il est allé. Toutefois, le merengue et la bachata qu’il propose ont été entièrement revisités. Les morceaux tout en ne sacrifiant rien à la danse s’enrichissent d’arrangements et d’harmonies ultra-sophistiqués. Le moins qu’on puisse dire c’est que la formule semble infaillible. Le résultat est souvent le même : un succès fulgurant. Le 15 décembre prochain la fête s’annonce grandiose à Baie-Mahault.
Un alchimiste de génie

Juan Luis Guerra est né en 1957 en République dominicaine. Il est le benjamin d’une famille de trois enfants. Il est grand comme son père. Mais contrairement à lui qui pratique le basket, Juan Luis préfère les études et surtout la musique. Adolescent, il chante les Beatles en s’accompagnant à la guitare. Il entame plus tard des études de philosophie et de lettres mais très vite choisit définitivement la musique. C’est à Boston au Berklee College of Music, la plus prestigieuse des écoles de musique dont il vient d’être fait docteur honoris causa qu’il se forme vraiment. Mais Juan Luis Guerra ne devient pas un jazz man. » Tous les musiciens de Berklee font preuve d’une grande habileté technique et de très peu de passion. En jouant du jazz, je n’aurais été qu’un musicien de jazz de plus. Ils sont déjà des milliers aux États-Unis. Je me suis dit je vais travailler avec ce que je ressens vraiment c’est-à-dire ma musique « . Cela dit, Juan Luis Guerra va profondément transformer l’habillage du merengue et de la bachata, il leur apporte des trouvailles notamment au niveau des arrangements toujours plus riches et ce sans jamais renier les fondamentaux que sont la pulsion, le groove et l’appel à la danse que symbolisent le merengue et la bachata. Riche d’apports musicaux multiples, le chanteur dominicain ne se refuse aucune expérience, mariant tous les genres pour un résultat toujours excellent. Du coup, certains ont cru voir en lui un excellent brasseur d’idées et de genres. Guère plus. C’est oublier que trouver la bonne alchimie relève tout autant du génie. Surtout en musique. Juan Luis Guerra a déjà emmené le merengue partout dans le monde. Avec le succès qu’on sait. Ce n’est pas rien.
Juan Luis Guerra/Ruben Blades, même combat

Juan Luis Guerra se produire en concert le samedi 15 décembre prochain accompagné de 16 musiciens au stade de Baie-Mahault. Les billets sont en vente au prix de 50 euros dans le réseau Esso, aux Établissements Blandin à Jarry et dans les boutiques HTS.
Juan Luis Guerra qui un moment a étudié la philosophie passe aussi dans son pays la République dominicaine, pour un chanteur à textes. En 1992, il fut particulièrement mécontent des pressions sur lui exercées pour qu’il participe aux cérémonies de commémoration de l’arrivée de Christophe Colomb en République dominicaine. Son pays avait fait ériger à la gloire du conquistador un phare qui avait été béni par le pape. En guise de protestation, l’artiste reproduisit les chants des premiers habitants de Quisqueya du nom donné au pays par les taïnos. Son modèle dans l’art et la manière de traiter du social et de dénoncer les injustices est Ruben Bladès avec qui il a d’ailleurs collaboré pour un montuno dont le titre Si de aqui saliera petroléo (Si le pétrole sortait d’ici) est évocateur.
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