Le 1er juin a marqué l’ouverture de la saison cyclonique 2020. Une saison que les spécialistes qualifient d’active. Combien de phénomènes sont prévus ? Faut-il se préparer ? Entretien avec Bruno Benjamin.
Bruno Benjamin est le président de l’association Ouragans.com. Ce « Portail mondial des cyclones typhons, tempêtes et ouragans » a pour mission d’informer, et de faire de la prévention afin d’aider la population à bien se préparer en cas de cyclone.
Qu’est-ce qui permet de dire que la saison cyclonique 2020 sera hyperactive ?
Il faut déjà corriger. Elle sera active, pas hyperactive. Certains, c’est vrai, l’annoncent hyperactive, elle sera active. Il faut savoir que les statistiques pour les phénomènes cycloniques vont tenir compte des chiffres des 40 dernières années, donc de 1981 jusqu’à 2020. En moyenne chaque année on a 12 tempêtes et 6 ouragans. C’est par rapport à ce chiffre qu’on saura si on est sur une année active, très active, moyenne, ou plus active. La deuxième chose c’est qu’à partir du mois de décembre on a plusieurs paramètres qui peuvent être analysés, et qui permettent de savoir avec beaucoup d’avance s’ils vont être en faveur ou en défaveur de la saison cyclonique. Le premier paramètre, et c’est celui qui a les conséquences les plus graves pour l’ensemble de l’atlantique, c’est le phénomène qu’on appelle El Niño. El Niño a pour conséquence directe de supprimer ou d’affaiblir l’activité cyclonique. Mais cette année il n’y a pas de phénomène El Niño, c’est plutôt le phénomène La Niña qui a pour conséquence d’augmenter l’activité cyclonique. Cette année, pour les mois du pic de saison, soit août, septembre, octobre, on sera soit en période La Niña, soit en période neutre qui elles sont favorables à la saison cyclonique. Un deuxième paramètre en faveur de la saison est la température de la mer. Les cyclones ont pour carburant l’eau chaude. Plus la mer est chaude, plus le cyclone peut se développer rapidement. Et cette année, en plein mois de juin, nous avons déjà des conditions qu’on trouve généralement au mois d’août. Bien évidemment, la température augmentant au fil de l’année, au mois d’août on sera sur une température de l’eau très chaude, sur une grande partie de l’Atlantique. Ça permet de dire que la saison sera active.
À quoi faut-il s’attendre ?
Les prévisions existent et sont publiées chaque année. Il y a deux instituts principaux qui font des prévisions. L’un est américain, l’autre est britannique. Il y en a également beaucoup d’autres. Le seul institut officiel qui est autorisé à faire des prévisions en matière de cyclone et qui publie vraiment ses prévisions c’est le Noaa (le National oceanic and atmospheric administration). Au lieu d’être précis sur ses chiffres, il donne une fourchette. Depuis décembre les chiffres ont augmenté. Actuellement on prévoit entre 17 et 18 tempêtes tropicales. Sachant que ce chiffre ne tient pas compte des tempêtes tropicales qui ont déjà eu lieu. Il y en a eu trois depuis le début de la saison. La première c’était le 16 mai, la deuxième le 23 mai et la troisième le 1er juin. Huit à neuf de ces tempêtes peuvent créer un ouragan. Et trois à quatre de ces derniers pourront devenir des ouragans majeurs. Il n’y a aucune possibilité de savoir si tel ou tel lieu sera plus touché que l’autre. Ce sont des prévisions qui sont valables pour l’ensemble du bassin. Ça va du Cap Vert au Mexique, et de Trinidad jusqu’au Canada.
En quoi la saison cyclonique est-elle différente de 2019 ?
Ça va être l’une des rares saisons où les cyclones vont être autant médiatisés. C’est vrai qu’au fil des années on en parle de plus en plus. Avant il pouvait y avoir un phénomène d’importance moindre, peu de personnes en parlaient. On ne parlait que des phénomènes qui nous concernaient nous. Depuis quelques années, avec l’essor des réseaux sociaux, beaucoup plus de personnes ont accès aux informations cycloniques, tout le monde ou presque peut faire des prévisions ou consulter des prévisions. Cette année on va être sur une configuration où beaucoup de personnes sont devenues encore plus attentives à ce qu’il se passe sur les réseaux, pour chercher encore plus d’informations. Ça va être ça le gros changement. On va être informé de tout, quasiment en temps réel. Et puis le fait qu’on ait passé un peu de temps en confinement nous a permis d’avoir ces informations suffisamment tôt. Reste maintenant à transformer cette information en une vraie préparation, et là c’est autre chose. C’est là qu’Ouragans.com entre en jeu car nous avons vraiment choisi de faire de la prévention, de la préparation en dehors du fait de faire un peu de météorologie cyclonique.
Aujourd’hui en 2020, quelle est la fiabilité de la science prévisionniste pour notre climat tropical ?
Elle s’améliore énormément. Il y a encore 20 ans, on prévoyait un cyclone jusqu’à 36 heures à l’avance, soit un jour et demi. Maintenant on arrive à prévoir jusqu’à cinq jours à l’avance avec une grande fiabilité. L’an dernier on a vu que la naissance d’un cyclone, qui était improbable, a été annoncée cinq jours avant son apparition. La trajectoire prévue était à peu de chose près celle qui s’est produite. Ça a été le cas pour la première tempête de l’année par exemple. Elle s’est créée dans un endroit improbable à cette période de l’année, en plein milieu du mois de mai. Le National hurricane center avait fait des prévisions qui se sont révélées fiables à 60 %. 60 % c’est énorme quand on sait qu’avant, par exemple pour le cyclone de 1928, on a été averti une heure avant. Pour Hugo, on a été averti qu’une menace arrivait sur la Guadeloupe de manière spécifique le jeudi et le vendredi. Pour le samedi soir. Certaines sources avaient des informations selon lesquelles un cyclone arrivait depuis le mercredi, mais c’était un petit nombre d’initiés. Maintenant on est au courant, mais ça ne veut pas dire que ça sera systématique. On a eu le cas avec la tempête Bertha qui a touché la Caroline du Nord. La population a été avertie à 8 heures pour un passage à 11 heures. Il y a trois ans, la veille Maria ne devait pas toucher la Dominique. Du fait que les autorités de la Dominique aient une excellente gestion des risques naturels, ils ont pu avertir la population. Bien sûr, avertir n’empêche pas le cyclone de passer et ça ne permet pas non plus de le détruire. Mais le nombre de morts a été limité parce que la population a eu le temps de se calfeutrer. Ils étaient préparés pour un ouragan de catégories 2 ou 3 la veille, mais c’est un ouragan de catégorie 5 qui est passé. Et ça par contre c’était imprévisible. Même chose pour Irma en catégorie 5, deux jours avant ce n’était pas prévue. Il faut savoir que, pour ces deux cyclones, ça ne s’était jamais vu qu’un ouragan de catégorie 5 touche les Antilles. On considérait, en météorologie tropicale, que c’était impossible.
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