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Drôle de campagne

Plus que quatre semaines et on y verra plus clair. Cet intervalle laisse toutefois suffisamment de temps aux éventuels événements qui pourraient s’inviter dans la campagne. Les attentats terroristes sont les premiers qui viennent tout de suite à l’esprit. Marine Le Pen en serait la première bénéficiaire. Elle a d’ailleurs été la seule candidate à avoir tenté d’exploiter les événements d’Orly (18 mars) où un repris de justice de droit commun, alcoolique de surcroît, chargé de cocaïne et de cannabis a tenté d’arracher l’arme d’un militaire. La candidate du Front national n’a pas hésité à dénoncer  » un énième attentat terroriste « . Le jeune cinglé qui tente de faire un carton sur ses camarades lycéens (Grasse, Alpes maritimes, 16 mars) est lui aussi, au travers du discours de Marine Le Pen un terroriste. C’est sur ce lit de la menace terroriste, et bien entendu islamique, que se couche le mieux le discours du Front national. Plus globalement l’insécurité est elle aussi réputée un bon terreau. Cet éventuel changement de pas profiterait également à François Fillon. Le candidat LR pourrait ainsi espérer que soit mise une sourdine aux affaires qui le cernent. Sauf que nous ne sommes plus en 2002 où l’insécurité était en prime time tous les jours sur les chaînes de télés. Les Français savent également que face à ce fléau, on peut toujours faire mieux, sans jamais pouvoir garantir une infaillibilité à 100 %.

Reste alors les deux joutes télévisées à venir. La première aura lieu le 4 avril sur BFM TV, l’autre se déroulera sur France Télévisions, le 20 du même mois. Cette nouvelle façon d’opérer dans la campagne électorale, qui singe la pratique américaine, consacre la télévision comme forum électoral incontournable. Quatre affrontements télévisés relatifs à la primaire de la droite et autant à celle de la gauche ont déjà été proposés aux téléspectateurs. Les séquences à venir peuvent jouer un rôle important. Seuls 66 % des Français se disent certains d’aller voter, selon une enquête du Cevipof. C’est dire s’il reste encore de la marge pour convaincre les indécis. Reste qu’en dépit de cette fenêtre encore ouverte, cette élection présidentielle reste fortement marquée par l’affaire Fillon. Plus l’échéance approche et plus il devient difficile pour les électeurs de s’extraire de cette réalité. Qu’ils soient d’ailleurs partisans ou hostiles à François Fillon.

Il est difficile de dire dès à présent si l’édition 2 017 de l’élection présidentielle laissera des traces et bouleversera les mœurs politiques en France. Lundi 20 mars lors du débat, tous les candidats, y compris François Fillon, ont dit vouloir moraliser la vie publique. Nous verrons ce qu’il restera de ces promesses, une fois élu le président. Ce qui est sûr en revanche, c’est que tous ceux qui auront la prétention de se présenter aux suffrages des Français y regarderont désormais à deux fois. Ils seront sages de renoncer, si dans leur for intérieur, ils savent qu’ils ne sont pas au clair avec une éthique certaine. Les plus consciencieux, comme des athlètes qui se préparent à participer à une compétition sportive, pourront s’exercer à la vertu. Une discipline qui établit d’emblée un premier niveau de sélection. Soyons toutefois réalistes. Quel que soit le cadre réglementaire ou législatif, il serait vain de croire qu’aucun homme politique ne se laissera tenter par les facilités que peuvent procurer leurs mandats. Comme il est faux et malsain de penser que derrière chaque élu se cache un prévaricateur. Au fond, des élus, il en est comme des humains. Certains sont vertueux et d’autres pas. Sauf qu’à ceux qui sollicitent nos suffrages et qui entendent nous gouverner, les citoyens que nous sommes sont en droit d’en demander davantage.

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