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La culture des vacances

Lâcher prise nous dit Raphaël Spéronel dans l’interview qu’il accorde cette semaine au Courrier de Guadeloupe. Heureusement qu’il rajoute aussitôt que ce n’est pas chose facile. Sinon les gens crédules, avides de vacances pourraient croire que dans leur quête, ces deux mots ont valeur de formule magique. Il n’en est rien. Lâcher prise, au fond, il faudrait. Une halte dans la course effrénée de l’existence, une trêve qui rompt avec le train-train quotidien, une respiration qui apaise l’âme. Tout cela serait salutaire. Pas sûr que nous y arrivions toujours. Il est même très probable que nous ne réussissions que très rarement à approcher cette espèce de vacuité qui permet à l’esprit de mettre en suspens le bel ordonnancement des choses au profit d’une certaine légèreté, un laissez-vivre qui ne renie ni luxe ni volupté. Les vacances c’est d’abord être bien. Bien dans sa tête et bien dans son corps. Et cela, c’est une vraie gageure.

Nous sommes tout de même quelques centaines de millions sur cette planète à choisir des destinations, programmer des séjours, remplir nos valises et partir aux mêmes périodes de l’année. Ceux qui restent se veulent eux aussi en vacances. Ils s’adonnent à d’autres activités, sortent plus souvent et consacrent du temps au farniente. Cette façon d’intégrer dans l’année ce temps des vacances est surtout culturelle. Elle est d’ailleurs imposée par l’organisation calendaire et accentuée par un vocabulaire tout aussi incontournable. Grandes vacances scolaires, vacances de Noël, vacances de Pâques, vacances de la Toussaint etc. Il fut un temps d’ailleurs où en Guadeloupe enfants et parents partaient en changement d’air. Encore une fois, le vocabulaire illustre une réalité. La famille qui toute l’année vivait à Pointe-à-Pitre ou Basse-Terre retrouvaient des cousins restés à Saint-François ou à Vieux-Habitants. Moyennant la location d’un logement, les familles se payaient le temps du séjour qui permettait de changer d’air. D’autres envoyaient leurs enfants en colonie de vacances.

Aujourd’hui les choses ont bien évolué. D’abord ceux qui prennent des vacances et qui partent surtout, doivent avoir des moyens conséquents. Ensuite, ils partent plus souvent, moins longtemps, et pas forcément en juillet ou en août. Enfin ce sont ceux-là qui peuvent vraiment lâcher prise. Ils ont au moins la chance de ne pas rationner leur budget, ce qui peut contribuer fortement à leur procurer une certaine sérénité. Enfin, contrairement à ce qu’on pourrait croire, tout le monde ne prend pas de vacances. Il y a ceux qui, mus par une énergie perpétuelle ne s’arrêtent jamais. Il ne faut même pas leur parler de rentrée vu qu’ils ne sortent jamais… de leur routine. Il ne s’agit même pas chez ces personnes d’une carence pécuniaire qui les priverait d’un loisir mérité. Simplement, ils ne connaissent même pas le sens du mot vacances.

Il y a également ceux qui tout en travaillant comme des mules n’auront jamais de vacances. Ils n’ont pas les moyens d’en prendre. Compte tenu de ce qu’ils gagnent, ils auraient du mal. Pis, la législation de leurs pays n’a pas prévu de leur accorder ce luxe. C’est d’ailleurs peut-être le moment de rappeler qu’en matière de vacances, avec cinq semaines de congés payés, la France est l’un des pays les plus généreux qui soit. Alors qu’aux États-Unis, ce concept est complètement inconnu et que les salariés japonnais n’ont droit qu’à dix jours. Cela peut signifier que nos interrogations métaphysiques à propos de nos difficultés à lâcher prise sont des problèmes de riches. Ce qui ne veut nullement dire qu’ils n’ont aucun intérêt.

Pour rester dans le ton, Le Courrier de Guadeloupe va lâcher prise pendant deux semaines. La prochaine édition du Courrier de Guadeloupe sortira le 25 août prochain. Bonnes vacances à tous nos lecteurs.

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