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Par respect envers ceux qui ne se sont jamais dopés

Le cyclisme guadeloupéen est frappé de plein fouet par un fléau planétaire qui, si l’on n’y prend garde, finira par rendre toute compétition sportive dérisoire et par conséquent inutile. Le dopage, puisqu’il faut l’appeler par son nom, prend des proportions telles qu’il faudra décréter au niveau mondial des moyens de lutte à la fois plus perfectionnés et plus contraignants si l’on veut au moins contenir le phénomène. Ceux qui entendent fausser les résultats des compétitions en leur faveur trichent d’abord contre eux-mêmes. Confusément, ils le savent. Une gloire éphémère, un gain pécuniaire étique, au détriment de sa santé physique, comme dit André Alexis :  » C’est un petit calcul.  » Calcul d’autant petit que l’histoire a montré que tôt ou tard les fraudeurs finissent par se faire attraper. Et ce n’est pas Lance Armstong, qui sans doute a connu la plus grande et complète gloire que pouvait procurer le cyclisme, qui démentira. Pourtant, il y aura toujours un nigaud qui ira gober ce faux délice.

Lorsque les catastrophes nous tombent sur la tête en Guadeloupe, nous sommes toujours étonnés de constater à quel point nous tenons le haut du pavé en ce qui concerne les turpitudes les plus sophistiquées. Deshaies, premier cas de dopage par hormone de croissance répertorié sur le territoire français. La Guadeloupe remporte la palme. Comment est-ce possible ? Les conversations vont bon train sur le caractère soit disant extraordinaire de la nouvelle. Il n’y a là pourtant rien d’ahurissant. Si ce n’est la folie furieuse du coureur cycliste qui a ainsi mis sa vie en danger. Couplant la prise de l’hormone de croissance avec celle de l’EPO. Le web aidant, il y a belle lurette que la Guadeloupe est dans le monde et participe au monde. Il est seulement dommage que ce haut fait d’armes ne soit guère glorieux. L’autre attitude par laquelle nous sommes tentés, c’est celle que nous avons de réagir de façon binaire. C’est soit tout noir. Soit tout blanc. Certains considèrent que tout le peloton cycliste est gangrené. Tous dopés disent-ils. Ils poursuivent :  » Remarquez, comme ils le sont tous, celui qui gagne est forcément le meilleur « . Trop simple, donc simpliste.

D’autres veulent minimiser. Ce n’est rien. Cela ne date pas d’aujourd’hui. En gros, le monde ne s’arrêtera pas de tourner. Le cyclisme s’en démêlera. C’est l’autruche qui enfonce sa tête dans le sable. Aucune des deux réactions n’est la bonne. Nous devons calmement évaluer la situation. Oui, il y a des dérives et des pratiques illicites dans le cyclisme guadeloupéen. Et cela ne date pas d’hier. Oui, des petits groupes – d’autres disent filières – œuvrent depuis longtemps à cette basse besogne. Oui, la fréquentation de coureurs des pays de l’Est et des Colombiens n’est pas neutre dans cette affaire. Oui, beaucoup de ceux qui entourent les coureurs, entraîneurs, dirigeants de clubs, parents savent. Lorsqu’un coureur se dope à l’EPO, il serait surprenant que celui chez qui il loge n’en soit pas informé. Ne serait-ce parce qu’il faut conserver le produit au réfrigérateur. De surcroît, rares sont les coureurs à se piquer eux-mêmes. Ceux qui se dévouent à cette pratique médicale ne peuvent l’ignorer. L’action répressive doit être plus systématiquement orientée contre ces assistants, receleurs, complices. Le coureur ne doit plus être le seul à payer. Les autres comparses doivent être aussi recherchés. À l’inverse, ne serait-ce que par respect envers ceux qui ne se sont jamais dopés – et ils sont plus nombreux que les autres – ce 66ème Tour cycliste de Guadeloupe a droit à tous nos égards. Ceux qui ont l’habitude d’encourager les coureurs le long de la route doivent continuer à le faire. Le plus grand événement sportif de la Guadeloupe doit être accueilli comme il se doit. Avec ferveur et passion. Il ne faut surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

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