La grosse canalisation (feeder) de Belle-Eau Cadeau qui relie la Basse-Terre à la Grande-Terre qui a explosé le 20 mars a été réparée le 27 mars 2024. Photo : FB Syndicat Mixte de Gestion de l'Eau et de l'Assainissement de Guadeloupe

Une grande partie de la Grande Terre a été privée d’eau pendant une dizaine de jours. La grosse canalisation (feeder) de Belle-Eau Cadeau qui relie la Basse-Terre à la Grande-Terre a explosé, privant du précieux liquide les habitants de neuf communes, soit 97 000 usagers. Dès le 22 mars 100 % des Abymes et du Gosier étaient concernés. 90 % de Goyave. 80 % des Saintes. 50 % de Capesterre-Belle-Eau. 5 % de Pointe-à-Pitre et de Baie-Mahault.

Selon plusieurs techniciens du Smgeag (Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe) contactés par Le Courrier de Guadeloupe, la vanne de la canalisation a été fermée. Puis réouverte. Et sous l’effet de la pression qui serait passée brusquement de 7 à 30 bars, la canalisation a explosé.

La préfecture a le 20 mars saisi les deux procureurs de la République de la Guadeloupe, « sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale, d’un signalement d’actes de malveillances réalisées sur des canalisations ayant entraîné de graves perturbations dans la distribution de l’eau sur toute l’île ». Des enquêtes judiciaires ont été ouvertes et ont été confiées à la gendarmerie « pour destructions aggravées et mise en danger de la vie d’autrui. » Des téléphones portables de salariés du Smgeag ont été saisis.

Cette explosion du feeder de Belle Eau Cadeau est intervenue alors que le syndicat Unsa Smgeag avait déclenché le 18 mars un mouvement de grève peu suivie par les personnels. Dans son préavis de grève, l’Unsa listait une dizaine de revendications. Toutefois, selon plusieurs salariés interrogés, la principale exigence et peut-être la seule qui leur importait était le point 9 : « abus de pouvoir : licenciement abusif »

Au travers ce libellé vague, le syndicat réclamait la réintégration d’un salarié qui a été licencié pour faute grave. Ce dernier aurait eu un accident avec une voiture de service du Smgeag à une heure avancée de la nuit, alors qu’il conduisait sans permis. Ces éléments de contexte ne désignent ni l’Unsa, ni un de ses membres. Et tant que l’enquête n’aura pas établi de responsabilité, personne n’est coupable de rien.

« Au bas mot 400 000 euros »

La réparation de la canalisation d’alimentation de Belle-Eau Cadeau réalisée sur un terrain marécageux de Goyave situé entre Moreau et Fort l’île s’est révélée une opération délicate, difficile, exigeante. Il a fallu d’abord localiser la panne. Ce sont les habitants en bordure du site qui ont donné les informations. Ils ont signalé la présence anormale d’une eau claire qui imbibait la mangrove.

Les travaux de réparation auront mobilisé pendant quatre jours le personnel du Smgeag, quatre entreprises spécialisées, un hélicoptère, des plongeurs, du matériel lourd et sophistiqué. La direction du syndicat de l’eau a continuellement informé sur l’avancée du chantier par communiqués.

La section endommagée du Feeder a été remplacée par un nouveau segment de quatre mètres, et a été jointe au reste du système à l’aide de deux manchons. Photo : FB Syndicat Mixte de Gestion de l’Eau et de l’Assainissement de Guadeloupe

Au final, la section endommagée du conduit a été remplacée par un nouveau segment de quatre mètres, et a été jointe au reste du système à l’aide de deux manchons. Le Smgeag s’est concentré ensuite sur le nettoyage et la désinfection complète de l’installation avant la réouverture des vannes. L’eau à commencer à nouveau à couler dans les robinets ce jeudi pour les habitants de Goyave. Il faudra attendre les résultats d’analyses de l’Agence régionale de santé avant qu’elle soit déclarée potable. Selon un cadre du Smgeag, la fermeture et brusque réouverture de la vanne du feeder de Belle-Eau Cadeau qui a mené à son explosion « au bas mot il y en a au moins pour 400 000 euros ».

Un sous-préfet ingénieur, des politiques en berne

Sur le terrain, Théo Gal, sous-préfet chargé de mission eau et assainissement auprès du préfet a constamment été à la manœuvre. Téléphone collé à l’oreille, il a impulsé, coordonné, motivé l’action des équipes. « Nous n’avions pas avec nous un sous-préfet mais un ingénieur, un chef d’équipe, quelqu’un qui n’avait qu’un seul objectif rétablir l’eau, quoi qu’il en coûte au niveau des moyens techniques, financiers ou humains » rapporte un personnel du Smgeag qui a participé aux travaux. « Il faut à tout prix redonner de l’eau aux gens, et le plus vite possible, quitte à ce que vous fassiez les trois huit, j’assume ! » a martelé Théo Gal. « De quoi avez-vous besoin ? De la lumière ? Il vous faut une autorisation pour transporter un engin volumineux ? Vous l’avez ! » a-t-il intimé aux entreprises.

Théo Gal a été nommé, par décret du Président de la République en date du 21 février 2024, sous-préfet, chargé de mission eau et assainissement auprès du préfet de la région Guadeloupe. Il a pris ses fonctions le 12 mars. Capture écran LinkedIn
Théo Gal a été nommé, par décret du Président de la République en date du 21 février 2024, sous-préfet, chargé de mission eau et assainissement auprès du préfet de la région Guadeloupe. Il a pris ses fonctions le 12 mars. Capture écran LinkedIn


« Le directeur de cabinet [Thierry Turlet, N.D.L.R.] on ne l’a pas vu pendant 3 jours » raconte la même source. « À l’exception du point 9 sur la réintégration du salarié, le président [Jean-Louis Francisque, N.D.L.R.] a donné satisfaction à toutes les revendications formulées par l’Unsa » explique-t-il au sujet des maigres initiatives entreprises par les dirigeants politiques du Smgeag.

Du côté des abonnés, c’est le soulagement pour les foyers qui entrevoient la fin de la galère. Beaucoup remercient les intervenants sur la réparation de cette casse. Et il y a aussi les usagers plus critiques et vigilants à l’instar de l’internaute Yannick Parthonnaud qui commente ce 28 mars : « Toujours pas d’eau à Dampierre. Vous vous réjouissez du retour de l’eau comme si vous aviez sauvé le monde. N’oubliez pas ce qui se passe tous les jours depuis des années. Nous payons un service qui n’est pas effectué (coupures intempestives) mais les abonnements sont bien à payer entièrement. Là nous nous retrouvons dans les conditions d’un pays du Tiers-Monde et vous vous réjouissez. En fait, nous sommes au point où nous acceptons l’inacceptable. Moi désolé mais je ne vous remercie pas. On sait d’où vient cette casse… »

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