Le président du conseil régional Ary Chalus et Osvaldo Caridad Vento Montiller, ministre des sports de Cuba signent le 6 mars à l'espace régional du Raizet une convention de partenariat, d'échanges et de formation pour les sportifs. Photo : FB Région Guadeloupe

Le Creps de Pointe-à-Pitre, dirigé par Chantal Cusset-Gaydu, a lancé une initiative de coopération avec la République de Cuba. Dans ce contexte, une rencontre entre le président du conseil régional Ary Chalus et Osvaldo Caridad Vento Montiller, ministre des sports de Cuba s’est tenu le 6 mars à l’espace régional du Raizet. Cette rencontre a été l’occasion de la signature d’une « convention de partenariat, d’échanges et de formation pour les sportifs », présentée par la Région comme une opportunité de « permettre à nos jeunes de bénéficier de l’expertise cubaine en matière de formation. »

L’affirmation a de quoi interpeller, le Creps étant littéralement le Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive. Autrement dit, c’est aussi à lui d’apporter son expertise à Cuba tout autant que l’inverse, d’autant plus que la Guadeloupe est parmi les premiers pourvoyeurs d’olympiens de France.

Le Creps a manqué la marche des JO

« Le Creps remplit toutes les conditions pour accueillir des délégations caribéennes en vue de la préparation des JO 2024 » s’est enflammée la Région. Un enthousiasme douché par le constat que la préparation aux Jeux olympiques a débuté en 2021. Prétendre que la signature d’une convention en mars 2024 contribue effectivement à la préparation des sportifs pour des jeux se déroulant en juillet et août 2024 témoigne soit d’une méconnaissance des réalités du sport de haut niveau, soit révèle une intention délibérée de manipuler l’opinion publique en suggérant une utilité qui reste à prouver.

À l’occasion de cette cérémonie, la Région a également mis en avant les investissements réalisés pour améliorer les infrastructures du Creps. Citant notamment la piste Marie-José Perec, la salle d’escrime Yannick Borel, la future salle d’haltérophilie et le terrain de rugby synthétique Mathieu Bastareaud. L’État avait en effet transféré la compétence Creps aux régions alors que les installations sportives et les hébergements étaient en piteux état. Un cadeau empoisonné qui en Guadeloupe a fait naître des querelles financières entre l’État et la Région, et nécessité des investissements régionaux considérables qui ne sont toujours pas achevés.

Malgré ces investissements, le Creps de Pointe-à-Pitre peine à être attractif. Pour la campagne de labellisation 2021-2024, la Guadeloupe ne figure pas parmi les 10 centres d’entraînement du Grand Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance). Outre les Guadeloupéens renommés tels que le judoka Teddy Riner et le pilote de bobsleigh Jérôme Laporal, il n’y a pas eu foule pour venir se préparer au Creps de Pointe-à-Pitre pour les JO.

Conscient de ce manque de remplissage, Ary Chalus a partagé qu’« avec Camille Élisabeth, président de la commission sports à la Région, et Eddy Chateaubon nous avons également émis l’idée de contacter l’ensemble des ligues et comités, dans l’objectif de faire venir des clubs sportifs de Cuba et inversement, se rendre à Cuba pour participer également à des manifestations sportives ». Une déclaration d’intentions qui laisse transparaître que les « idées » sont émises de manière improvisée, à la faveur d’une signature de convention, illustrant une politique sportive dénuée de planification.

Le serpent de mer de la coopération régionale

Pour finir, la Région martèle que cette coopération « s’inscrit dans le droit fil des compétences de la collectivité en matière de coopération régionale. » Mais la coopération était déjà à l’ordre du jour, en 2019, au Creps de Pointe-à-Pitre à l’occasion du congrès des centres de sport de haut niveau de 11 pays de la Caraïbe. Cinq ans plus tard, les déclarations d’intention restent au stade de gestes symboliques plutôt que d’initiatives véritablement efficaces. Alors même qu’il y a un besoin criant de coopération régionale pour améliorer l’accès aux compétitions et promouvoir les sportifs de haut niveau.

De gauche à droite : Luc Hallade conseiller diplomatique du préfet, Ary Chalus président de Région, Osvaldo Caridad Vento Montiller, ministre des sports de Cuba, Chantal Cusset-Gaydu directrice du Creps de Pointe-à-Pitre, Camille Élisabeth président de la commission sport du conseil régional et Eddy Chateaubon vice-président de Région, le 6 mars 2024 pour la signature d’une convention de partenariat sportif entre Cuba et la Guadeloupe. Photo : FB Région Guadeloupe

Osvaldo Caridad Vento Montiller n’a pas vu le signe d’un événement significatif dans cette signature de convention qui a mobilisé outre le président de Région Ary Chalus, le directeur de la jeunesse et des sports Marc Lemercier, le conseiller diplomatique du préfet Luc Hallade, le président de la commission sport du conseil régional Camille Élisabeth, le vice-président en Région Eddy Chateaubon ainsi que Chantal Cusset-Gaydu directrice du Creps de Pointe-à-Pitre.

Le ministre cubain n’en a fait aucun écho sur ses réseaux sociaux. Il a préféré mettre en avant les dons offerts aux sportifs de son pays. Le Club d’escrime de la commune de Petit-Bourg a offert le 7 mars du matériel d’escrime de deuxième main en parfait état aux jeunes escrimeurs cubains (des appareillages lumineux pour les pistes d’escrime et 5 fleurets d’une valeur de 150 € pièces). « Le sport est renforcé en tant qu’expression du lien entre nos peuples » a commenté le ministre cubain sur son compte X (ancien Twitter).

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