Accueil Société Éducation 27 classes ferment pour l’année scolaire 2016-2017

27 classes ferment pour l’année scolaire 2016-2017

À cause du vieillissement de la population guadeloupéenne, 27 classes d’école primaire doivent fermer cette rentrée, et 35 postes d’enseignant ont été supprimés dans le second degré.

Cette rentrée scolaire en Guadeloupe est de nouveau placée sous le signe de la baisse des effectifs. Dans le premier degré, ce sont 1 915 élèves de moins qui fréquenteront les établissements, soit une baisse de 4,2 % par rapport à la rentrée 2015. Cette diminution est beaucoup plus prononcée en école élémentaire (- 5,6 %) qu’en maternelle (- 1,5 %). En conséquence, 27 fermetures de classe ont été annoncées par le rectorat dans l’enseignement primaire dans toutes les circonscriptions, mais les professeurs des écoles concernés vont être redéployés sur l’ensemble du territoire.  » Il n’y a pas de suppression de postes d’enseignant dans le premier degré « , a déclaré Camille Galap, recteur de l’académie de Guadeloupe, lundi 29 août au Palais des sports Laura Flessel de Petit-Bourg, où étaient réunis quelque 800 personnels d’encadrement, d’inspection et du rectorat pour préparer la rentrée. Dix classes de très petite section de maternelle, pour la scolarisation des moins de trois ans, vont ainsi être ouvertes pour cette année scolaire 2016-2017. Les effectifs vont aussi être redéployés vers les zones d’éducation prioritaire, où 43 équivalents temps plein ont été créés dans le cadre du dispositif  » Deux maîtres dans la classe « , afin d’accompagner les élèves les plus en difficulté.

2 331 élèves de moins

Dans le second degré, la baisse des effectifs est de 0,9 %, soit 416 élèves de moins. Cette diminution est particulièrement forte au collège (- 2,4 %, soit 596 élèves de moins), alors qu’au lycée, en filière générale, les effectifs sont au contraire en augmentation (+ 2,9 %, soit 322 élèves de plus). Il y aura 35 enseignants de moins dans l’enseignement secondaire cette année, mais  » il n’y a pas de baisse du taux d’encadrement au collège « , tient à souligner le recteur. Au total, en cumulant premier et second degré, il y a donc 2 331 élèves de moins cette année, soit une diminution de 2,6 %. «  Aujourd’hui, les moyens humains sont suffisants par rapport au niveau des effectifs de l’académie« , conclut Camille Galap.

Selon les dernières estimations de l’Insee, la Guadeloupe a perdu environ 2 000 habitants entre 2013 et 2015, passant de 402 000 à 400 000 habitants. Le taux de natalité a diminué (15 naissances pour 1 000 personnes en 2007 contre 13 en 2012), mais c’est surtout le solde migratoire déficitaire qui explique cette dynamique démographique négative.

Ruddy Albina :  » L’école est la première annonce de la baisse de la démographie « 

Indice inquiétant, conséquences extrêmes, exode des forces vives, Ruddy Albina dresse un constat alarmant des conséquences de la baisse démographique qui dépassent l’école.

le courrier de Guadeloupe : Une démographie en berne est-ce si grave ?

Ruddy albina : Tous les historiens, tous les sociologues considèrent qu’une baisse démographique est toujours un indice inquiétant de l’état d’évolution de la société. Les conséquences peuvent être extrêmes.

Des classes qui ferment ont des conséquences extrêmes ? Des classes qui ferment signifient moins d’élèves donc moins de professeurs, des tensions avec les syndicats, pas de constructions, moins d’infrastructures, des conséquences négatives sur l’économie, davantage de chômage et des problématiques nouvelles pour des parents qui ne trouvent pas à scolariser leurs enfants près de chez eux. C’est déjà pas mal…

Au-delà de la baisse des effectifs à l’école quels sont les autres secteurs affectés ?

Tous les secteurs sont concernés. L’école est la première annonce. Chaque rentrée scolaire est là pour nous le rappeler. Moins visibles, les autres secteurs sont tout autant affectés. La diminution de la population c’est une dévitalisation du corps social. L’exode des forces vives et de la matière grise ira en s’accélérant. Aujourd’hui tous les jeunes veulent partir au Canada, ou aux États-Unis. C’est un signe. Emmanuel Todd avait prédit la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’union soviétique depuis 1970, juste parce qu’il avait analysé sur 20 ans la chute phénoménale des naissances en Russie. La baisse de la natalité est synonyme d’une absence de désir d’avenir.

Pourquoi les élus ne parlent jamais de cette baisse de la démographie en Guadeloupe ?

Parce que depuis l’installation durable du chômage, les élus savent que les populations n’ont plus foi dans les politiques publiques. Il y a une impuissance publique à régler aujourd’hui les problèmes. Les responsables politiques pratiquent la fuite en avant perpétuelle. On refuse d’affronter la réalité. On la cache sous le tapis. On attend que la génération suivante prenne le relais. C’est la peur d’affronter la vérité.

Focus sur les classes à trois niveaux

CE2, CM1, CM2, dans la même classe, c’est le pari que s’est lancé l’école primaire du bourg de Vieux-Habitants. La méthode instaurée par l’établissement depuis bientôt sept ans consiste à relier les apprentissages scolaires aux besoins réels de l’enfant.

L’idée de trois classes en simultané est venue parce qu’il y avait de plus en plus de classes à deux niveaux dans cette petite école de la commune.  » Je m’apercevais que les élèves s’ennuyaient avec la pédagogie dite traditionnelle/frontale  » affirme Martine Dumas enseignante depuis 20 ans dans la ville. Ce sont des confrères d’une circonscription de Montpellier qui ont été les premiers à mettre en place cette technique réalisée par Célestin Freinet (pédagogue français). L’expérience a démontré que cette méthode était une réponse à l’ennui qui sévit dans les classes.  » Pour ma part, je ne me vois pas retourner en arrière, j’arrive à mieux voir les difficultés de mes élèves  » affirme l’enseignante. Ici pas de notes. C’est avec des ceintures, comme en judo, que les compétences des élèves sont jaugées. La méthode est portée par l’Institut coopératif de l’école moderne (ICEM), association agréée par le ministère de l’Éducation nationale. Cet enseignement singulier en Côte-sous-le-vent a déjà séduit des professeurs de plusieurs établissements de l’archipel qui rêvent d’une école coopérative plus proche des besoins des élèves.

20 ans de pratique heureuse

 » L’autonomie est indispensable aux classes de plusieurs niveaux « . Rosine Colbac, directrice de l’école élémentaire du bourg de Bouillante, met en pratique ce dispositif depuis 20 ans. Lorsque l’enseignant travaille avec un groupe, les autres doivent pouvoir se gérer. Selon l’enseignante, c’est le résultat d’une véritable organisation, ficelée des mois à l’avance. Tous les enfants n’ont pas les mêmes difficultés. La classe à plusieurs niveaux permet de revoir des notions manquées et de les approfondir davantage. La différenciation va permettre de regrouper des élèves selon des critères de besoin. Rosine Colbac insiste sur le fait qu’il ne faut pas mettre un niveau faible et un niveau fort ensemble. L’autonomie, point de départ des classes à plusieurs niveaux, devient au fil de l’année une compétence maîtrisée par l’ensemble des élèves. Le travail individualisé est l’une des forces de la classe à plusieurs niveaux. Contrairement aux idées reçues, ce cycle n’abaisse pas le niveau des plus grands. Quant aux plus jeunes, ils s’imprègnent des cours du niveau supérieur sans jamais être perturbés. Dernier point qui n’est pas le moindre insiste Rosine Colbac :  » La double ou triple classe est systématiquement confiée aux enseignants chevronnés « .

Une nouvelle classe de maternelle à Lamentin

« Chaque année à Lamentin, on résiste à la tendance générale car on peut justifier d’inscriptions supplémentaires « . Ce lundi 29 août, à l’occasion d’une tournée des écoles où des travaux ont été réalisés pendant les vacances, Jocelyn Sapotille, le maire de la commune, s’est félicité de l’évolution démographique positive que connaît le territoire qu’il administre. Selon l’Insee, la population légale est passée de 16 079 habitants en 2008 à 16 268 en 2013. Non seulement aucun poste d’enseignant n’a été supprimé, mais il y a même eu «  une création d’un poste supprimé l’année dernière « , précise Christian Citadelle, conseiller municipal délégué à la politique éducative. Ce poste correspond à l’ouverture d’une classe de petite section à l’école maternelle Pierre Blanche de La Rosière, qui va ainsi accueillir une trentaine de nouveaux élèves, issus de jeunes familles récemment installées dans la commune. Pendant les vacances, la commune a dû réaliser 22 000 euros de travaux, pour transformer un ancien logement de fonction en salle de classe, afin de répondre à cette hausse soudaine des inscriptions.

Poster un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.