Le premier tour des municipales de dimanche 23 mars est le point de départ d’une confrontation plus large et un enjeu politique carrément régional. De places fortes en points chauds, plusieurs communes vont contribuer à la redistribution des forces entre le parti socialiste de Victorin Lurel et Le GUSR de Jacques Gillot.
Les municipales ne vont pas impacter que les mairies. Avec cette élection se dessinent à l’horizon les régionales. Au-delà de la commune, il faut désormais regarder aussi les bastions qui vont se former en ayant pour cadre cette fois la communauté d’agglomération. Au sein de Cap Excellence, personne ne peut vraiment revendiquer l’apport des Abymes même si la ville est très courtisée. À Pointe-à-Pitre, l’équation est encore un peu plus complexe. Bien que Jacques Bangou soit plutôt pour l’évolution statutaire et donc à placer du côté de Gillot, il faut tenir compte des relations personnelles de Jacques Bangou avec Victorin Lurel. Dans ces deux villes, il est fort à parier que l’équation personnelle des deux candidats jouera plus qu’ailleurs. À Baie-Mahault aucune tergiversation envisageable. Ary Chalus soutient crânement Jacques Gillot. En bref, sur Cap Excellence, très difficile de déterminer lequel des deux partis entre le GUSR et le PS tiennent la corde. Et il n’est pas dit que les résultats des municipales y changent grand-chose. Avec deux électrons libres, difficile de trouver une quelconque combinaison gagnante qui pourrait indiquer dans quel sens le balancier va pencher.
Communauté d’agglomération du Nord Basse-Terre, CANBT
Pour le nord Basse-Terre, Petit-Bourg est bien la seule commune où tout est joué d’avance. Avec Guy Losbar président du GUSR, Gillot a déjà un homme en place et dans une commune à forte potentialité de voix. Pour le reste, ça se corse. Le maire sortant de Sainte-Rose est soutenu par le GUSR. Mais la partie est loin d’être gagnée pour lui. Le parti socialiste est plutôt bien représenté avec Adrien Baron qui n’a pas l’investiture du PS mais qui pourrait bien tirer son épingle du jeu et Claudine Bajazet condamnée à le devancer lors du premier tour si elle veut continuer le combat. Le résultat de l’élection municipale à Sainte-Rose sera particulièrement éclairant quant aux forces en présence dans la communauté d’agglomération. Pointe-Noire aussi est dans l’expectative. En principe bastion socialiste tout pourrait pourtant changer en fonction des résultats des urnes. À Deshaies, le premier secrétaire fédéral du PS Max Mathiasin joue gros. Toutefois une victoire de Janny Marc ne compromettrait pas forcément les atouts socialistes dans cette commune. Janny Marc ayant encore quelques bleus à l’âme pour avoir été lâchée en pleine élection législative par le GUSR. Au Lamentin, José Toribio est lui aussi un électron libre. Partisan d’une évolution statutaire, il pourrait s’il est réélu rallier le GUSR s’il ne se voit pas carrément candidat. Mais l’élection municipale au Lamentin s’annonce serrée et rien n’est fait. À Goyave, la partie semble serrée. Ferdy Louisy pourra-t-il endiguer les assauts de Rémy Senneville qui a le vent en poupe ? Dans cette communauté d’agglomération sud Basse-Terre, dans bien des communes, les municipales pourrait nous renseigner utilement sur les forces en présence.
Communauté d’agglomération du nord est Grande-Terre, CANGT
Cette communauté laisse une part belle à la commune du Moule avec ses 16 200 électeurs. Ce qui représente un vrai vivier pour Victorin Lurel et le PS. Morne-à-l’Eau compte presque autant d’électeurs mais là, la situation est compliquée ; officiellement le maire sortant Jean-Claude Lombion n’a d’obédience pour aucun des partis en piste. Difficile de le compter dans un des deux camps même si la présence de Georges Hermin du parti socialiste devrait de facto en faire un allié du GUSR. D’autant que le conseiller général est sur une pente ascendante et il se sent pousser des ailes. Reste Jean Bardail qui pourrait servir d’appoint. Dans quel camp ? Certainement pas dans celui du PS. Bref, à Morne-à-l’Eau plus qu’ailleurs, cette élection viendra clarifier une situation difficile pour l’heure à détricoter. Reste Port-Louis où la aussi c’est la bouteille à encre. Difficile de savoir qui de Victor Arthin et de Jean-Marie Hubert sortira vainqueur Mais il semble bien qu’aucun des protagonistes ne soit d’obédience luréliste. La question est donc réglée. En revanche les résultats d’Anse Bertrand nous apporteront quelque enseignement sur le sens où souffle le vent.
Communauté sud Basse-Terre, CSBT
Ici, chaque commune présente son affinité plus ou moins marquée. Ainsi Capesterre-Belle-Eau se poste en bastion de la droite avec Joël Beaugendre, tandis que Trois-Rivières Saint-Claude et l’historique fief socialiste Vieux-Habitants sont pressentis pour Victorin Lurel. Gourbeyre est classé à droite mais on ne sait pas s’il penche du côté de Gillot ou de celui de Lurel. En revanche, à Basse-Terre, Lucette Michaux Chevry sera sans doute tentée par une alliance avec le président du conseil général, si elle parvient à repousser les assauts d’André Atallah. Si Baillif reste à droite c’est tout bon pour le GUSR. Alors que Vieux-Fort pencherait plutôt du côté des socialistes. Jean-Claude Malo est depuis toujours pour une évolution statutaire cela pourrait le rapprocher du GUSR, mais le maire de Bouillante est actuellement soutenu par les socialistes. Va savoir… Terre-de-Bas devrait rester dans le giron de Lurel tandis que Terre de haut pour l’heure à droite cultive sa singularité. Au final cette communauté d’agglomération semble assez partagée, même si l’élection municipale pourrait bousculer bien des certitudes. Toutefois, tout le monde a les yeux rivés sur Basse-Terre. Plus qu’un simple résultat municipal. Basse-Terre c’est tout un symbole. Lucette oblige !
Communauté de commune Gosier/Sainte-Anne/Saint-François
Avec Saint-François pour la droite et Le Gosier au GUSR le scrutin semble déjà joué d’avance de ce côté. Sainte-Anne ne comptera pas lourd quelque soit d’ailleurs Blaise Aldo, Christian Baptiste ou Jacques Kancel qui remporte le morceau. Cette communauté de commune pencherait plutôt de la côte du GUSR. Pour l’heure rien n’est encore joué même si quelques fiefs ont d’ores et déjà abattu leur carte. Il faudra scruter à la loupe les résultats dès dimanche 23 mars pour avoir une première idée de ce que sera le nouvel échiquier politique guadeloupéen.
QUEL AVENIR ?
Pointe-à-Pitre à la croisée des chemins
Les trois listes concurrentes à celle de Jacques Bangou, ont choisi le crédo du redécollage et de la renaissance. De l’état de ville commerciale disposant d’un centre florissant à la une rénovation urbaine conséquente, Où en est aujourd’hui Pointe-à-Pitre ?
Après avoir été la ville ayant enregistré la croissance et le développement le plus foudroyants dans les années 60, Pointe-à-Pitre semble avoir du mal, depuis quelques temps, à passer la vitesse supérieure. Un constat qui pourrait expliquer pourquoi Harry Durimel et Claude Barfleur ont surfé sur l’idée du nouveau souffle pour élaborer leurs slogans de campagne. Pourtant, cette ville, bien qu’elle soit une des plus petites de France, possède des atouts immenses. Le premier évidemment sa façade maritime qui est à la fois un avantage touristique et économique. Une façade qui lui permet d’accueillir des bateaux de croisière quasiment toutes les semaines. Elle est aussi un des hauts lieux des activités nautiques que ce soit en partage avec le Gosier sur la Marina ou encore grâce au Grand Cul-De-Sac Marin. Elle est aussi idéalement située avec une double entrée, vers les villes balnéaires de Grande-Terre et vers Baie-Mahault la zone d’activité principale du département. Malgré tout cela, la ville s’enlise. Les bâtiments de la première rénovation urbaine ont mal vieilli faute d’entretien, la seconde étant encore en cours, le lifting de la ville n’est pas complet.
Cap excellence, le recours
D’autre part, Pointe-à-Pitre subit une augmentation de l’insécurité en sus d’un problème chronique de gestion des marginaux. Ensuite, en dehors de ses commerces, et quelques grands moments tels que le festival Ilojazz, elle n’est quasiment pas animée. Un cinéma aux dimensions réduites – quatre salles seulement – et en complet décalage avec la demande du public et un théâtre légendaire en attente de renaissance depuis plusieurs années. Le Centre des Arts seul haut lieux de l’animation culturelle actuellement en travaux, autant dire que la ville est endormie. Au niveau sanitaire aussi Pointe-à-Pitre prend du retard. Les associations de résidents de Mortenol et Chanzy ne cessent de pousser la sonnette d’alarme un problème récurrent de ramassage des ordures aggravé par la récente grève des éboueurs. Financièrement, la ville vit aussi des jours difficiles. Selon les chiffres du Ministère de l’économie, après plusieurs années de baisse, l’endettement de la ville est reparti à la hausse depuis 2009 pour atteindre 1 810 euros par habitant. Une situation qui s’explique par un exode des habitants. De 20 931 habitants à la fin des années 90, 17 216 en 2008, la population pointoise est estimée à 16 191 habitants aujourd’hui. Sur les 10 303 foyers fiscaux recensés seuls 2 763 sont imposables. L’éclosion de Cap excellence est ce qui pouvait arriver de mieux à Pointe-à-Pitre. Reste à capitaliser ce potentiel réel de sorte que la mutualisation des projets et des moyens puissent être profitables à la ville centre de la Guadeloupe.
BATAILLE RANGÉE
Harry Durimel, challenger de Bangou ?
Jacques Bangou brigue son second mandat à la tête de la ville de Pointe-à-Pitre, cette fois en entraînant dans sa liste son adversaire d’un moment Georges Brédent. Sera-ce le duo gagnant ?
En ramenant Georges Brédent avec lui, Jacques Bangou récupère potentiellement les 3 320 électeurs qui lui ont fait confiance au deuxième tour des élections municipales de 2008. Cela a rajouté à ses propres voix, au nombre de 3 539 ; il devrait avoir une confortable avance sur Harry Durimel. Mais la politique n’est pas simple arithmétique. Rien n’est joué d’avance et pas sûr que les électeurs qui avaient suivi Georges Brédent alors, soient tous enclins à tomber dans l’escarcelle de Jacques Bangou. L’idéal pour la liste Osons Ensemble, serait d’arriver à passer dès le premier tour. Toutefois ce serait sans compter le fait qu’Harry Durimel, candidat écologiste déjà présent depuis 2008 a acquis une assise électorale intéressante, même si avec 22.77 % à sa première participation, il n’a pas été un danger pour les deux hommes politiques. D’ailleurs, ses négociations avec Brédent pour une alliance au second tour avaient finalement tourné court. Harry Durimel peut donc espérer récupérer une partie des déçus de Georges Brédent. D’aucuns disent aussi qu’une partie de la communauté syro-libannaise pourrait suivre Harry Durimel ou Claude Barfleur, nouveau venu dans le jeu politique. Quant à Henri Yoyotte leader de la liste Nofwap, il peut regrouper le vote protestataire et une partie de ce qui reste de l’électorat de droite à Pointe-à-Pitre.
TAILLE PATRON
Le poids politique des Abymes
Abymes est une véritable place forte de la politique en Guadeloupe. À cause d’abord de son poids démographique qui en fait une citadelle très convoitée lors des élections régionale et législative, mais aussi parce que sa proximité avec Pointe-à-Pitre en fait un pôle de développement naturel qui s’affirme depuis une quinzaine d’années. Les grands centres administratifs ont commencé à déménager de Pointe-à-Pitre aux Abymes (sécurité sociale, CAF) et les grandes infrastructures à venir trouveront asile aux Abymes. (CHU). Le secteur privé n’est pas en reste puisqu’un complexe commercial qui comprend entre autres une dizaine de salles de cinéma et de nombreuses enseignes verra le jour sous peu à Providence. Abymes c’est encore l’aéroport Pôle Caraïbes, l’infrastructure la plus stratégique de la Guadeloupe avec le port de Pointe-à-Pitre et de Jarry. L’aéroport est un passage obligé pour tous ceux qui partent ou entrent en Guadeloupe. Un atout qui n’est pas pour l’heure suffisamment exploité. Les Abymes ont défrayé la chronique en pleine précampagne électorale avec le différend qui a opposé le maire sortant de la ville Éric Jalton et Éric Stimpling de Guadeloupe Première, concernant le classement de la ville établi en fonction de critères hétéroclites. En réalité, les finances de la ville des Abymes vont bien mieux que sous l’ancienne mandature, le maire ayant réussi à élargir l’assiette fiscale et à améliorer du coup la recette sans exercer une plus forte pression. Enfin, Les Abymes sont un véritable poids lourd au sein de Cap excellence. La ville dispose des atouts nécessaires pour peser sur la politique communautaire qui sera mise en œuvre. Or, Abymes/Pointe-à-Pitre Baie-Mahault constituent le noyau actif de la Guadeloupe et représente un territoire qui accueille chaque jour plus de la moitié de la population de la Guadeloupe. Au-delà donc de la gestion du maire sortant on voit mal comment la ville des Abymes peut être classée l’avant dernière des communes de Guadeloupe.
Éric Jalton grand favori
La bataille électorale aux Abymes verra s’affronter le député-maire sortant Éric Jalton divers gauche appartenant à la majorité présidentielle, qui a d’ailleurs eu l’investiture du PS au niveau national, Daniel Marsin, l’ex sénateur-maire de la ville, Olivier Serva membre du PS mais non investi par le parti. Un moment annoncé, Francillone Jacoby Koaly a renoncé à se présenter. La campagne particulièrement animée sinon chaude aussi bien sur le terrain que sur les médias annonce une compétition où la passion déborde bien souvent. Dans une ville qui a toujours voté à près de 60 % au premier tour lors des municipales, Éric Jalton part largement favori. De nombreux adversaires se sont ralliés à sa cause. Dominique Théophile, mais aussi Josette Jerpan, Guy Barbeu, Leslie Edom-Parrat, Claudel Deloumeaux… Autant d’apports qui démontrent que le maire sortant a rassemblé large. Et ce n’est pas le classement fantaisiste réalisé par Guadeloupe première plaçant la ville des Abymes avant dernière commune de la Guadeloupe qui peut l’ébranler. Daniel Marsin qui avait en 2008 fait presque jeu égal au premier tour avec Éric Jalton 45,5 % pour Jalton 44,3 % pour Marsin est en complète perte de vitesse. La plupart de ceux qui l’avait rejoint parmi lesquels on compte Francillone Jakoby-Koaly mais aussi Michel Yerbé, Rudy Faro, l’ont finalement quitté. Tout porte à croire qu’après sa défaite aux cantonales contre Chantal Lérus, l’ancien sénateur-maire des Abymes n’a pas réussi à reconquérir le cœur des Abymiens. Au point qu’aujourd’hui, Olivier Serva apparaît comme l’adversaire le plus sérieux d’Éric Jalton. Peut-il inquiéter le député-maire en place ? Le leader d’Eko Zabym n’est pas dénué de talent mais on le voit mal aussi haut que l’a été un Daniel Marsin en 2008. Or même à ce niveau Daniel Marsin avait été battu. Éric Jalton ambitionne une victoire au premier tour. Cela dépendra du taux de participation, mais aussi du score des deux autres candidats. Car le député-maire devra totaliser plus de voix que ses deux adversaires réunis. Pas impossible s’il réalise un score proche de celui qu’il a obtenu en 2008 au premier tour c’est-à-dire près de 9 000 voix.
RÉSISTANCE
Le dernier combat de Lucette…
Basse-Terre est l’objet de toutes les projections, toutes les analyses. Parfois on s’y perd même en conjectures. La question est pourtant la même. La dame de fer parviendra-t-elle à sauvegarder le dernier signe de sa grandeur passée ? Sur le terrain, la bataille fait rage. Tantôt on vous dira, LMC est au charon. Elle carbure. Elle connaît la politique. Bref, elle tient le bon bout. La semaine d’après on vous dit André Atallah conquiert les cœurs, il est organisé, il est proche des gens. Va savoir… Autre antienne entendue sur le terrain. Madame Michaux ça va mais je ne voterai pas pour sa fille. Or, toute la question est là. Personne n’est dupe on a bien compris qu’il s’agit de mettre Marie-Luce les pieds à l’étrier et on a compris aussi qu’au-delà d’André Atallah c’est Victorin Lurel qui s’engage dans ce combat à Basse-Terre. Un dernier match que ni le ministre de l’outremer ni la Dame de fer ne veulent perdre. Et les autres direz-vous ? Ezelin, Guy Georges, et Valérius. On n’en entend pas parler. Paradoxalement, Il sera toujours temps pour eux d’entrer en piste au second tour. Allez, faites l’appoint !
BAIE-MAHAULT
Chalus dans un fauteuil
Baie-Mahault est en plein essor. Sa zone d’activité et de commerce et son ouverture sur le littoral avec, entre autre le port autonome en font une véritable place forte. La ville amorce à peine son plan local d’urbanisme pour gérer la pression démographique qui se fait de plus en plus sentir. Baie-Mahault fait depuis décembre 2013 parti des extensions de la zone de sécurité prioritaire. Le maire jouit d’une bonne cote de popularité et sa ville est particulièrement dynamique. Les deux outsiders Sylvie Anno-Chammougon, nouvelle venue en politique et Paul Éric Confiac original et volontaire ne semblent pas en mesure de pouvoir perturber le maire sortant.
SA KE CHO
Goyave, Morne-à-l’Eau, Petit-Canal, Lamentin, Sainte-Rose
À Petit-Canal, Blaise Mornal talonne sérieusement Florent Mittel. La cote de Florent Mittel a beaucoup baissé… À Morne-à-l’Eau. Georges Hermin se dépense sans compter et fait une belle campagne. Mais pour gagner il lui faut sortir très haut au premier tour. Car Jean-Claude Lombion peut trouver grâce dans une alliance avec le maître de Vieux bourg, Jean Bardail. Vient ensuite Goyave. Rémy Senneville avait apporté un beau petit paquet de voix à Ary Chalus lors des dernières législatives. Mais les législatives ne sont pas les municipales et Ferdy Louisy va se mobiliser davantage qu’il ne l’avait fait pour Max Mathiasin. Par ailleurs, il y a deux populations à Goyave : celle qualifiée de souche et celle qui a profité des nombreux logements qui ont fleuri dans la commune. On dit que ce dernier électorat serait plutôt celui de Ferdy Louisy. Au Lamentin l’ambiance est chaude. Pour la troisième fois les mêmes acteurs sont plein écran. Jocelyn sapotille du PS, José Toribio du PSG et Reinette Julliard par le truchement de son mari Daniel Julliard. Pour quel scénario cette fois ? Reinette Julliard a perdu du terrain. Une bonne partie de ses colistiers sont partis chez Jocelyn Sapotille. Est-ce suffisant pour que ce dernier puisse renverser la vapeur ? Car José Toribio reste un adversaire coriace et populaire au Lamentin. Et puis, il y a Sainte Rose où le PS joue gros et divisé. Adrien Baron n’a pas été adoubé par Max Mathiasin alors qu’il était désigné par les militants. Il lui a préféré Claudine Bazajet. Quelle incidence sur la campagne ? On ne sait pas. Mais on sait qu’il y a déjà match entre ces deux-là. Et puis il y a Alain Lesueur sans doute l’opposant le plus farouche et le plus méthodique du maire Henri Yacou. Est-ce un atout ? Difficile à dire. Faubert Savan ex-deuxième adjoint est candidat aussi. Lui, il fera mal surtout au maire qui s’est trouvé un allié en la personne de Louis Daniel Justine soutenu par le GUSR. De fait, l’électorat est très morcelé à sainte Rose. Il faudra être aux avants postes au premier tour. Mais tout cela pourrait bien finir par une triangulaire voire une quadrangulaire. Comme en 2008. Vivement dimanche !
PERSPECTIVES
Pour un vote éclairé
Les élections municipales qui vont avoir lieu s’inscrivent dans un contexte particulièrement grave sur le plan économique et social mais aussi sociétal. De plus que ce soit en France hexagonale ou en Guadeloupe, un grand ras-le-bol de la politique est de l’avis de la plupart des observateurs à l’œuvre. Qu’on le nomme crise démocratique ou crise de la représentation politique, il s’agit à notre sens d’un véritable blues des politiques quelques soient leurs bords idéologiques et partisans, et surtout d’une lassitude citoyenne généralisée. Trop d’affaires, trop d’échecs, trop de complexité des dossiers, trop de recul du service public, trop de conflits sociaux, et surtout trop d’impuissance et d’indifférence du politique. Et si en France » on ne fait plus la révolution depuis qu’on a inventé la sécurité sociale » d’après la formule d’un célèbre éditorialiste, il n’en demeure pas moins que tous ces éléments anxiogènes interrogent avec une sévère acuité les élus et les candidats de ces élections locales, et handicapent l’accomplissement devenu laborieux du simple droit de vote droit fondamental et incontournable pour le citoyen. L’abstention semble d’ores et déjà déclarée grand vainqueur des élections. Ce tableau sombre et bien réel, doit tout de même être éclairé, ainsi que le vote, par quelques considérations à ne pas oublier ou écarter du débat public. Les maires ou chef d’exécutif de collectivités sont devenus de véritables gestionnaires et managers pour leurs territoires d’action. En Guadeloupe, nous voyons bien que ce sont les villes qui ont le plus fort taux d’encadrement administratif ou le plus haut niveau de mise en place de projets structurants qui font parler d’elles et assurent une certaine popularité à leur maire. On peut donc avoir des élus et leur administration qui travaillent efficacement, pour leurs administrés. L’intercommunalité par ailleurs, représente une chance de pallier le réel déficit de décentralisation pour peu qu’elle soit au service de chacune des communes, et non seulement d’une seule ou des intérêts financiers de l’État. La meilleure gestion des communes est en soi un signe encourageant pour que le citoyen continue à espérer (voire à participer) en l’action des personnes qu’il va élire. De même, les nouvelles formes d’engagements civiques et citoyen, plus associatifs, via notamment les réseaux sociaux ou think thanks, plus exigeants sur le respect de l’intérêt général et des causes d’utilité publique représentent une source subsidiaire de progrès sociétal et politique, et de nouvelles solidarités. Enfin, il faut saluer et apprécier deux dynamiques nouvelles à l’occasion de ces élections : il n’y a plus de nouveaux venus qui se présentent pour devenir conseillers municipaux et communautaires (plus de jeunes, plus de femmes, plus de » sans étiquettes « ) et il y a un appel d’air bénéfique qui vient du non-cumul des mandats et qui va amener nécessairement un renouvellement salutaire, à moyen terme de la classe politique locale actuelle. Le système politique en France n’a pas su s’adapter et suivre le mouvement de réformes de fond et de modernisation vécu ailleurs dans ce domaine dans le monde. Mais il appartient encore au citoyen de provoquer par son vote un électrochoc et un renouvellement des idées et des hommes, permettant de faire repartir le cœur de notre vie.
COURRIER PARLEMENTAIRE
Sur le départ
C’est à regret que notre eurodéputé va quitter son poste. Étrange coutume qui, alternance oblige (le suivant sera un Martiniquais) renvoie les représentants de la 8ème circonscription chez eux quand ils commencent juste à se repérer dans ce grand bidule qu’est l’Europe… Et pas facile de faire exister l’outre-mer au Parlement européen ! Patrice Tirolien raconte comment il y est plus ou moins parvenu.
Lobbying contre perte de poids
Nous sommes très minoritaires au Parlement puisque seuls 3 pays sur 28 ont des Régions Ultrapériphériques. L’élargissement nous a fait perdre du poids ! Nous nous sommes organisés, avec les représentants des RUP espagnoles et portugaises, pour intervenir ensemble. Et nous avons fait du lobbying en amenant d’autres députés européens pour les sensibiliser à la réalité de l’outre-mer.
Davantage de sous…
Ça a payé. Nos textes sont passés, même si on aurait pu aller beaucoup plus loin. Nous avons obtenu que la politique de cohésion dote mieux les RUP et élargi les possibilités d’utilisations des fonds. Pour le POSEI aussi, les budgets pêche, agriculture, ont été assez souvent en augmentation. Nous avons mis en place des comités régionaux afin de rendre les dispositifs de concentration de poissons effectifs.
… pour les pauvres et la banane…
Nous nous sommes battus pour que la filière banane ait des compensations suite aux accords commerciaux de l’Union européenne avec les pays d’Amérique latine. Dernièrement, je suis intervenu afin que les RUP ne soient pas oubliées dans l’aide aux plus démunis, comme la garantie jeunesse.
…mais pas toujours consommés
Entreprises et collectivités ne consomment pas forcément tous les fonds faute d’avoir trouvé les cofinancements. Et il faut connaître les circuits. Il faudrait en Guadeloupe un vrai bureau de renseignement, comme il en existe en Guyane et à la Réunion.
Déceptions en vrac
Le bureau à Bruxelles des conseils régionaux manque de coordination et cherche encore son rythme de croisière. Nous n’avons pu que repousser l’échéance de la fin des quotas sucriers, de 2014 à 2017. À Mayotte, les fonds spéciaux ont été gérés par l’État alors qu’ils auraient pu servir aux élus territoriaux. Les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) sont loin des objectifs fixés par l’ONU et leurs budgets pour l’agriculture restent faméliques.
Paradis pour planqués
Je ferai campagne en disant haut et fort qu’un député européen ne doit pas faire qu’un mandat. Un journaliste a écrit qu’au premier mandat on apprend, au deuxième on existe, au troisième on peut peser sur les décisions ! Les autres pays essaient de maintenir en place leurs députés, qui par ailleurs sont sélectionnés par leurs partis, alors que chez nous c’est souvent une planque pour ceux qui ont perdu des élections.
Un boulot à temps plein
À l’Assemblée nationale on est dans l’affrontement, au Parlement européen on se trouve dans des recherches de compromis et c’est toujours agréable. Mais ce n’est pas simple de représenter 3 millions de km2 et 11 territoires très éloignés les uns des autres, aux problématiques différentes. Il faut faire ce boulot à temps plein et en habitant à Bruxelles. Moi j’ai démissionné de mon poste de mairie de Grand-Bourg.
Il y a une vie après l’Europe
Pour la commission du Développement, j’ai effectué 11 déplacements en un an ! Le dernier était au Cambodge, avec une Organisation non gouvernementale. J’aimerais maintenant m’investir dans une ONG dans la Caraïbes, peut-être dans le secteur éducatif, ou médical, je ne sais pas encore.
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