Entouré de membres de sa famille et de partisans, Donald Trump prononce son discours d'acceptation lors de sa soirée électorale au centre de congrès du comté de Palm Beach après avoir été élu 47e président des États-Unis le 5 novembre 2024. Photo : Damon Higgins / The Palm Beach Réseau Post / Sipa USA

Donald Trump a remporté l’élection présidentielle aux États-Unis mercredi 6 novembre. Sa victoire face à la candidate démocrate Kamala Harris fait office de revanche pour ses partisans, de coup de massue pour ses opposants, convaincus qu’ils avaient définitivement fermé la parenthèse Trump.

Après « avoir été mis en accusation à deux reprises, survécu à deux tentatives d’assassinat et été reconnu coupable de 34 chefs d’accusation au pénal », Donald Trump a été élu mercredi « à l’issue d’une victoire nette et stupéfiante ».

L’ex-président de 78 ans a gagné l’élection en « étant Donald Trump », considère le Wall Street Journal mercredi. Il a fait « ce qu’il sait faire de mieux : il s’est rapproché des foules, est passé à l’attaque et a proposé une vision claire pour la nation », ajoute le journal américain.

La chaîne d’information en continu CNN se projette déjà dans un second mandat Trump, affirmant qu’il ne « ressemblera en rien au premier ».

« Il entrera dans le Bureau ovale avec à la fois l’expérience d’avoir déjà fait ce travail et beaucoup de rancœur quant à la façon dont il pense que le système l’a laissé tomber », précise la chaîne de télévision.

Le Washington Post se demande pour sa part si « sa présidence sera aussi sombre que sa campagne ?

« Personne n’imaginait, il y a neuf ans, qu’il aurait une telle longévité ou un tel impact sur son parti ou son pays », ajoute le journal américain.

Mais depuis mercredi, « l’avenir de l’Amérique est une nouvelle fois entre ses mains ».

Changement démographique

Son triomphe, le républicain le doit à la mobilisation, notamment, du monde rural en sa faveur.

Dans un reportage au plus près des votants, Francetvinfo raconte comment le président élu est arrivé vainqueur dans quatre « swing states », porté par le vote d’un monde rural acquis à sa cause, comme en Pennsylvanie, l’état où des tirs l’avaient visé et atteint à l’oreille droite.

« Les gens de Philadelphie, des grandes villes : ils sont lobotomisés », estime, Matt qui tient une carrosserie. « Ça a toujours été ainsi et ça sera toujours comme ça. Donald Trump a repris la Pennsylvanie, mais pas avec ces gens, avec la ruralité. Si vous n’êtes pas un fan de Trump, c’est que vous êtes éduqués de la mauvaise façon, que vous vous informez mal. Et ne pas s’en rendre compte, c’est être fou », assène-t-il.

Selon AP VoteCast, une enquête menée auprès de plus de 120 000 électeurs, les électeurs noirs et latinos semblent moins enclins à soutenir Harris qu’ils ne l’étaient à soutenir Biden lors de l’élection de 2020.

Trump a notamment remporté le comté de Miami-Dade en Floride, où environ 68 % des électeurs sont latinos. Ce comté était auparavant un bastion démocrate.

L’enquête d’AP VoteCast a également révélé que Trump a obtenu de meilleurs résultats auprès des jeunes électeurs qu’il ne l’aurait fait lors de l’élection de 2020.

« La sagesse conventionnelle voulait qu’une plus grande variance ethnique et raciale […] avantage naturellement les démocrates, et vous pouvez en quelque sorte voir comment cela se produirait en tant qu’héritage des années 1960, lorsque les démocrates soutenaient les droits civiques », a déclaré à la chaîne Euronews James McCann, professeur de sciences politiques à l’université de Purdue aux États-Unis, avant le vote.

« Au moins depuis Nixon, les Républicains ont essayé de se rapprocher des majorités blanches dominantes et de s’opposer aux droits civiques… mais ce que nous voyons maintenant, c’est que ces vieux clivages, il pourrait y avoir un certain changement », a-t-il dit, ajoutant que les sondages montraient que Trump obtenait de meilleurs résultats que ses prédécesseurs parmi les électeurs masculins noirs.

L’Europe d’extrême droite salue

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a été le premier à féliciter le nouveau président, qualifiant cette victoire de « plus que nécessaire pour le monde ».

Donald Trump a déjà fait l’éloge de Viktor Orbán, qu’il a qualifié de « dirigeant fort » et de « fantastique », et s’est montré ouvert à la collaboration avec d’autres dirigeants d’extrême droite, comme l’Italienne Giorgia Meloni, qui a déclaré que la victoire de Trump renforcerait les liens entre les deux pays.

« Les patriotes gagnent les élections dans le monde entier », a déclaré Geert Wilders, homme politique néerlandais d’extrême droite, dans un message publié sur les réseaux sociaux, affirmant que les gens veulent « la liberté et leur propre nation d’abord, leur propre peuple d’abord et, surtout, plus d’immigration illégale ».

Jordan Bardella, député européen et chef du parti français du Rassemblement national, a qualifié cette victoire de « signal d’alarme ».

« C’est l’occasion de repenser notre rapport à la puissance et à l’autonomie stratégique. Puisque Donald Trump nous encourage à nous défendre, prenons-le au mot », a-t-il déclaré.

Au-dessus des règles

Donald Trump, c’est l’histoire d’un homme qui ne cesse de stupéfier le monde. Huit ans après avoir créé la plus grande surprise politique moderne, quatre ans après avoir quitté le pouvoir dans un chaos inimaginable, le républicain à l’emblématique cravate rouge opère un come-back à la tête du pays dans un scénario qui n’était pas annoncé.

Fort du soutien de près de 73 millions d’Américains et 295 grands électeurs (68 millions d’électeurs et 226 grands électeurs pour sa rivale Kamala Harris), le septuagénaire, dont la chute a été mille fois annoncée, projette l’image d’un homme insubmersible.

Comme si à force d’accumulation, ses inculpations, condamnations, procédures de destitution, n’avaient plus d’effet sur lui. Fort d’un flair politique redoutable et d’une capacité à s’affranchir, une à une, de toutes les normes, Donald Trump a survécu à tout.

« Je pourrais me tenir au milieu de la Cinquième Avenue et tirer sur quelqu’un sans pour autant perdre le moindre électeur », avait-il lancé en 2016 dans une formule désormais célèbre.

Lâché par son camp après l’assaut mené par ses partisans contre le Capitole, l’homme de 78 ans à la curieuse chevelure blonde a regagné en quatre ans une emprise totale sur son parti. Lors de la convention des républicains mi-juillet, le milliardaire au teint orangé a assisté avec un malin plaisir au défilé de ses anciens rivaux, tous venus chanter ses louanges sur scène. Puis au spectacle de militants arborant un pansement blanc, en clin d’œil à celui apposé sur son oreille droite juste après les tirs qui l’ont visé en Pennsylvanie.

L’image de ce Donald Trump, se relevant, le visage ensanglanté et le poing levé, restera indiscutablement la plus marquante de sa troisième campagne. Son « Fight !, Fight !, Fight! » (« Battez-vous ! ») lancé à la foule tandis que des agents du Secret Service l’évacuaient est devenu un cri de ralliement pour ses partisans, toujours persuadés que le milliardaire comprend leurs difficultés du quotidien mieux que personne.

Doté d’un talent de tribun, le New-Yorkais a réussi la prouesse de se positionner depuis neuf ans en « porte-parole » de ces Américains – majoritairement blancs et plutôt âgés – qu’il a convaincus en parlant d’immigrés « empoisonnant » le sang des États-Unis (son grand-père Frederick Trump, né Friedrich Drumpf en 1869 à Kallstadt en Allemagne était lui-même immigré) et de démocrates « de merde ».

Contrairement à la légende qu’il s’est construite, il n’a pourtant rien du self-made man. Son père avait déjà bâti un empire à New York en construisant des immeubles pour la classe moyenne dans les quartiers populaires après la Seconde Guerre mondiale.

Né en 1946, Donald Trump a repris les rênes de l’entreprise dans les années 70 avec un solide coup de pouce financier et s’est fait une place dans les foyers américains grâce à l’émission de téléréalité The Apprentice.

L' »Amérique d’abord »

Arrivé au pouvoir en 2017 dans un scénario qu’aucun, ou presque, n’avait prédit, il a refusé systématiquement d’endosser les habits de rassembleur.

Depuis la Maison Blanche, l’homme a livré le spectacle d’un président s’affranchissant de toutes les conventions face à des Américains enthousiastes, médusés ou effrayés.

Au nom de l' »Amérique d’abord », il a rudoyé les alliés des États-Unis, engagé une escalade imprévisible avec l’Iran sur le nucléaire, fait preuve d’une fascination pour les dirigeants autoritaires, de Vladimir Poutine à Kim Jong Un.

Le républicain a remanié la Cour suprême à sa guise, offrant une victoire retentissante aux conservateurs sur l’avortement. Il a testé les limites des institutions démocratiques, insulté la presse.

Leader populiste

Son premier mandat restait terni par son incapacité à se faire réélire en 2020.

Le candidat républicain, qui n’a jamais reconnu sa défaite en 2020, et ses partisans ont une nouvelle fois alimenté les affirmations fausses et trompeuses pour ce cru 2024.

Comme pendant ces derniers jours de campagne, où diverses rumeurs ont accusé à tort ces machines de favoriser le nom de la candidate démocrate Kamala Harris en empêchant par exemple de sélectionner celui de Donald Trump, le vote électronique s’est retrouvé au centre des soupçons.

Alors que le vote était toujours en cours mardi, Donald Trump avait assuré sur son réseau Truth social que des « fraudes massives » étaient en cours à Philadelphie, plus grande ville de l’État crucial de Pennsylvanie, et que « les forces de l’ordre » étaient « en train d’arriver ».

Accusations rapidement démenties par les autorités locales, comme l’ont rapporté plusieurs médias et organisations de fact-checking américains, comme CNN ou Factcheck.org, dans cet État remporté par le candidat républicain

Sur le réseau social X d’Elon Musk, fervent soutien de Donald Trump, les mentions des mots-clés en anglais « fraude », « tricherie » ou « fraude électorale », très en vogue ces dernières semaines, ont atteint un pic dans la nuit du 5 au 6 novembre vers minuit heure française, se comptant alors par centaines de milliers.

Elles ont ensuite nettement diminué, au fur et à mesure que la victoire de Donald Trump se dessinait, selon des données récoltées par l’AFP à partir de l’outil d’analyse des réseaux sociaux Quicktrends de Visibrain.

Affirmer qu’il y a fraude « s’est imposé comme une sorte de répertoire classique de mobilisation pour les leaders populistes ou les leaders d’extrême droite, comme Donald Trump », observe Julien Giry, docteur en sciences politiques.

Ce discours permet de « donner l’impression que vous aurez toujours raison »: on n’a « pas gagné parce qu’il y a eu la fraude qu’on avait dénoncée », ou bien « il n’y a pas eu la fraude parce qu’on l’a dénoncée à l’avance », résume le chercheur dans un entretien avec l’AFP le 6 novembre 2024.

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