« S’il le faut on mettra des dos-d’âne pour ralentir, mais on peut avoir 2 voies là ». Ary Chalus soutient ce mardi 9 avril que pour réduire les ralentissements, on peut mettre des ralentisseurs. Sur la route de la Voie verte à Baie-Mahault en pleins travaux, le geste tranchant, les phrases courtes, le président de Région s’improvise ingénieur en génie civil. Autour de lui les mines sont inquiètes, voire stupéfaites, mais personne ne modère. Claudio Di Doménico, directeur de GTA, la société en charge des travaux, conforte l’exécutif régional en indiquant que « le président est venu prendre la décision de modifier la sortie de la Jaille pour arriver dans Jarry ».

Ce mode opératoire semble être devenu récurrent lors des visites de chantiers routiers par le président de Région. Il fait de grands gestes, énonce des affirmations et des décisions prises sans une claire justification ou évaluation de leur impact réel. À l’arrivée, les faits restent têtus et les résultats médiocres. Le passage de la Voie verte au format 2×2 voies est aujourd’hui source de préoccupations pour les usagers en raison de son tracé prévu rectiligne et devenu sinueux. Il y a aussi des failles dans le bitume et des déformations importantes de la chaussée.
De plus, le chantier, initialement budgétisé à 36,8 millions, accuse un retard d’environ un an, avec des perspectives d’achèvement « dans quelques mois » et des défauts structurels persistants. En plus de n’avoir pas encore d’impact sur les embouteillages pour entrer ou sortir de Jarry depuis l’échangeur de la Jaille, l’aménagement soulève des préoccupations environnementales, notamment en ce qui concerne la promesse de sanctuarisation de la mangrove, qui a été négligée. La Guadeloupe s’était engagée à ce que pas un mètre carré de mangrove ne disparaisse.


Dans cette zone, les caractéristiques du sol auraient dû « limiter à 1×1 voie la largeur des équipements construits » selon un expert que nous avons interrogé. Ce serait la conclusion des études menées sur la question de savoir si oui ou non la Voie verte supporterait un élargissement. Les conclusions des ingénieurs semblent avoir été ignorées au bénéfice de la volonté du président de Région. Et Claudio Di Doménico d’expliquer qu’on savait que des failles allaient se produire compte de la nécessité de mettre des remblais, d’observer les tassements et leurs conséquences, des failles qui « sont là pour un bon moment ».
Le chantier global budgété à près de 35 millions (reprises des fissures incluses) accuse un retard de près d’un an. Initialement annoncés pour une durée de 6 mois devant se terminer en décembre 2023, ils devraient s’achever « dans quelques mois ». Malgré ces problèmes, la communication de la Région insiste sur l’engagement envers « le bien-être des citoyens et la création d’infrastructures optimales ». Des déclarations déconnectées de la réalité observable sur le terrain. Les promesses de résolution des embouteillages une fois les travaux terminés semblent également prématurées et peu convaincantes.
Poster un commentaire