CHANSON A SUCCÈS
9 ans de musique et déjà le succès. Du haut de ses 24 ans, T-Shaa – de son vrai nom Élodie Poirier —, caracole en tête de classement depuis 6 semaines avec son titre Sélibatè. Elle signe aussi là une entrée remarquée dans le cercle porteur d’un genre non-disparu : la chanson-honneur aux manman kréyol.
Le Courrier de Guadeloupe : Comment expliquez-vous le succès de votre titre Sélibatè ?
Élodie Poirier : À vrai dire, je suis très surprise par le succès que connaît aujourd’hui le titre « Sélibatè « . Je tiens d’ailleurs à remercier tous ceux qui contribuent à ce succès de près ou de loin. Je me rends compte qu’en travaillant avec une équipe sérieuse et en étant également bien entourée, le public apprécie le travail réalisé. Cela me fait vraiment très plaisir !
LCG : Sélibatè est-il un titre autobiographique ? Sinon à quoi fait-il écho ?
E.P. : » Sélibatè » est en effet un titre autobiographique, mais il s’agit avant tout de l’expression de l’amour d’une mère envers sa fille.
LCG : Le thème de votre chanson aborde le rôle des mères dans la vie sentimentale de leur fille pensez-vous qu’aujourd’hui les mères s’impliquent trop dans ce domaine ou pas assez ?
E.P. : Selon moi, chaque mère exprime son amour de sa propre manière. Je ne saurai juger leur degré d’implication, car cela dépend avant tout des relations qu’elles ont avec leur enfant et de l’éducation qu’elle leur transmet. Toutefois, ma mère a toujours respecté mon « jardin secret » en restant ouverte aux discussions en cas de « lenbé » comme on dit chez nous.
LCG : Finalement ce titre prône l’abstinence ou le libertinage ?
E.P. : Ahaha ! Aucun des deux (rires). C’est avant tout un petit clin d’œil, aux » working-girls » célibataires, qui n’ont pas vraiment le temps de sortir pour rencontrer du monde et très certainement le » prince charmant » dont leur mère rêve. Juste une façon amusante de parler d’un sujet assez présent de nos jours.
LCG : Certains hommes que nous avons rencontré se disent » malad a mòso- la sa « . À votre avis qu’est-ce qui les séduit tant ?
E.P. : Je ne saurai décrire exactement ce qui les séduit, mais je pense que la touche d’humour présente dans ce titre y est pour quelque chose (sourire).
LCG : Et du côté du public féminin, selon vous qu’est-ce qui séduit tant ?
E.P. : Je pense qu’elles se reconnaissent un peu dans cette chanson. Les femmes de nos jours mènent de plus en plus de projets et s’investissent énormément dans le développement de leurs vies professionnelles.
LCG : Avec ce titre et son clip, vous apparaissez authentiquement créole, zouk, est-ce un creuset que vous allez continuer à explorer ou est-ce un coup pour voir ?
E.P. : Le créole et le zouk font partie de mon identité en tant qu’antillaise. Mais mon style musical ne s’oriente pas uniquement vers le zouk, j’aime expérimenter de nouveaux styles, toujours dans ce processus de création. Cela dépend d’ailleurs de l’inspiration. Il m’arrive de pouvoir écrire sur du reggae comme sur de la Dancehall. Je n’aime à vrai dire pas me limiter dans ma vie et cela se ressent je pense également sur ma musique.
LCG : Diriez-vous que vous êtes une artiste engagée, pourquoi ?
E.P. : On dit souvent de moi que je le suis, mais je ne me considère pas comme telle. J’utilise la musique pour faire certes passer des messages, mais avant tout pour rendre les gens heureux. Combien de fois nous pouvons nous retrouver dans des situations stressantes et utilisons la musique pour se détendre quelques minutes et oublier ainsi nos soucis ? C’est magique ! Et c’est surtout pour cela que je fais ce métier.
LCG : A quoi faut-il s’attendre pour la suite en général, et dans l’immédiat quel est votre prochain projet artistique ?
E.P. : Pour la suite, le public découvrira très bientôt une nouvelle collaboration qui je le souhaite plaira à beaucoup. Il s’agit d’un autre style que » Las pléré » ou » Sélibaté » et j’ai très hâte de vous le faire découvrir !
CARRIÈRE
T-Shaa en 5 dates clés
1990 : naissance le 7 décembre en Guadeloupe, originaire de Pointe-à-Pitre
2006 : enregistre ses premières maquettes au rayon dance hall.
2009 : Elle frôle la mort suite à un grave accident ce qui la pousse à réaliser son rêve de musique pour » réfléchir sur certains thèmes qui touchent… divertir et ramener les sourires « .
2011 : rencontre Krys qui dirige le label Step Out Productions et signe avec elle
2014 : Sélibatè est présenté en décembre et cartonne en 2015
NOUVEAU DÉVOUEMENT
Hommage aux mères qui se soucient de la vie sentimentale de leur fille
La chanson Sélibatè de T-Shaa connaît un franc succès. Une autre forme d’hommage aux mères qu’on ne criait pas jusqu’ici sur les toits guadeloupéens.
Fidèle à une vieille tradition, la chanson française et guadeloupéenne a souvent magnifié, encensé, glorifié les mamans, mettant en avant leur dévouement, leurs sacrifices, mais aussi leur douceur et leur propension, à prodiguer à leur progéniture amour et tendresse. Le Courrier de Guadeloupe dresse (voir l’article de Jean-Luc Divialle page 5) un florilège de cette tradition, depuis longtemps fort bien ancrée dans nos mœurs. On a en revanche plus rarement entendu des chansons mettre en scène l’inquiétude des mères quant à l’avenir de leurs enfants et encore moins à leur avenir sentimental. C’est ce créneau qu’a choisi d’exploiter T-Shaa dans sa chanson Sélibatè, et qui connaît actuellement un grand succès.
Pourquoi maintenant et pourquoi ça marche ?
À dire vrai, les mères ont toujours été soucieuses du bonheur de leurs enfants. Filles et garçons. Certaines deviennent de vraies complices de leur fille. Elles conseillent, s’arrogent parfois le droit d’orienter leurs choix. Mais la règle c’était de n’en rien laisser paraître. Mieux, aucune mère n’aurait avoué ou crié sur les toits, avoir conseillé à sa fille de se trouver un homme, d’aller jusqu’à sa rencontre. Cela n’était pas politiquement correct. Seulement voilà, les temps ont changé. D’abord les mamans restent jeunes dans leur tête et dans leurs corps plus longtemps qu’autrefois. Elles parlent donc de choses qu’elles vivent encore. Ensuite, la sexualité est depuis longtemps désacralisée, puisqu’elle est censée être enseignée à l’école. Enfin, aujourd’hui la parole est plus libre. Exprimer au grand jour une problématique autour de la vie sentimentale de sa fille, y compris de sa sexualité, n’est plus du tout de nos jours tabou. Mais qu’on ne s’y trompe point. La thématique de Sélibatè n’explique pas tout. T-Shaa possède un beau timbre de voix au service d’un réel talent d’interprète. Par ailleurs, sa chanson est un mariage heureux entre tempo et ambiance zouk d’un côté, et groove et énergie dancehall de l’autre. Et comme disaient les jeunes d’autrefois : ça donne !
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